La Confédération européenne des syndicats (CES) et les représentants des entreprises européennes BusinessEurope ont publié à quelques jours d’intervalle leurs réponses au premier stade de la consultation relative aux ‘Emplois de qualité’, ouverte par la Commission en décembre dernier (EUROPE 13766/19).
La CES, de son côté, fait principalement valoir qu’améliorer la qualité des emplois – et non abaisser les normes – est la « véritable solution » aux défis auxquels est confrontée l’économie européenne.
« Près d’un travailleur sur cinq en Europe occupe un emploi précaire, mal rémunéré et offrant peu de perspectives d’avenir. Non seulement cela enferme les travailleurs dans la pauvreté, mais des études montrent que les emplois mal payés et aux conditions de travail difficiles aggravent la pénurie de main-d’œuvre qui nuit à l’économie européenne », a résumé la CES dans un communiqué.
L'organisation appelle la Commission à agir avec des instruments législatifs contraignants sur un renforcement de la négociation collective, la réglementation des chaînes de sous-traitance et des intermédiaires du travail, la fin des risques psychosociaux au travail et la mise en œuvre du droit à la déconnexion ou encore sur la réglementation du management algorithmique au travail fondée sur le principe du contrôle humain, et la 'transition juste', avec notamment un droit contraignant à la formation pendant les heures de travail.
Esther Lynch, secrétaire générale de la CES, estime qu'il est temps de sortir d’une approche « idéologique » sur ce sujet, en vertu de laquelle les entreprises européennes ne seraient pas intéressées par le principe d’emplois de qualité, a-t-elle expliqué mardi 3 février lors d’un point presse, alors que les emplois de qualité sont aujourd'hui pour elles, au contraire, un gage de conditions d'activité équitables (level playing field) par rapport à leurs concurrentes.
La dirigeante syndicale s’est aussi réjouie que 1 145 patrons européens, en se prononçant en faveur du principe de préférence européenne dans l’industrie (EUROPE 13799/1) le 1er février, aient également soutenu le concept d’emplois européens de qualité, sous-tendu dans chaque utilisation d’argent public européen.
« Une loi ambitieuse sur les emplois de qualité serait bénéfique pour les travailleurs, les entreprises et l'Europe. Mario Draghi a clairement indiqué que l'amélioration de la compétitivité passe par le développement des compétences, et non par la baisse des salaires », explique encore la CES.
Sans surprise, la position de BusinessEurope, publiée le 27 janvier, est beaucoup plus prudente. L’organisation demande à la Commission de ne proposer de nouvelles lois que si elles s’avèrent nécessaires et ont fait la preuve préalable qu’elles n’ajouteront pas des charges supplémentaires aux entreprises.
Concernant l’encadrement de l’intelligence artificielle au travail, BusinessEurope demande à la Commission de créer un outil regroupant les dispositions légales déjà existantes pour faciliter le déploiement des outils d'IA au travail. « L’introduction d’exigences législatives supplémentaires n’est pas nécessaire ». La clarification et la simplification des dispositions existantes doivent, au contraire, constituer l’axe prioritaire de toute action européenne potentielle dans ce domaine.
L'organisation patronale européenne rejette également une initiative législative sur la sous-traitance alors que « toute nouvelle restriction risque d'affaiblir la compétitivité et la productivité des entreprises ».
Et alors que la CES plaide à nouveau pour un droit contraignant à la déconnexion, BusinessEurope réitère sa position.
« Les employeurs ne peuvent être tenus responsables de l'utilisation de matériel professionnel à des fins privées en dehors des heures de travail. Les modalités encadrant les pratiques de connectivité au travail doivent être suffisamment flexibles pour garantir le bon fonctionnement des entreprises. La conciliation des besoins des entreprises et des travailleurs se fait de préférence au niveau de l'entreprise ».
Liens vers les réponses : https://aeur.eu/f/kjz ; https://aeur.eu/f/kjy (Solenn Paulic)