Le centre de réflexion Bruegel a plaidé, dans un rapport publié lundi 15 juillet intitulé 'S'adapter à un monde plus dur : note au Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité', pour que le Conseil européen donne au Haut Représentant « un mandat plus fort pour agir sur les questions sur lesquelles les États membres ont décidé de prendre une action commune » afin d’adapter son rôle « à un monde dominé par l’intimidation et la force brute ».
Selon le rapport de Bruegel, ce mandat nécessiterait des capacités juridiques et financières plus fortes « pour coordonner les politiques pertinentes » au sein des institutions européennes. Ainsi, le Haut Représentant serait « le premier parmi ses pairs », que ce soit les ministres des Affaires étrangères ou les commissaires dont les portefeuilles touchent aux relations extérieures de l’UE.
Le centre de réflexion met aussi en avant une autre option : celle d’accepter que l'autorité du Haut Représentant soit plus limitée que ne le prévoit le traité de Lisbonne, mais de clarifier les fonctions qu’il conservera. « Cela nécessite une division claire du travail avec d’autres commissaires dont les portefeuilles ont une dimension externe et implique l’abandon de la responsabilité en matière de politique commerciale, de développement, d’élargissement et de voisinage et même d’approvisionnement en matière de défense », précise Bruegel. Le Haut Représentant garderait une fonction de coordination des positions communes en matière étrangère et de sécurité, de représentation extérieure des positions communes de l'UE et du réseau diplomatique des délégations de l'UE à travers le Service européen pour l'action extérieure, et de proposition et d'annonce de sanctions économiques, une fois les décisions prises par les États membres.
Si Bruegel juge le premier modèle « préférable », il précise que le plus important est que l’UE fasse un choix et mette fin à la mauvaise habitude d’attribuer nominalement des pouvoirs au Haut Représentant tout en le privant de la capacité de les exercer dans la pratique.
Le rapport revient également sur les principaux défis auxquels l’UE fait face, notamment concilier une alliance transatlantique forte avec l’autonomie de l’UE, gérer les menaces de la Chine tout en maintenant une relation constructive ou encore construire des relations plus solides avec les pays du Sud.
Bruegel estime que le Haut Représentant devrait travailler sur des options pour la réponse de l’UE au fait que les États-Unis deviennent un partenaire plus imprévisible et peu fiable, œuvrer pour rassembler les États membres autour d’une vision commune des relations avec les États-Unis et jouer un rôle crucial dans la refonte de la stratégie de l’UE à l’égard de la Chine, alors que la rivalité s’intensifie et que Pékin continue de soutenir la Russie.
De plus, les relations avec l’Inde pourraient être un moment fort du mandat, selon Bruegel, qui ajoute qu'il faudra adopter une approche plus sophistiquée sur les matières premières et la migration, sujets sur lesquels certains pays de l'UE souhaiteraient entretenir des relations principalement transactionnelles.
Voir le rapport : https://aeur.eu/f/d1s (Camille-Cerise Gessant)