La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exhorté les citoyens européens à renouer avec « l'audace » des Pères fondateurs pour édifier « une Europe indépendante », capable de faire face au « désordre international » que provoquent l'appétit impérialiste de grandes puissances, jeudi 29 mai à Aix-la-Chapelle, dans son discours d'acceptation du Prix Charlemagne.
« Nous ne pouvons pas nous contenter de croire, une fois de plus, que la tempête finira simplement par se calmer. Que tout rentrera dans l'ordre. Une fois la guerre terminée. Une fois un accord commercial conclu. Une fois qu'un autre résultat sortira des prochaines élections. Ce ne sera pas le cas », a déclaré Mme von der Leyen.
Selon la dirigeante européenne, les Européens devront « briser (leurs) chaînes » et se défaire de la peur du changement pour bâtir une Europe indépendante, « ouverte sur le monde », qui défend ses valeurs et ses intérêts et est en mesure de garantir la stabilité en son sein. « L'histoire ne pardonne ni l'inaction ni l'hésitation », a-t-elle prévenu, énonçant quatre priorités d'action :
- mettre sur pied « une nouvelle forme de Pax Europaea pour le XXIe siècle », en investissant massivement et dans l'urgence dans la sécurité pour contrer la menace que représentent « les adversaires de nos sociétés démocratiques », parmi lesquels Vladimir Poutine ;
- « Placer l'innovation et la compétitivité au cœur du renouveau de l'Europe ». L'Europe dispose des atouts nécessaires, selon Mme von der Leyen, parmi lesquels un réservoir de talents, une économie sociale de marché, un système éducatif, la maîtrise de technologies de pointe, un tissu entrepreneurial, des règles fiables et une volonté d'échanger avec le monde. Au passage, elle rappelle que l'UE réalise « 87% » de ses échanges hors des États-Unis ;
- « Travailler à la prochaine réunification historique » du continent européen, en accueillissant les pays des Balkans et les autres pays candidats à l'adhésion à l'UE. Mme von der Leyen y voit « une nécessité morale » et « une condition préalable à une Europe plus forte » ;
- « L'Europe ne peut être en bonne santé que si la démocratie l'est aussi », a souligné la dirigeante. Elle a appelé à contrer tant les menaces proférées par les adversaires extérieurs de l'UE que par les tentatives d'affaiblissement venant de l'intérieur. Mme von der Leyen s'est ainsi inquiétée de « la résurgence des partis extrémistes et des tendances illibérales dans toute l'Europe », considérant que cette menace n'est « aucunement passagère ». Au lieu de se lamenter au sujet des électeurs des partis extrémistes, il convient, d'après elle, de comprendre les raisons du mécontentement et de gagner la bataille des « arguments » sur des thèmes tels que « la gestion de la migration illégale », « le coût élevé de la vie ou des logements » et « la bureaucratie envahissante ».
Voir le discours de Mme von der Leyen : https://aeur.eu/f/h52 (Mathieu Bion)