Les ministres des Affaires étrangères se retrouveront lundi 27 janvier à Bruxelles pour discuter de la situation en Ukraine, du Moyen-Orient, que ce soit de la Syrie, de la situation au Proche-Orient et du Liban, et enfin des relations avec les États-Unis.
Ukraine. Le Conseil discutera, comme chaque mois, de la situation en Ukraine. Le débat se tiendra dans le contexte d’une nouvelle administration américaine, avec la nécessité, pour les Européens, de rappeler que rien ne doit être fait sur l’Ukraine sans l’Ukraine et rien sur la sécurité européenne sans l’Europe.
Après une intervention à distance de leur homologue ukrainien, Andrii Sybiha, les ministres s’entretiendront du soutien à Kiev, y compris militaire. Ils devraient faire un point sur l’industrie de la défense ukrainienne, les équipements militaires, dont les munitions et la défense aérienne et la formation des soldats (75 000 devraient avoir été formés par la mission EUMAM d’ici fin février). Si la Pologne a mis à l’ordre du jour de la première réunion des ambassadeurs de l’UE sous sa présidence du Conseil la 'Facilité européenne pour la Paix', la Hongrie continue de bloquer le déboursement.
La Haute Représentante souhaite aussi évoquer l’utilisation des avoirs gelés russes pour aider l’Ukraine.
Les ministres se pencheront également sur le renouvellement des sanctions économiques à l'encontre de la Russie, en vigueur jusqu’au 31 janvier. Vendredi, lors de la réunion des ambassadeurs des États membres auprès de l'UE, le représentant hongrois n’a pas été en mesure de donner l’approbation de son pays, car il n’avait pas reçu d’instructions de position par sa capitale.
Plusieurs diplomates ne se montraient pas inquiets, vendredi, rappelant que ce n’était pas la première fois que Budapest faisait patienter avant de donner son accord, parfois en utilisant une voie transactionnelle.
« La Hongrie n’a jamais dit qu’elle bloquerait le renouvellement des sanctions », a précisé une source européenne. Budapest a d’abord repoussé sa décision, attendant l’entrée en poste du président américain, Donald Trump, qui s'est montré en faveur des mesures contre la Russie. Sans vouloir de lui-même faire un lien entre la non-décision sur les sanctions et des demandes hongroises pour donner son accord, un diplomate a précisé que, lors de la discussion, l’ambassadeur hongrois était venu avec toute une série de demandes sur la sécurité énergétique.
Le prochain paquet de sanctions – le 16e – devrait être mis sur la table des Européens dans les prochains jours, avec pour objectif un accord pour le troisième anniversaire de l’invasion russe, soit le 24 février.
États-Unis. Au cours du déjeuner, le Conseil procédera à un échange de vues sur les relations entre l'UE et les États-Unis, sur la manière dont l’UE peut s’engager et s’assurer que la relation soit positive, une semaine après l’investiture du président américain, Donald Trump. « Il faut expliquer à l'administration américaine ce que nous avons en commun, nous sommes alliés sur de nombreux sujets dans un monde polarisé, mais aussi que l’on peut avoir une relation transactionnelle si nécessaire », a expliqué un diplomate. « 100 législations ont été adoptées ces derniers jours. Il faut les analyser », a-t-il ajouté, précisant que l’impact sur l’UE était pris au sérieux, mais qu’il fallait garder la tête froide et que l’UE réagirait, si elle pensait devoir le faire, avec fermeté.
La Haute Représentante de l'UE a envoyé au nouveau Secrétaire d’État américain, Marco Rubio, une invitation à participer à un Conseil des Affaires étrangères.
Moyen-Orient. Le Conseil tiendra ensuite un débat sur l'évolution récente de la situation au Moyen-Orient, y compris en Syrie. Les ministres pourraient réfléchir sur la manière de travailler avec le nouveau gouvernement, sur la coopération et sur la relance du pays.
Depuis la Turquie, la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, a annoncé la présentation d’une feuille de route, vendredi 24 janvier, lors du Conseil sur l’assouplissement des sanctions, et une approche étape par étape. « Si nous voyons les choses aller dans la bonne direction, nous allons assouplir les sanctions. Il y aura aussi un mécanisme de réversibilité, cela dépendra de la direction que prend le gouvernement », a-t-elle prévenu.
Selon Mme Kallas, l’UE va commencer par les sanctions dans les domaines « réellement nécessaires pour démarrer la reconstruction du pays ».
Selon plusieurs sources, il y aurait un large consensus au sein des États membres pour alléger les mesures, aussi pour permettre aux opérateurs européens de participer à la reconstruction de la Syrie. L’objectif est d'obtenir un accord politique des ministres pour lever certaines mesures, en particulier sur le transport et l’énergie. Si certains pays souhaitaient aussi assouplir les mesures sur les finances et le système bancaire, cela ne ferait pas l’unanimité, certains États membres s’inquiétant du risque de financement du terrorisme.
Les sanctions ciblées portant sur des personnes et entités liées au régime Assad devraient, quant à elles, être maintenues, tout comme celles liées aux produits chimiques, au captagon et aux biens à double usage, et l'embargo sur les armes. « Il y aura une décision politique sur les sanctions, mais le régime de sanctions syrien est assez complexe, certaines mesures sont des Nations Unies, d’autres de l’UE. Il y a un travail technique assez complexe. Nous travaillons là-dessus depuis un mois, mais les choses prendront du temps », a précisé un haut fonctionnaire européen, rappelant qu’il y avait en outre une conditionnalité politique liée à la stabilité et l’inclusivité.
Les ministres reviendront aussi sur la situation au Proche-Orient, après l’accord de cessez-le-feu à Gaza. Ils pourraient décider de redéployer la mission EUBAM Rafah (voir autre nouvelle). Le Conseil pourrait aussi discuter de la situation en Cisjordanie alors que l’armée israélienne mène une opération d’ampleur dans le camp de réfugiés de Jenine. La préparation du Conseil d’association UE/Israël, qui pourrait se tenir en février, et du dialogue de haut niveau avec l’Autorité palestinienne, prévue pour mars, devrait en outre être abordée.
La situation au Liban sera discutée, notamment les contacts avec le nouveau président et le nouveau gouvernement et la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu obtenu fin novembre pour 60 jours, qui prendra fin dans quelques jours.
Affaires courantes. Rapidement, le Conseil reviendra sur la Moldavie, notamment sur le soutien au pays dans sa lutte contre les menaces hybrides et sur la situation énergétique en Transnistrie.
Les ministres discuteront de la situation en Géorgie et adopteront les mesures de suspension de la libéralisation des visas pour les diplomates et les détenteurs de passeports de service (EUROPE 13546/28). Ils pourraient aussi discuter de mesures restrictives à l’encontre de responsables de violences contre les manifestants pacifiques, mais aucune décision n’est attendue.
Menaces hybrides. En amont du Conseil, les ministres se retrouveront pour un petit déjeuner sur les menaces hybrides avec le nouveau directeur du Centre de situation et du renseignement de l'Union européenne (INTCEN), Daniel Markic. Ils adopteront ensuite des sanctions à l’encontre de trois officiers du GRU (direction générale du renseignement russe) jugés responsables d’activités cybernétiques.
Biélorussie. Dans la soirée de dimanche 26, jour du scrutin présidentiel en Biélorussie, les ministres des Affaires étrangères européennes dîneront avec la cheffe de l’opposition démocratique, Svetlana Tikhanovskaïa. (Camille-Cerise Gessant, avec Isalia Stieffatre et Solenn Paulic)