Les ministres danois de la Défense et des Affaires étrangères, respectivement Troels Lund Poulsen et Lars Løkke Rasmussen, ont voulu se montrer rassurants, début juillet, auprès d’un groupe de journalistes bruxellois en visite au Danemark, concernant les velléités américaines sur le Groenland.
« Je ne vois pas de menace imminente contre le Royaume du Danemark », a ainsi expliqué Troels Lund Poulsen, lors d'un briefing à Copenhague. « Nous ne considérons pas une annexion militaire comme une possibilité probable », a ajouté Lars Løkke Rasmussen depuis Aarhus. Cependant, « le Groenland est une petite société, un immense territoire, mais avec seulement 55 000 habitants environ, et il pourrait être exposé à une certaine forme d'influence », a expliqué le ministre des Affaires étrangères.
Si le Groenland ne semble plus en tête de l'agenda américain, « nous ne considérons pas cette affaire comme résolue », a précisé M. Rasmussen. Il a expliqué que si son pays avait une idée précise des enjeux, il pourrait négocier. « J'ai un accord avec [le secrétaire d’État américain, Marco] Rubio, pour nous rencontrer et discuter quand le moment sera venu », a-t-il ajouté.
S’il n’est pas question de remettre en question la souveraineté territoriale danoise, le Danemark est « conscient » des problèmes de sécurité liés au Groenland et à l'Arctique. « Nous sommes prêts à coopérer, mais il ne sera évidemment jamais question d'annexion », a mis en garde le ministre des Affaires étrangères.
Il a rappelé que le Danemark avait un accord de défense avec les États-Unis depuis 1951, qui offre une « grande marge de manœuvre » pour réagir à la « militarisation russe » de l’Arctique. Cependant, plusieurs membres d’équipage d’une frégate militaire patrouillant dans l’Arctique ont expliqué à des journalistes, dont Agence Europe, ne pas avoir constaté d'augmentation du nombre de bâtiments militaires dans la zone, mais uniquement plus de bateaux de pêche russes et de bateaux de croisière.
Le Danemark a aussi établi, il y a un an, une nouvelle coopération avec le Canada et la Norvège, alliés de l’OTAN. « Nous pensons que l'OTAN est le cadre approprié et il existe désormais une position commune entre tous les pays arctiques de l'OTAN, y compris les États-Unis », a expliqué M. Rasmussen.
Par ailleurs, en janvier, le Danemark a adopté un plan pour investir dans le Grand Nord - Groenland et îles Féroé -, une décision initiée avant le retour au pouvoir de Donald Trump, selon le ministre de la Défense. « Pendant de nombreuses années, nous n'avons pas pu investir dans le Grand Nord. Ce n'était pas une priorité politique majeure, mais la situation a changé », a souligné Troels Lund Poulsen. Le plan porte notamment sur de nouveaux navires de la marine arctique, des drones à longue portée et une couverture par satellite. Actuellement, le Danemark a notamment quatre frégates militaires équipées de canons, également brise-glaces, qui peuvent patrouiller autour du Groenland et des îles Féroé. (Camille-Cerise Gessant)