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Bulletin Quotidien Europe N° 13454
POLITIQUES SECTORIELLES / Énergie

Les ministres européens de l’Energie ouvrent la voie à la création potentielle d’une stratégie et d’une Alliance européenne pour la géothermie

La deuxième journée de réunion informelle des ministres européens de l’Énergie sous Présidence hongroise, mardi 16 juillet, a été marquée par le soutien massif de la plupart des ministres, secrétaires d’État européens à l’Énergie et ambassadeurs présents à la mise en place d’une stratégie politique dédiée au développement de l’énergie géothermique.

« La tâche simple de la Présidence hongroise est de renforcer la compétitivité de l’Europe », a rappelé le ministre hongrois de l’Énergie, Csaba Lantos, mais également de mettre l’accent sur de nouvelles problématiques « qui n’avaient pas fait l’objet de beaucoup d’attention précédemment », faisant référence au développement de la géothermie, en particulier la géothermie profonde, pour produire, en plus de la chaleur et du froid, de l’électricité.

Celle-ci étant énormément influencée par le contexte géologique, la Hongrie entend faire figure de chef de file dans ce domaine. Elle possède déjà le plus grand système de chauffage géothermique en Europe, en dehors de l’Islande, dans la ville de Szeged.

Invité aux échanges, Sanjeev Kumar, responsable de la politique de l’UE pour le Conseil européen pour l’énergie géothermique (EGEC), s’est réjoui de l’engouement et du soutien de la grande majorité des gouvernements, indiquant que cette réunion informelle marquait « le premier jour où la géothermie est devenue un élément clé de la stratégie de transition énergétique de l'UE ».

Aucun pays de l’UE ne s’est ainsi prononcé en défaveur de l’initiative. Seuls des États membres comme la Lettonie, qui n'ont pas d'expérience dans le domaine de la géothermie, auraient émis des réserves sur le coût et indiqué que leur marché n’était pas suffisamment mature, mais auraient exprimé tout de même leur soutien.

Potentielle future Alliance industrielle

Dans les conclusions que devrait adopter la Présidence hongroise sur le sujet en décembre pourrait potentiellement figurer une recommandation pour la création d’une Alliance industrielle européenne pour la géothermie, tel que souhaité depuis longtemps par l’EGEC (EUROPE 13424/4).

La Commission européenne, quant à elle, a reconnu « le potentiel immense inexploité » de la géothermie et devrait mettre à l'ordre du jour des nouveaux commissaires européens une stratégie mise à jour pour le chauffage et le refroidissement, comprenant un état des lieux du potentiel géothermique, mais également de celui spécifique des pompes à chaleur, dont la stratégie pertinente dédiée avait précédemment été abandonnée par la Commission européenne.

Dans un second temps, une stratégie exclusivement consacrée à la géothermie, dans la même veine que le plan d'action pour les réseaux (EUROPE 13302/8) pourrait éventuellement voir le jour.

En outre, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’Énergie, Fatih Birol, avait annoncé plus tôt dans la journée que l’Agence allait préparer une feuille de route, d’ici la fin de l’année, pour accélérer le développement de la géothermie à l’échelle mondiale.

Couverture des risques financiers

Toutefois, plusieurs sources européennes rappellent qu’il reste encore de nombreux obstacles à franchir pour débloquer les investissements et assurer la viabilité économique des projets de géothermie à travers l’Europe.

« Nous ne sommes qu’au début du processus », ont indiqué plusieurs sources européennes, jugeant que l’impulsion politique était enclenchée, mais qu’il était trop tôt pour se prononcer sur le type de subventions, prêts et mécanismes de garantie qui pourraient être destinés au développement de la géothermie.

En outre, les investisseurs sont encore souvent confrontés à la nécessité de procéder à des forages coûteux pour analyser le potentiel du sous-sol et au manque de données géologiques locales.

La Pologne aurait ainsi suggéré d’obtenir une certaine forme d’orientation de la part de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour couvrir ces risques financiers. Le pays s’est également engagé à poursuivre le travail entamé par la Hongrie sur la géothermie dès janvier 2025, lorsqu’il prendra, à son tour, la tête de la Présidence du Conseil de l’UE.

Compétitivité énergétique

Les autres discussions de la journée ont porté sur l’atteinte des objectifs climatiques et énergétiques à l’horizon 2030 et les Plans nationaux Énergie-Climat (PNEC), le développement des réseaux ainsi que l’importance du secteur énergétique pour la compétitivité européenne.

Sur ce dernier point, le directeur général de BusinessEurope, Markus Beyrer, interrogé par Agence Europe, a mis en avant, devant les ministres, la nécessité urgente de « réduire davantage l’écart concernant la compétitivité énergétique », rappelant que, selon un scénario de retard des investissements dans les infrastructures et technologies propres, les coûts moyens de production d'électricité dans l'UE devraient être 2 à 3 fois plus élevés qu'aux États-Unis et en Chine en 2040 et 2050 (EUROPE 13446/16). (Pauline Denys)

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