De nombreux eurodéputés ont protesté, jeudi 10 juillet, lors d’un débat en séance plénière à Strasbourg, contre une possible réduction de 15% du budget consacré à la politique agricole commune (PAC) post-2027.
La Commission européenne devrait adopter le 16 juillet ses propositions sur la future PAC et sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034 (EUROPE 13676/12).
L’Italien Herbert Dorfmann, au nom du groupe PPE, a estimé que les signes concernant la proposition sur la PAC et son financement jusqu’en 2034 « ne sont pas très encourageants ». Il a critiqué la volonté de la Commission de faire, avec l’agriculture, mais aussi la cohésion, « une sorte de ragoût dans lequel on ne distingue plus vraiment quels en sont les ingrédients ». Selon lui, si l’UE maintient le financement de la PAC en chiffres absolus au niveau actuel, cette politique disposera en 2035, en termes réels, d’environ un tiers de ressources en moins qu’en 2020. « Et si nous réduisons le budget de la PAC de 15%, il ne restera que la moitié du pouvoir d’achat dont disposait cette politique en 2020. Autrement dit, nous sommes en train d’affamer cette politique de manière systématique », a déploré M. Dorfmann.
Pour Céline Imart (PPE, française), l'agriculture n'est pas « une ligne d’ajustement d’un tableau Excel et le budget qui lui est consacré ne survivrait pas à une baisse de 15 points ».
Dario Nardella (S&D, italien) a brandi une feuille mentionnant une perte de 217 milliards d'euros pour la PAC en cas de baisse de 15% des crédits de la PAC sur la période 2028-2034. Une réduction de 15 ou 20% « exclurait des milliers de petits agriculteurs », a renchéri Cristina Maestre (S&D, espagnole).
Carlo Fidanza (ECR, italien) a demandé un renforcement des crédits de la PAC post-2027.
« Il semble que la Commission envisage de réduire fortement le financement de notre sécurité alimentaire », a souligné avec inquiétude Elsi Katainen (Renew Europe, finlandaise). « L’incertitude est également alimentée par la menace du double standard liée au libre-échange, ce qui est inacceptable », a-t-elle ajouté. « Nous ne tolérerons pas un budget réduit ni une PAC démantelée », a mis en garde l’Irlandais Barry Cowen, du même groupe.
Pour Thomas Waitz (Verts/ALE, autrichien), « une réduction du budget agricole européen, associée à des accords commerciaux comme le Mercosur, ou peut-être demain un nouvel accord avec Donald Trump pour calmer ses folies tarifaires, mettrait en péril notre agriculture et nos agriculteurs ».
Luke Ming Flanagan (La Gauche, irlandais) a souligné que les pays européens parlent de consacrer 5% de leur PIB à l’armement. « Et nous ne sommes même pas prêts à consacrer 0,5% de notre PIB à notre alimentation », a-t-il déploré.
Plusieurs eurodéputés ont réclamé un budget sécurisé et suffisant pour l’agriculture ainsi qu’une législation propre et autonome pour la PAC. Ils se sont également opposés à toute renationalisation de cette politique.
« J’espère bien sûr également un budget solide pour la PAC afin de pouvoir relever les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés. C’est pourquoi je compte sur votre soutien, et je poursuivrai mon combat dans ce sens », a déclaré le commissaire à l’Agriculture, Christophe Hansen. « Je pense que ces obligations inscrites dans les traités - qui garantissent la sécurité alimentaire, un revenu équitable pour les agriculteurs, mais aussi une alimentation abordable pour les consommateurs - sont plus importantes que jamais », a-t-il ajouté. « Nous avons besoin d’une 'boîte à outils' cohérente pour les obligations du premier et du deuxième pilier », a-t-il aussi défendu.
Des eurodéputés ont réclamé une PAC plus équitable. « Il y aura toujours des gagnants et des perdants et c’est un point que nous devons aborder ensemble », a répondu M. Hansen, qui présentera à l’automne une stratégie pour le renouvellement des générations. (Lionel Changeur)