La perte de biodiversité, l’insécurité hydrique et alimentaire, les risques sanitaires, les pandémies mondiales et le changement climatique sont interconnectés et ne devraient plus être traités en silo, selon l’IPBES.
La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) était invitée en commission de l’environnement du Parlement européen, jeudi 6 février, pour présenter les résultats des rapports 'Nexus', pour une approche holistique, et sur un 'Changement transformatif' de la société au regard de l’effondrement de la biodiversité, publiés en décembre 2024.
« Les cinq crises sont traitées séparément par différentes institutions, ministères et mécanismes. Or, mettre l’accent sur l’un de ces éléments peut avoir des effets négatifs inattendus sur les autres », a expliqué Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES. Par exemple, la production de denrées alimentaires a augmenté au cours des dix dernières années, mais par des « pratiques agricoles non durables ». L’amélioration du statut nutritionnel mondial est ainsi allée de pair avec « la perte de la biodiversité, une augmentation de l’utilisation de l’eau, une augmentation des émissions de gaz à effet de serre et l’apparition de nouvelles maladies infectieuses ».
Le rapport 'Nexus' de l’IPBES a identifié 70 solutions transversales. L’agroécologie, via la réduction du recours aux pesticides et aux engrais, la restauration de la santé des sols, le passage à des régimes alimentaires durables et la construction d’infrastructures urbaines en sont des exemples.
Les adopter nécessitera de « changer la façon dont nous agissons », selon le rapport de l'IPBES sur la nécessité d'un changement transformatif, qui identifie trois « causes sous-jacentes » au manque de protection de la biodiversité : la déconnexion entre les humains et la nature, la concentration des pouvoirs et des richesses et la priorité à des objectifs matériels et individuels.
Carola Rackete (La Gauche, allemande) y a vu « des caractéristiques du capitalisme ». Les eurodéputés ont affiché une forme d'impuissance face à la méfiance croissante envers la science, à la remise en question des réglementations du 'Pacte vert européen' et à la prédominance d'une économie court-termiste.
L'agriculture ayant été identifiée comme un secteur clef, la future révision de la PAC a été mentionnée par Sigrid Friis (Renew Europe, danoise) et Martin Hausling (Verts/ALE, allemand) comme une opportunité à saisir.
Jutta Paulus (Verts/ALE, allemande), pour sa part, a regretté l'influence du lobby agricole sur les décideurs politiques. (Florent Servia)