La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a écouté l'avis des groupes politiques au Parlement européen sur la motion de censure déposée par le Roumain Gheorghe Piperea (CRE). Forte du soutien de son groupe - le PPE - et de l'assurance que les groupes pro-européens voteront contre cette motion, elle a défendu son bilan bec et ongles.
Mme von der Leyen a notamment évoqué sa gestion des contrats de vaccins contre la Covid-19, qui étaient particulièrement visés par la motion de censure. « Il n'y a eu aucun secret, aucune clause cachée, aucune obligation d'achat pour les États membres. En effet, les 27 États membres ont décidé d'acheter leurs vaccins de leur propre chef », a-t-elle martelé.
Elle a dénoncé des tentatives de déstabilisation de la part des « extrémistes et complotistes », qui seraient soutenus, selon elle, par « nos ennemis et par leurs marionnettes, en Russie ou ailleurs ».
Le chef du groupe chrétien-démocrate PPE, l'Allemand Manfred Weber, lui a fait écho, et a garanti que son groupe voterait contre la motion. « Je sais que l'AfD allemand et l'AUR roumain sont des marionnettes de Poutine. Mais pourquoi le PiS rejoint-il maintenant cette alliance pro-russe ? », a-t-il interrogé.
Le groupe S&D ne soutiendra pas non plus la motion de censure lors du vote, jeudi 10 juillet, a assuré sa présidente, l'Espagnole Iratxe García Pérez. « Nous n’allons pas offrir une seule voix à ceux qui veulent détruire l’Union européenne », a-t-elle affirmé.
La cheffe du groupe Renew Europe, la Française Valérie Hayer, a dénoncé la motion et rappelé qu'aucun des membres de son groupe ne la soutenait. Elle n'a pas donné d'indication sur le vote de ses collègues jeudi, mais a plaidé pour la stabilité des institutions.
Quant au président du groupe conservateur CRE, Nicola Procaccini, il s'est vu dans une situation inconfortable. Il a dénoncé la motion de censure, déposée par des membres de son propre groupe. « Je m’exprime au nom des deux tiers du groupe CRE qui n’ont pas signé la motion. Non pas qu’ils n'en partageaient pas les raisons, mais comme moi, ils estiment que la motion est une erreur », a-t-il expliqué. Pour lui, il s'agit d'un cadeau aux adversaires politiques de l'UE.
En revanche, les groupes d'extrême droite PfE et ENS ont défendu la motion et attaqué frontalement le bilan de la Commission 'von der Leyen II'. Par la voix de Fabrice Leggeri, PfE a dénoncé un abus de pouvoir de la part de la présidente de la Commission, l'attaquant sur la gestion des vaccins anti-Covid-19. « L’Europe mérite mieux que le silence, l’opacité, mieux que l’autoritarisme », a-t-il estimé.
Demandes de positionnement au sein de la 'majorité von der Leyen'. Le débat a permis aux chefs des groupes politiques de la majorité pro-européenne d'exprimer leurs frustrations vis-à-vis des chrétiens-démocrates et leurs demandes à destination de la Commission, à un moment où la majorité ayant élu la Commission 'von der Leyen II' est fragilisée.
« Il serait de bon ton que l’extrême droite, mais surtout le PPE, arrête de bloquer la mise en place de l’organe d'éthique », a réclamé Mme Hayer (EUROPE 13640/25). Et d'évoquer également, comme les leaders des groupes S&D et Verts/ALE, le blocage sur la directive encadrant les allégations vertes, après que la Commission a menacé de retirer le texte sur demandes des chrétiens-démocrates, des conservateurs et de l'extrême droite du PE, avant de se rétracter (EUROPE 13665/11).
Manfred Weber a été particulièrement pris pour cible. Iratxe Garcia Pérez et le coprésident des Verts/ALE, le Néerlandais Bas Eickhout, lui ont reproché de ne pas renier certaines alliances avec les conservateurs, dont certains veulent faire tomber la Commission 'von der Leyen II', et l'extrême droite. « Quand vous parlez de nouvelles majorités à droite, de quelle majorité parlez-vous ? Il n'y a pas de majorité à droite sans l'extrême droite », a lancé M. Eickhout.
Le chrétien-démocrate allemand s'est inscrit en faux contre ces accusations. « En tant que PPE, nous avons une ligne rouge claire contre les extrémistes de gauche et de droite. (...) Tusk contre Kaczyński, Péter Magyar contre Orbán ; en République tchèque, avec Fiala, le PPE gagnera contre Babiš. Nous sommes souvent la seule chance de lutter contre la vague autoritaire », a-t-il rétorqué, estimant n'avoir aucune leçon à recevoir en matière de lutte contre les populistes et extrémistes.
M. Weber a défendu les votes de son groupe depuis juillet 2024, tentant de relativiser les alliances de son groupe avec l'extrême droite. « Pour 90% des votes, nous avons voté de concert avec la plateforme pro-européenne. Oui, dans environ 3% des votes finaux, le PPE l'a emporté avec le soutien de CRE et PfE. Mais dans plus de 7% des cas, c'est la gauche qui a bénéficié du soutien de PfE, contre le PPE » (EUROPE 13672/21). (Léa Marchal)