Les députés au Parlement européen ont critiqué, mardi 11 février, la réaction de l'Union européenne face à l'escalade de violence en cours dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), lors d'un débat tenu en séance plénière à Strasbourg.
Après l'offensive du groupe rebelle 'M23', appuyé par le Rwanda, plusieurs eurodéputés ont réclamé la suspension du protocole d'accord UE-Rwanda sur les chaînes de valeur durables pour les matières premières critiques, signé en février 2024 (EUROPE 13353/7).
« Nous savons très bien que l'UE investit au Rwanda. Plus de 900 millions sont destinés au Rwanda par l'intermédiaire du [plan d'investissement] 'Global Gateway'. Et une grande partie de ces investissements est liée aux minerais. (....) Nous devrions suspendre l'accord sur les matières premières critiques avec le Rwanda », a déclaré Marit Maij (S&D, néerlandaise).
Les eurodéputés Thierry Mariani (PfE, français), Hilde Vautmans (Renew Europe, belge), Charles Goerens (Renew Europe, luxembourgeois) ou encore Marc Botenga (La Gauche, belge), ont demandé, entre autres, la suspension du Protocole d'accord ('Memorandum of Understanding').
« Les organisations humanitaires sont particulièrement inquiètes et souhaitent que la stabilité revienne dans ce pays. Ce n'est possible que si certains pays cessent de financer des organisations militaires pour leurs propres intérêts », a estimé Ingeborg ter Laak (néerlandaise), pour le PPE.
La commissaire européenne à la Méditerranée, Dubravka Šuica, a argué devant les eurodéputés que « suspendre [le Protocole d'accord] pourrait être contre-productif, car cela supprimerait la base de cet engagement avec le Rwanda et saperait une incitation à garantir une production et un commerce responsables des minéraux par le Rwanda ».
« Depuis plusieurs années, l’UE maintient un régime de mesures en raison de la situation en RDC, qui complète les sanctions de l’ONU. Celles-ci ont notamment visé la direction du groupe armé ‘M23’ ainsi que deux officiers rwandais. Il s’agit d’un processus dynamique que l’UE suit de près (...) et qui peut à tout moment étendre la liste des personnes ciblées » a ajouté Mme Šuica à la suite de demandes de sanctions de l'UE envers Kigali.
Appel des Verts/ALE. En marge du débat, le groupe des Verts/ALE a exigé formellement la suspension immédiate du protocole d'accord, lors d'une conférence de presse. Considérant l’UE « complice » de la situation en RDC, les eurodéputés ont demandé la fin de la coopération militaire avec Kigali et des sanctions ciblées contre les responsables des violences commises (EUROPE 13353/7).
« Signer un accord avec un pays qui utilise la violence pour obtenir ces ressources pose une question morale et éthique », a dénoncé le prix Nobel de la paix Denis Mukwege, invité à s’exprimer. Selon lui, le 'M23' génère 800 000 dollars de revenus mensuels en exploitant illégalement les ressources congolaises.
Les eurodéputés ont réclamé un embargo immédiat sur les minerais rwandais et une enquête sur l’usage des fonds alloués au Rwanda, notamment via la 'Facilité européenne pour la paix'.
« On ne sait pas si les 20 millions d’euros que l’Europe donne au Rwanda ne financent pas ce conflit », a déclaré la Française Majdouline Sbaï. Rappelant les sanctions imposées à la Russie après son invasion de l’Ukraine, la Belge Saskia Bricmont a appelé l’UE à « cesser son 'deux poids, deux mesures' diplomatique ». (Bernard Denuit et Justine Manaud, stagiaire)