La réunion informelle des ministres des États membres de l’Union européenne chargés de l’Égalité, qui s’est tenue mercredi 16 avril à Varsovie (Pologne), s’est ouverte par une session de travail consacrée à la lutte contre les inégalités de genre dans l’environnement numérique.
Les ministres ont débattu, sous la présidence de la ministre polonaise, Katarzyna Kotula, des moyens d’assurer une participation égale aux espaces en ligne et de lutter contre les violences sexistes que favorise l’usage des nouvelles technologies.
Les discussions s’inscrivent dans une période charnière alors que la Commission prépare le renouvellement de ses grandes stratégies en matière d’égalité des sexes, des droits LGBTQI et de lutte contre le racisme pour la période 2024-2029.
Selon une note de travail consultée par Agence Europe, les textes européens tels que la loi sur les services numériques (DSA) ou la législation sur l’IA doivent permettre de mieux encadrer les pratiques des grandes plateformes en coordination avec les législations nationales.
La Présidence polonaise du Conseil de l’UE appelle à ce que « les plateformes soient rendues responsables des contenus qu’elles hébergent ».
La commissaire européenne chargée de l'Égalité, de l'État de préparation et de la Gestion des crises, Hadja Lahbib, a rappelé, en début de journée, que les femmes restent sous-représentées dans le secteur numérique : « Huit spécialistes de technologies de l'information et de la communication sur dix sont des hommes ». Un déséquilibre qui expliquerait, selon elle, « pourquoi tant de plateformes ne tiennent pas compte des perspectives de genre ».
Elle a en outre pointé du doigt les biais sexistes que peuvent appuyer les algorithmes : « Les femmes peuvent être exposées à une discrimination algorithmique dans la prise de décision de l'IA dans des domaines tels que les candidatures à un emploi ou les demandes de prêts bancaires, par exemple ».
Avec le harcèlement en ligne et les 'deepfakes' - les hypertrucages qui véhiculent de fausses images - qui peuvent l’accompagner, ils constituent un faisceau de paramètres qui limitent la participation des femmes à la vie publique.
La commissaire européenne a ainsi rappelé que la mise en œuvre de la directive européenne sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes de 2024 (https://aeur.eu/f/gg7 ) doit permettre de répondre à la cyberviolence.
Ces dynamiques peuvent également être nourries par la diffusion d’idées masculinistes sur les réseaux sociaux. Et pour cause, ces contenus renforcent tant les stéréotypes genrés qu'une vision conflictuelle des rapports femmes-hommes, alimentant une « mentalité du nous contre eux /elles » et une hostilité envers les femmes, en ligne comme hors ligne.
En outre, une meilleure prise en compte des hommes et des garçons, qui peuvent également être des victimes et des alliés, a ainsi été exposée.
À l'issue de la journée, Katarzyna Kotula a rappelé en conférence de presse que les hommes - surtout les hommes de couleur, les hommes GBTQI ou les hommes handicapés - peuvent être victimes. Or, les attentes stéréotypées les empêchent de demander de l'aide. « Les jeunes hommes, les garçons, sont très souvent exposés à ce contenu préjudiciable. Qu'ils le cherchent ou non. Cela affecte leur santé mentale, mais cela façonne aussi leurs opinions ». (Nithya Paquiry)