Alors que l’Union européenne n’a adopté aucune sanction concrète contre Israël pour les entraves au passage de l’aide humanitaire vers Gaza (EUROPE 13690/3), un rapport spécial de l’IPC (Integrated Food Security Phase Classification) - l’observatoire mondial de la faim soutenu par l’ONU - a confirmé, vendredi 22 août, que près d’un tiers de la population gazaouie, soit 641 000 personnes, devrait être confronté à des conditions qualifiées de « catastrophiques » (phase 5 de l’IPC) entre le 16 août et le 30 septembre.
« La famine n’est plus un risque à Gaza. C’est une réalité. (…) Il s’agit de la détérioration la plus grave depuis mai 2024, lorsque l’IPC a commencé à analyser l’insécurité alimentaire aiguë et la malnutrition dans la bande de Gaza », a observé la commissaire européenne à la Préparation, à l’Égalité et à la Gestion des crises, Hadja Lahbib, dans une déclaration publiée le même jour.
« Nous réitérons qu’Israël doit accorder immédiatement l’accès à l’aide par tous les canaux sûrs et efficaces afin d’atteindre l’ensemble de la population de Gaza. Israël doit autoriser tous les envois d’aide des ONG internationales et permettre aux acteurs humanitaires essentiels et impartiaux d’opérer », a ajouté la commissaire.
Voir le rapport spécial de l'IPC : https://aeur.eu/f/i4e
Dix jours plus tôt, la Haute Représentante de l'UE aux Affaires étrangères, Kaja Kallas, la commissaire européenne à la Méditerranée, Dubravka Šuica, ainsi que Mme Lahbib avaient déjà dénoncé les obstacles persistants entravant l’accès des ONG humanitaires à la population gazaouie.
« Nous appelons le gouvernement israélien à autoriser tous les envois d’aide des ONG internationales et à lever les obstacles empêchant les acteurs humanitaires essentiels d’opérer », avaient-elles affirmé dans une déclaration cosignée par les gouvernements de 29 pays membres et non membres de l'UE.
Les signataires s'étaient notamment exprimés au regard de nouvelles exigences d'enregistrements imposées en mars dernier aux ONG par l'État hébreu.
Selon Médecins sans frontières (MSF), l'enregistrement peut être refusé « sur la base de critères vagues et politisés », dont la « délégitimation de l'État d'Israël ».
« De nombreuses ONG désormais déclarées 'non autorisées' à acheminer de l'aide travaillent à Gaza depuis des décennies, bénéficient de la confiance des communautés et sont expérimentées (...). Leur exclusion a privé les hôpitaux de fournitures de base, entraîné le décès d’enfants, de personnes handicapées et de personnes âgées à cause de la malnutrition et de maladies évitables », a déploré MSF le 19 août dernier.
Appels au PE. Dans une lettre adressée mardi 5 août dernier aux présidents de la Commission européenne, du Conseil européen ainsi qu'à la Haute Représentante de l'UE, l'aile gauche du Parlement européen a appelé à suspendre l'accord d'association UE/Israël, à appliquer un embargo complet sur les armes et à garantir l'accès humanitaire à Gaza.
« La situation ne peut plus être considérée comme une simple urgence : il existe des preuves claires qu’un génocide est en cours à Gaza. La Commission européenne et le Conseil européen ont, jusqu’à présent, manqué de réagir avec l’urgence et la fermeté que nos traités, nos valeurs et nos responsabilités exigent », ont notamment estimé les présidents des groupes S&D, Verts/ALE et La Gauche.
Voir la lettre des présidents de groupes du PE : https://aeur.eu/f/i4f (Bernard Denuit)