L’Union européenne s'attelle à diversifier ses relations commerciales, comme l’ont rappelé les discours des dirigeants européens cette semaine, à Davos et à Bruxelles, en réaction à l’imprévisibilité des relations avec l’allié historique américain (EUROPE 13792/1).
Dans ce contexte, la finalisation des négociations d’un accord de libre-échange avec l’Inde, mardi 27 janvier, se fait plus pressante.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, seront à New Delhi pour se joindre, lundi 26 janvier, aux célébrations du 77e anniversaire de la République indienne, avant de participer mardi à un sommet bilatéral attendu depuis de longs mois (EUROPE 13782/4).
Selon plusieurs sources, les partenaires sont « en bonne voie » de finaliser les discussions sur leur accord de libre-échange, les relations commerciales ébranlées avec les États-Unis ayant poussé l’UE et l’Inde à avancer dans leurs négociations bilatérales.
« Après le Mercosur, il s'agirait d'un autre accord majeur et hautement stratégique. Un accord de libre-échange entre l'Inde et l'UE créerait l'une des plus grandes zones commerciales au monde, un marché d'environ 2 milliards de personnes », a expliqué une source européenne.
Par ailleurs, elle a rappelé que l'Inde ne représente qu'environ 2,5% du total des échanges de marchandises de l'UE, contre près de 15% pour la Chine.
L’Inde n’est pas un partenaire réputé « facile » dans les négociations, puisque très protectionniste sur le plan commercial. Ainsi, l’UE ne devrait pas réussir à obtenir de grandes concessions sur la baisse des tarifs concernant une large liste de produits agricoles.
Un autre sujet de mécontentement pour l’Inde concerne la taxe carbone aux frontières de l’UE (CBAM) sur les importations d’acier, d’aluminium et de ciment.
Toutefois, l’accord devrait finalement permettre - à défaut de réduire directement les droits de douane sur les voitures et le vin européens - au moins d’envisager des réductions progressives ou des quotas limités.
L’accord devrait aussi ouvrir le marché indien de l’électronique, du textile et des produits chimiques.
Agenda stratégique, connectivité et mobilité. Il est également question pour les partenaires de travailler à une nouvelle déclaration commune – un 'agenda stratégique UE-Inde global' – en tant que plan de travail pour les cinq prochaines années dans des domaines tels que l’énergie, le climat, la connectivité, la migration irrégulière, etc...
L’UE espère que le sommet permettra aussi de « donner un nouvel élan aux travaux préparatoires » du corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe qui créerait de nouvelles connexions en matière de transport, de numérique et d'énergie entre l'Inde et l'Europe.
Il est aussi attendu que l'UE et l'Inde mettent au point un mémorandum d'entente sur la migration légale, destiné à faciliter les mouvements de travailleurs qualifiés, étudiants, chercheurs et travailleurs saisonniers vers l’UE (EUROPE 13785/1). Selon nos informations, les États membres, après avoir consulté la première version du mémorandum, ont insisté sur la nécessité de collaborer pleinement sur le retour et la réadmission des migrants en situation irrégulière, mais aussi de faire en sorte que cette coopération soit volontaire, sans créer d’obligations légales.
En outre, au sein du Conseil commercial et technologique UE-Inde (TTC), l’UE espère entamer des « discussions exploratoires » sur l'association de l'Inde au programme-cadre de recherche Horizon Europe.
Défense et sécurité. L’UE et l’Inde cherchent aussi à conclure un partenariat de sécurité et de défense, à l’instar de ceux conclus avec le Japon et la Corée du Sud (EUROPE 13792/6, 13517/10).
Ce partenariat devrait se concentrer sur la sécurité maritime, la cybersécurité, la lutte contre le terrorisme, mais aussi la non-prolifération et le désarmement, dans une actualité toujours marquée par la guerre d’agression russe en Ukraine.
Les liens entre l’Inde et la Russie restent précisément un élément de tension dans les négociations entre l’UE et New Delhi (EUROPE 13711/2).
« Bien entendu, nous sommes conscients des relations historiques entre l'Inde et la Russie. Dans ce contexte, il est donc important d'encourager l'Inde à user de son influence en faveur des efforts de paix », a insisté un fonctionnaire européen. (Pauline Denys avec Justine Manaud)