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Bulletin Quotidien Europe N° 13732
SÉCURITÉ - DÉFENSE / DÉfense

La Commission européenne veut que le 'mur européen de drones' soit opérationnel d’ici fin 2027

La Commission européenne et la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, ont proposé, jeudi 16 octobre, dans leur 'feuille de route' ‘Préparation à la Défense à l'horizon 2030’, que le mur de drones – renommé ‘Initiative européenne de défense contre les drones’ – soit opérationnel d’ici fin 2027.

« Les drones redéfinissent déjà la guerre. Disposer de défenses anti-drones n'est plus une option pour personne. Nous proposons un nouveau système anti-drones qui sera pleinement opérationnel d'ici fin 2027. Cela se fera, bien entendu, en étroite coopération avec l'OTAN », a annoncé Mme Kallas devant les médias. L’OTAN travaille aussi, de son côté, à la protection du flanc est de l’Alliance avec 'Sentinelle orientale' (EUROPE 13731/1).

La 'feuille de route', comme l’avait fait le document de cadrage de la Commission du 29 septembre (EUROPE 13719/11), met en avant quatre projets phares « qui bénéficieront à la sécurité de l'Europe dans son ensemble et se renforceront mutuellement » : - l'Initiative européenne de défense contre les drones; - la Surveillance du flanc oriental; - le Bouclier aérien européen; - le Bouclier spatial européen.

La Commission européenne souhaite que le Conseil européen valide ces quatre projets phares comme prioritaires d'ici fin 2025, pour un lancement au premier trimestre 2026 pour les deux premiers et au deuxième trimestre pour les deux autres.

La capacité initiale de l’Initiative et de la Surveillance devrait être atteinte d’ici fin 2026, avec une pleine fonctionnalité du projet sur les drones d'ici fin 2027. La Commission propose aussi le lancement d’une Alliance sur les drones avec l’Ukraine. 

« Le dispositif de Surveillance du flanc Est rassemblera toutes les capacités nécessaires à la défense de cette partie de l'Europe : systèmes anti-drones, mais aussi défense terrestre, défense aérienne, défense maritime et gestion des frontières. L'objectif est d'être prêt d'ici 2028 », a ajouté Kaja Kallas.

Selon le commissaire européen à la Défense et à l’Espace, Andrius Kubilius, la Pologne et les trois pays baltes ont évalué le coût de la détection, de la gestion des données et des capacités anti-drones à envir,on 1 milliard d’euros pour les quatre pays.

Les coalitions de capacités déjà en marche. La Commission propose également le développement de capacités par les ‘coalitions de capacités’ des États membres dans les neuf domaines prioritaires d’action (défense aérienne et antimissile ; facilitateurs stratégiques ; systèmes d'artillerie ; mobilité militaire ; Cyber, IA et guerre électronique ; Drones et antidrones ; combat terrestre ; missiles et munitions ; et maritime).

« Compte tenu de l’urgence », la 'feuille de route' plaide pour une mise en place des coalitions - auxquelles pourrait participer l'Ukraine -, la désignation des chefs et des co-chefs de file et des plans de mise en œuvre respectifs jusqu’en 2030 d’ici le premier trimestre 2026. 

« L'intérêt est très fort : il n’y a pas cinq ou six pays par coalition, mais plus de dix, voire vingt. Chaque coalition est déjà dirigée par un pays responsable et parfois par trois co-responsables. Certains ont déjà progressé et se sont déjà réunis pour discuter de l'organisation interne », a expliqué une source européenne jeudiLa coalition sur les drones, menée par les Pays-Bas et la Lettonie, s’est réunie mercredi 15 octobre.

La Commission souhaite que les premiers projets soient lancés au premier semestre 2026.

« Un obstacle que nous devons surmonter est celui des achats conjoints, qui sont encore bien trop faibles. C'est pourquoi nous relevons notre ambition à 40% des dépenses de défense d'ici 2027 », a annoncé Mme Kallas.

Selon M. Kubilius, ces dépenses devront atteindre 55% en Europe, contre environ 40% actuellement.

Développer l’industrie européenne de défense. Afin de développer les capacités nécessaires, la 'feuille de route' promeut le développement de la base industrielle et technologie européenne de défense (BITDE).

La Commission entend présenter, le mois prochain, sa 'feuille de route' pour la transformation de la défense européenne. D’ici la fin de l’année, elle entend établir des alliances technologiques pour la défense, « reliant les innovateurs technologiques aux utilisateurs de la défense dans les États membres afin de les aider à combler les lacunes critiques en matière de capacités ».

La Commission élargira le dialogue stratégique avec l'industrie et organisera le premier sommet annuel de l'industrie de la défense d'ici la mi-2026.

L'an prochain, elle présentera aussi un aperçu de la montée en puissance des capacités industrielles nécessaires pour garantir un approvisionnement fiable dans les domaines de capacités convenus, une analyse des risques liés aux dépendances stratégiques et aux goulets d'étranglement en matière de matières premières critiques et un plan d'action prévoyant des mesures d'atténuation pour les chaînes d'approvisionnement internationales de l'industrie européenne de la défense.

Renforcer la mobilité militaire et le marché unique. Estimant que la mobilité militaire est un élément essentiel pour garantir la sécurité et la défense européennes, la Commission va présenter un nouveau paquet sur le sujet d’ici la fin de l’année, qu’elle souhaite voir adopté sous un an.

Elle compte aussi, au premier semestre 2026, identifier et prioriser les projets concrets de points névralgiques (hotspots) de mobilité militaire le long des couloirs de mobilité militaire. L’UE a identifié plus de 500 projets avec des besoins d’investissement d’environ 100 milliards d’euros. L’objectif est de créer, d’ici fin 2027, une zone de mobilité militaire à l’échelle de l’UE, « dotée de règles et de procédures harmonisées » et d’un réseau de couloirs terrestres, d’aéroports, de ports maritimes et d’éléments de soutien garantissant le transport sans entrave des troupes et du matériel.

La Commission plaide en outre pour un véritable marché européen des équipements de défense, appelant notamment à finaliser l'adoption des paquets de simplification ('omnibus') liée à la défense d’ici fin 2025.

Un rapport annuel sur l'état de préparation de la défense sera présenté par la Commission et la Haute Représentante au Conseil européen chaque année en octobre. Il « permettra aux dirigeants d'examiner les progrès collectifs sur cette base et fournira des orientations stratégiques aux ministres de la Défense ».

La Commission précise qu’elle aura un rôle de « facilitatrice », les décisions appartenant aux États membres. L’Agence européenne de défense (EDA) pourrait se voir attribuer un rôle de premier plan. Avant la publication de la 'feuille de route', des délégations s’étaient inquiétées d’un risque de multiplication des instances ou des processus, notamment sur la collecte des données sur les capacités des États membres.

Pas de nouveau financement annoncé. Aucun nouveau financement n’est annoncé dans la 'feuille de route', qui se contente de rappeler les instruments déjà disponibles, notamment l'instrument de prêts 'SAFE', et de souligner que le prochain cadre financier pluriannuel pour la période 2028-2034 pourrait faire la part belle à la défense et l’espace.

La Commission propose cependant, en collaboration avec la Banque européenne d’investissement et le Fonds européen d’investissement, de créer un fonds d'un montant maximal d'un milliard d'euros pour soutenir la croissance rapide des entreprises et des projets liés à la défense d'ici le premier trimestre 2026.  Au moins 50% de SAFE serait décaissé d'ici le troisième trimestre 2028.

Selon M. Kubilius, il resterait 300 milliards d'euros utilisés dans le budget actuel, dont 100 milliards de prêts.

Voir la 'feuille de route' : https://aeur.eu/f/j0f (Camille-Cerise Gessant)

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