Li Andersson (La Gauche, finlandaise), nouvelle élue au Parlement européen, prendra les rênes de la commission 'Emploi et Affaires sociales' (EMPL) la semaine prochaine. Présidente du parti de l'Alliance de Gauche depuis 2016, qu'elle quittera à l'automne, elle explique à Agence Europe ses grandes priorités pour les 5 ans à venir. (Propos recueillis par Solenn Paulic)
Agence Europe - Vous présiderez dans quelques jours la commission 'Emploi et Affaires sociales' du PE. Quel est votre parcours ?
Li Andersson - Je siège au Parlement finlandais depuis neuf ans et j'ai également été présidente de mon parti les huit dernières années. J'ai fait partie de la coalition gouvernementale de cinq partis réunis autour de Sanna Marin (ancienne Première ministre finlandaise).
J’y étais ministre de l'Éducation, également responsable de l'enseignement professionnel et de l'éducation des adultes, ainsi que de l'enseignement primaire et de la protection de la petite enfance.
Au Parlement finlandais, j'ai également travaillé sur les questions relatives au marché du travail, aux questions sociales et aux soins de santé.
La commission ‘EMPL’ était ma priorité numéro un, car c’est là où l'on traite des questions relatives au marché du travail ainsi que des questions relatives à la politique sociale, les questions de logement et de pauvreté. C'est aussi en EMPL que se discutent les politiques de marchés de l'emploi.
Quand on regarde les années qui viennent de s’écouler, ponctuées par de nombreuses manifestations, nous avons vu beaucoup de gens faire face aux difficultés liées à la hausse des prix de l'énergie, du coût de l'alimentation…
L'UE devrait investir et se concentrer davantage sur l'aspect social des politiques et aborder aussi la criminalité sur le marché du travail ; je pense ici aux substances dangereuses sur le lieu de travail ou aux problèmes psychologiques générés au travail et à la façon dont on peut aussi réguler cela.
Pour que les projets européens aient une légitimité aux yeux des citoyens européens, la prochaine Commission devrait se concentrer sur les politiques sociales et renforcer la situation des travailleurs. Et la commission EMPL est au cœur de ce travail.
Quels devraient être les nouveaux instruments pour investir dans cette politique sociale ? Le groupe S&D réclame, par exemple, un commissaire européen au Logement.
Nous devons d’abord regarder les règles de l'UE pour la politique budgétaire et économique. Notre groupe a voté contre, car elles ne tiennent pas compte de la nécessité d'investir dans la politique sociale. On peut vraiment assister à un retour de l'austérité en Europe qui ne fera qu'aggraver les choses.
Sur le logement, au niveau de l'UE, il est nécessaire de partager les meilleures pratiques mises en place par les pays qui ont réussi à réduire le sans-abrisme. La Finlande est un pays avec une très bonne expérience en la matière et qui s’est fixé l'objectif d'éradiquer complètement le sans-abrisme.
Mais cela signifie aussi qu'il faut laisser aux pays la possibilité d'investir dans le logement social et dans l'aménagement des villes afin d'avoir une stratégie permettant de s'assurer qu'il y ait suffisamment d'appartements locatifs construits et loués à des fins non lucratives. La Commission peut faire plus pour mettre en commun ces pratiques.
J’espère aussi que la Commission soulèvera le problème des travailleurs pauvres. Il faudra assurer le suivi de la directive sur les salaires minimums adéquats, qui a été une étape très importante sous la dernière législature.
Les syndicats s'inquiètent également de la tendance croissante en Europe, liée à l'austérité, à restreindre le droit de grève ou restreindre les conventions collectives.
C’est aussi pour cela qu’une campagne d'élus issus de quatre groupes politiques (La Gauche, les Verts/ALE, le PPE et le S&D) a été lancée pour réformer les règles en matière de marchés publics pour mieux prendre en compte les conventions collectives et le droit de négociation collective. C'est aussi une façon concrète pour l'UE de s'assurer qu'il y a des règles équitables sur le marché du travail.
J'espère également que la Commission poursuivra ses travaux sur la réglementation des substances dangereuses sur le lieu de travail. Et il faut également des réglementations concernant le travail dans les conditions de grande chaleur, une conséquence du changement climatique à laquelle nous devons aussi nous attaquer pour assurer le bien-être des travailleurs.
De ‘mauvaises’ surprises sont-elles, selon vous, encore possibles dans les prochains mois sur des dossiers comme le travail en plateforme, qui doit encore être validé formellement par le Conseil de l’UE ?
J’espère que non et qu'aucun État membre ne voudra rouvrir le dossier, car c’est un compromis déjà négocié. J’espère que tous les États membres verront la nécessité de poursuivre dans cette voie et de passer à la phase de mise en œuvre, qui sera extrêmement importante, car le résultat final de la directive sur les travailleurs des plateformes dépendra beaucoup de la manière dont les États membres l'incorporent dans leurs législations nationales.
La prochaine Commission pourra-t-elle être aussi ambitieuse que la précédente, compte tenu justement de la nouvelle configuration du PE, plus à droite ?
J'espère vraiment que tous comprendront que les résultats des élections et les manifestations qui ont eu lieu dans toute l'Europe montrent justement qu'il faut travailler davantage pour s'attaquer aux problèmes liés à la pauvreté, à la crise du logement ou à l'exploitation des travailleurs sur le marché de l'emploi.
Il faut aussi veiller à ce que la transition verte soit équitable, juste, afin que les gens aient la possibilité de faire face aux changements, surtout au moment où l’on s’oriente vers l’extension du système ETS (systèmes d'échanges de quotas de CO2) aux transports et aux bâtiments. Il est important de s'assurer du soutien de la population dans ces transitions.
Ce seront des questions importantes pour de nombreux groupes du PE et il y aura certainement pression de leur part ; j'espère que cette pression se manifestera aussi sur le choix des prochains commissaires et des programmes de travail. Les auditions des nouveaux commissaires seront importantes pour évaluer l'ambition et, personnellement, j'œuvrerai en faveur d'une politique aussi ambitieuse que possible.
Si vous deviez adresser un message de ‘candidature’ à ceux qui vous éliront la semaine prochaine à la tête de la commission EMPL, quel serait-il ?
Comme je l'ai dit, j'ai eu la possibilité en tant que ministre de travailler avec différents groupes politiques au sein du gouvernement et j'ai également travaillé sur des questions liées à l'enseignement professionnel, à l'éducation des adultes, sur les questions sociales et de santé. J’ai aussi beaucoup travaillé sur des questions relatives au marché du travail et avec les syndicats dans mon pays d'origine.
Le message principal est celui-ci : tous les développements politiques en Europe avec la montée de l'extrême droite dans beaucoup trop de pays nous démontrent vraiment la nécessité pour l'UE d'être plus ambitieuse, plus imaginative lorsqu'il s'agit des marchés du travail et de la politique sociale.
L'UE doit vraiment faire plus pour garantir les droits des travailleurs, faire plus pour combattre l'exploitation, pour combattre la crise du logement.
Notre commission EMPL jouera, pour toutes ces raisons, un rôle très important, et j'espère que cela sera partagé par les autres groupes politiques, tout comme par la prochaine Commission.