Les eurodéputés ont débattu, mardi 11 février à Strasbourg, avec la vice-présidente de la Commission européenne, Roxana Mînzatu, chargée de l’Emploi, des Droits sociaux et de la Préparation, des graves pénuries de personnel dans les services de santé de l’UE.
Dans la foulée, les élus ont évoqué avec elle le besoin de renforcer l’enseignement et la formation professionnels et de répondre aux nouveaux besoins sur les marchés du travail européens.
Des chiffres accablants ont été présentés par les élus lors du débat sur les soins de santé, l’élu allemand du PPE Dennis Radtke évoquant une perspective de pénuries de 4 millions de travailleurs de la santé d’ici 2030, compte tenu du vieillissement de la population.
Des chiffres de l’OCDE datés de 2022 évoquaient aussi une pénurie de 1,2 million de professionnels de la santé dans l’UE. « On en a déjà parlé pendant la pandémie de Covid » , a pesté l’Allemand, déplorant des pénuries « aiguës » alors que « les besoins en soins sont de plus en plus importants ».
Il a appelé les différents niveaux de responsabilité à « donner envie aux gens de se lancer dans ce travail », en améliorant les conditions de travail, notamment grâce aux conventions collectives.
« Ce n’est pas seulement le niveau de salaire le problème, c’est la charge permanente ; le personnel est débordé ; il faut investir dans de bonnes conditions de travail », a commenté de son côté l’Allemande Gabrielle Bischoff pour le groupe S&D. « Il faut augmenter les salaires, former les personnes » et, si « l’on doit faire venir des personnes des pays tiers, il faut que cela soit fait dans des conditions décentes », a-t-elle ajouté.
Pour le groupe CRE, l’Italien Ruggero Razza a demandé que les investissements dans les personnels de santé et la main-d’œuvre soient des investissements exemptés des règles du Pacte de stabilité. La Française de La Gauche Leïla Chaibi, de son côté, a appelé à casser la « logique d’austérité » dans les services de santé de l’UE, à investir massivement pour augmenter les salaires et offrir des emplois stables.
Le groupe Renew Europe a rappelé que 20 pays membres sur 27 connaissent des pénuries dans ce secteur et qu’un tiers du personnel dans l’UE a plus de 50 ans actuellement, le groupe appelant l’UE à concevoir un plan d’urgence.
De son côté, la vice-présidente de la Commission chargée de l'Emploi, des Droits sociaux et de la Préparation, Roxana Mînzatu, a aussi dressé des constats accablants, rappelant le défaut de 1,2 million de médecins, infirmières ou sages-femmes en Europe et le stress au travail, ressenti par 61% des infirmiers et 43% des médecins. « C’est un cercle vicieux », a-t-elle déploré, les pénuries entraînant toujours plus de pression sur les métiers dans un contexte de demande majeure en soins de santé.
La responsable européenne a expliqué que la nouvelle 'Feuille de route sur les emplois de qualité' serait destinée à répondre à ces problématiques, l’objectif étant aussi d’accroître la participation des femmes sur le marché du travail. La 'Feuille de route' se penchera sur les conditions de travail. Elle a cité aussi l’importance de la formation tout au long de la vie, de se ‘recycler’, ainsi que des stratégies de santé et sécurité au travail .
Une prochaine initiative sur la portabilité des qualifications aura aussi pour vocation de faciliter la mobilité, de mieux planifier les besoins à venir ; il s’agira encore de soutenir les talents arrivant des pays tiers et de soutenir la reconnaissance de leurs qualifications.
L’idée de faire venir des travailleurs des pays tiers a toutefois soulevé les critiques des groupes CRE ou PfE. Certains élus ont aussi pointé le problème de pays souffrant justement des conséquences de la mobilité. Le Luxembourg est ainsi un pays riche « qui a le plus de pénuries de médecins » dans l’UE, a dit Tilly Metz (Verts/ALE, luxembourgeoise).
Dans le second débat, les élus ont aussi appelé l’UE à soutenir des mesures pour renforcer les formations et compétences dont l’UE aura besoin, sur fond de pénuries de main-d’œuvre et de rapports accablants sur la compétitivité de l’UE.
À cette occasion, Roxana Mînzatu a rappelé les grands principes de l’'Union des compétences', qu’elle présentera le 5 mars.
Elle suivra quatre axes : - acquérir plus de compétences grâce à une bonne base d’enseignement et de formation ; - renforcer et actualiser les compétences ; - favoriser la libre circulation des compétences dans l’UE pour libérer tout le potentiel ; - attirer et garder les talents venus des pays tiers. (Solenn Paulic)