Réunis pour une rencontre ‘informelle’ organisée sous présidence chypriote, vendredi 23 janvier à Nicosie, les ministres européens de la Justice ont rappelé l’urgence de faire progresser le recouvrement des avoirs criminels afin de répondre à l’ampleur des flux financiers illicites et à l’évolution des méthodes de dissimulation employées par les réseaux criminels.
À l’issue des discussions, le ministre chypriote de la Justice et de l’Ordre public, Costas Fitris, s’est exprimé sur l'importance d’une action coordonnée au niveau national, européen et transfrontalier.
« Tant que les avoirs illégaux restent entre les mains des organisations criminelles, ils constituent le moteur de l’expansion de leurs activités », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse finale.
Priver les réseaux criminels de leurs ressources financières constitue, selon les ministres européens, l’un de principaux modes d’action dans la lutte contre le crime organisé.
Les échanges ont porté sur les moyens d’améliorer les capacités des autorités à identifier, tracer et confisquer les produits du crime.
Ainsi, les ministres européens se sont accordés sur la nécessité d’une meilleure exploitation de l’arsenal juridique existant, tant au niveau national qu’au niveau de l’Union européenne, et d’en améliorer la mise en œuvre.
Dans cette perspective, la directive de 2024 relative au recouvrement et la confiscation des avoirs (https://aeur.eu/f/ke3 ), qui permet notamment la saisie de richesses injustifiées, a été identifiée comme un outil déterminant.
Les ministres ont exprimé un soutien unanime à son application rapide et ambitieuse, estimant qu’elle pourrait contribuer à combler le fossé persistant entre les profits générés par la criminalité organisée et les montants effectivement récupérés par les autorités publiques.
Les discussions ont également reflété le soutien des États membres aux partenariats entre le secteur public et le secteur privé pour détecter les flux financiers suspects et améliorer la récupération des avoirs. Les ministres ont rappelé que ces coopérations devaient s’inscrire dans un cadre clair, garantissant le respect des droits fondamentaux, en particulier la protection des données personnelles, ainsi que les principes de l’État de droit.
Selon un document de travail de la Présidence chypriote consulté par Agence Europe, les revenus annuels de la criminalité organisée dans l’Union européenne sont estimés à au moins 139 milliards d’euros, tandis que le taux de confiscation des produits criminels resterait inférieur à 2%.
Le document souligne en outre que le « suivi des flux financiers » constitue l’un des outils les plus efficaces pour démanteler les réseaux criminels, mais que les autorités restent confrontées à des obstacles liés au caractère transfrontalier des opérations et à la rapidité des mouvements de capitaux.
Ainsi, les ministres ont appelé à œuvrer pour de meilleurs échanges d’informations entre autorités compétentes et à une coopération plus importante au niveau européen afin de « rester en avance » sur les organisations criminelles et d’assécher durablement leurs sources de financement. (Nithya Paquiry)