Une semaine après la confirmation par la Commission européenne de l’objectif de réduction de 90% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040 par rapport à 1990 (EUROPE 13672/1), les ministres européens de l’Environnement et du Climat se sont réunis sous Présidence danoise, jeudi 10 juillet à Aalborg, pour une rencontre informelle.
Cette dernière s’est ouverte sur une première session de travail visant à définir les grandes orientations de la position européenne en amont de la COP30, qui se tiendra du 10 au 21 novembre à Belém (Brésil).
Ce rendez-vous intervient également au lendemain du rejet par le Parlement européen (EUROPE 13677/3), en session plénière à Strasbourg, d’une procédure d’urgence sur l’objectif 2040, texte pour lequel le rôle de rapporteur a été confié à un eurodéputé du groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe (PfE), opposé à l’objectif de -90%.
Toutefois, la Présidence danoise du Conseil continue de viser un accord au Conseil le 18 septembre prochain, condition nécessaire pour que l’UE puisse déposer sa contribution déterminée au niveau national (CDN), qui devra porter sur l’horizon 2035 et découler pour l’UE du nouvel objectif 2040, dans les temps avant la COP30.
Pas de discussion formelle sur la CDN. Interrogé à son arrivée sur l’agenda de la réunion, le ministre danois du Climat, Lars Aagaard, a précisé que les CDN ne feraient pas l’objet d’une discussion directe.
La Présidence danoise, tout en respectant le rôle du Parlement européen, souhaite d’abord obtenir une majorité qualifiée au Conseil de l'UE sur l'objectif 2040. « Le plan a toujours consisté, dans un premier temps, à parvenir à un accord au sein du Conseil, et c'est toujours notre objectif. Le plan prévoit toujours de prendre une décision sur l'objectif pour 2040, puis, à partir de là, d'extraire la CDN nécessaire pour l'objectif 2035 et pour le processus des Nations unies », a encore déclaré le ministre Aagard.
Et de confirmer que « c'est toujours l'ambition, oui », pour un accord le 18 septembre.
Dissensions entre États membres. Toutefois cette approche ne fait pas l’unanimité. La ministre hongroise, Anikó Raisz, a rappelé l’opposition de son pays à un couplage entre l’objectif 2040 et la CDN 2035 : « Nous souhaitons vraiment séparer la question des CDN, nos engagements envers les Nations unies et l'objectif 2040, qui est une question juridiquement contraignante au sein de l'Union européenne ».
La France, quant à elle, a une position nuancée. La ministre Agnès Pannier-Runacher a rappelé à la presse que l’ambition climatique de la France restait élevée, mais a rappelé que celle-ci devait s’accompagner d’une stratégie industrielle claire.
Sur la CDN, elle estime qu’il existe un « espace réaliste » entre une trajectoire linéaire (66,5%) et le niveau requis pour atteindre -90% en 2040 (environ 72%). « Il faut un objectif ambitieux, mais crédible », a-t-elle martelé, plaidant en faveur d’un plan d’action cohérent pour les financements et les garanties de compétitivité.
« Il ne me suffit pas d’articuler un chiffre ambitieux et après de dire : débrouillez-vous pour mettre en œuvre ces politiques », a-t-elle aussi déclaré.
De leur côté, l'Allemagne, la Suède ou encore le Danemark soutiennent la méthode proposée par la Commission d’une cible pour 2040, puis un objectif intermédiaire pour 2035.
« Nous pensons qu'il est préférable de traiter ces informations et de présenter une CDN très forte avant la COP30 », a affirmé en ce sens la ministre suédoise, Romina Pourmokhtari, à son arrivée.
Leadership européen. Au regard d’un contexte international marqué par le recul américain sur les engagements climatiques comme par un multilatéralisme remis en question, plusieurs ministres ont appelé à maintenir l'ambition européenne.
Selon un document préparatoire consulté par Agence Europe, la Présidence danoise appelle d’ailleurs l’UE à défendre une « issue négociée » sur le niveau collectif d’ambition des contributions nationales et à s’impliquer activement dans l’adoption d’indicateurs mondiaux d’adaptation, priorité affichée du Brésil pour la COP30.
Aussi, Lars Aagaard a-t-il rappelé que « l'une des plus grandes menaces pour la sécurité, l'autonomie stratégique et la compétitivité de l'Europe est notre profonde dépendance à l'égard des combustibles fossiles », pour lier transition verte, souveraineté énergétique et position géopolitique de l'UE.
Si plusieurs ministres ont reconnu que la marge de manœuvre restait mince concernant un accord sur l'objectif 2040, puis présenter une CDN qui en découle, tous s’accordent à reconnaître que la crédibilité climatique de l’UE au niveau international est en jeu à Belém.
Le commissaire européen à l’Action pour le climat, Wopke Hoekstra, quant à lui, s’est dit « absolument » confiant dans la possibilité de conclure au Conseil sur l'objectif 2040 avant la COP30. (Nithya Paquiry)