Le Parlement européen se reformera officiellement à l’occasion de la session plénière constitutive, prévue du mardi 16 au vendredi 19 juillet à Strasbourg, qui marquera l’entame de la 10e législature.
Présidence du PE. Le premier devoir des eurodéputés sera d’élire leur président ou présidente ainsi que le Bureau du Parlement, mardi.
L’actuelle présidente, la chrétienne-démocrate maltaise Roberta Metsola, est candidate à sa réélection pour un mandat de deux ans et demi. L'issue du vote ne fait guère de doute, puisque l'accord du Conseil européen sur la répartition de hautes fonctions européennes prévoit, quoiqu'informellement, que la présidence du PE revienne au Parti populaire européen (EUROPE 13441/1).
Les groupes politiques ou 36 eurodéputés peuvent présenter leurs propres candidats jusqu'au lundi 15 à 19h. L'élection se déroule sur un maximum de quatre tours. Pour être élu, un candidat doit remporter la majorité absolue des votes valides, sauf en cas de quatrième tour, qui opposerait à la majorité simple les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de voix.
En 2019, le socialiste italien David Sassoli avait remporté l'élection face à Ska Keller (Verts/ALE, allemande), Sira Rigo (La Gauche, espagnole) et Jan Zahradil (CRE, tchèque).
Bureau. Mardi après-midi, les eurodéputés éliront le Bureau, qui est composé du président du PE, de 14 vice-présidents et de cinq questeurs, ces derniers étant responsables d'affaires administratives et financières des députés. La liste des candidats des principaux groupes est arrêtée, même si le groupe conservateur CRE réserve jusqu'à lundi le choix des deux personnalités qu'il mettra en avant (EUROPE 13451/16).
Vendredi 12 juillet, le porte-parole du groupe d'extrême droite Patriotes pour l'Europe, l'Espagnol Alonso de Mendoza, a fustigé la volonté des groupes pro-européens d'empêcher l'élection d'un vice-président issu de ses rangs par le déploiement d'un 'cordon sanitaire', estimant cette manœuvre politique « antidémocratique » et hostile à des millions d'électeurs. Le porte-parole du groupe CRE, Michael Strauss, a considéré qu'un 'cordon sanitaire' était de nature à « discriminer » des millions de citoyens. Le groupe Patriotes pour l'Europe décidera lundi s'il nomme quand même un candidat à la vice-présidence du Parlement.
Présidence de la Commission européenne. La Conférence des présidents (CoP) des groupes politiques a décidé que l'élection de la candidate désignée par le Conseil européen à la présidence de la Commission européennne, Ursula von der Leyen, aura lieu jeudi 18 juillet à 13h00. Lors de ce vote, qui se déroulera à bulletin secret, celle-ci doit obtenir la majorité absolue des eurodéputés, soit 361 voix en 2024. En 2019, Mme von der Leyen avait été élue pour neuf voix (EUROPE 12297/1).
Jeudi matin, dans l'hémicycle, la candidate désignée dévoilera les grandes lignes de son programme politique et débattra avec les eurodéputés. Entre ces discussions et l'élection, les groupes politiques auront l'occasion de se réunir pour arrêter leur position finale en vue du vote.
Depuis sa désignation, Mme von der Leyen arpente les couloirs du Parlement européen pour échanger avec les groupes politiques (EUROPE 13449/15, 13450/7), les délégations nationales et les eurodéputés susceptibles de la soutenir, sauf les élus issus de l'extrême droite. Elle doit encore rencontrer les groupes La Gauche, lundi, et CRE, mardi matin (EUROPE 13451/15).
Figure au centre de la stratégie de la présidente sortante de la Commission, la constitution d'une plateforme politique pro-européenne, pro-Ukraine et pro-État de droit, formée par les groupes PPE, S&D et Renew Europe, qui totalisent 401 voix. La marge est étroite, puisque certains élus de ces groupes - les chrétiens-démocrates français, des libéraux irlandais - ont annoncé qu'ils voteront contre Mme von der Leyen, tandis que d'autres ne sont pas déclarés, comme les sociaux-démocrates italiens. Et les groupes S&D et Renew Europe font monter les enchères, rappelant que leur soutien n'est « pas un chèque en blanc » et reste subordonné à l'annonce de mesures qu'ils souhaitent voir inscrites dans le programme politique d'une potentielle Commission 'von der Leyen II'.
Mercredi, devant quelques journalistes, le président du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, avait mis en garde les autres groupes de la plateforme : « Si Mme von der Leyen échoue la semaine prochaine, il y aura un risque de grande instabilité. Et un homme sera content, c'est Viktor Orbán. Je ne veux pas lui faire ce cadeau ».
Pour sécuriser un soutien élargi, la chrétienne-démocrate allemande mène des discussions informelles avec le groupe Verts/ALE, qui s'est dit prêt à coopérer avec la plateforme alors qu'il avait rejeté la candidature de Mme von der Leyen en 2019. Mais un accord trop voyant avec les écologistes pourrait heurter certains conservateurs et même certains chrétiens-démocrates qui accusent de tous les maux le 'Pacte vert européen', le grand projet de la Commission 'von der Leyen'.
Côté conservateur, M. Strauss a indiqué que les élus du groupe CRE seront libres de leur vote. Certains ne soutiendront Mme von der Leyen que si son programme « diverge de façon significative du programme précédent », a-t-il averti, relevant que les délégations polonaise, roumaine et française avaient déjà indiqué leur opposition à la réélection de la présidente sortante. Alors que les Tchèques du groupe CRE voteront en faveur de la candidate, le choix que feront les élus de Fratelli d'Italia de la Présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, sera important. Au Conseil européen, celle-ci s'était abstenue sur la désignation de Mme von der Leyen, maintenant une ambiguïté constructive.
Reste que, si la chrétienne-démocrate allemande est réélue, ce sera le retour du processus des candidats têtes de liste ('Spitzenkandidaten') qu'ont présentés les partis politiques européens en amont des élections européennes de juin.
EUCO. Mercredi, les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne pourraient présenter aux eurodéputés les conclusions du sommet européen de jeudi 27 juin dernier. Les chefs d'État ou de gouvernement avaient procédé aux nominations des trois hautes fonctions européennes, arrêté leur agenda stratégique 2024-2029 et signé des engagements conjoints de sécurité avec l'Ukraine (EUROPE 13441/1).
HU24EU. Sont pressenties lors de ce débat des réactions au démarrage chaotique de la Présidence hongroise du Conseil de l'UE (EUROPE 13450/5). D'ailleurs, la présentation par le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, des priorités de la Présidence hongroise n'aura pas lieu la semaine prochaine, mais plutôt lors de la session plénière de septembre.
Mercredi matin, un second débat pourrait porter sur la poursuite du soutien de l'UE à l'Ukraine, avec l'adoption d'une résolution spécifique.
Composition des groupes politiques. Les élections européennes ont modifié la composition de l'hémicycle du Parlement, qui penche désormais davantage à droite de l'échiquier politique. Tour d'horizon de la situation des groupes politiques qui pourra évoluer à tout moment pendant la législature.
Le groupe PPE est sorti vainqueur du scrutin européen, confortant son statut de groupe le plus important, de telle sorte qu'il est pratiquement incontournable dans la constitution de majorités politiques. La famille chrétienne-démocrate disposait avant les élections de 176 sièges. Elle dispose maintenant de 188 sièges, soit 26,11% du total d’eurodéputés de l’hémicycle. L'Allemand Manfred Weber a été réélu à la présidence du groupe (EUROPE 13435/31).
L’Alliance progressiste des socialistes et démocrates a perdu deux sièges par rapport à la législature précédente (136 sièges, soit 18.89% du total d’eurodéputés). L’eurodéputée espagnole Iratxe García Pérez a été réélue à l’unanimité à la présidence du groupe S&D (EUROPE 13439/11).
Le nouveau groupe d'extrême droite Patriotes pour l’Europe (PfE), présidé par le Français Jordan Bardella, dispose actuellement de 84 sièges (11,67% du total d’eurodéputés). Emmené par le Rassemblement national français et le Fidesz hongrois, il s'est constitué officiellement en début de semaine (EUROPE 13448/1).
Le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE) dispose actuellement de 78 sièges, soit 10,83% du total d’eurodéputés. Il est coprésidé par Nicola Procaccini (Fratelli d’italia, italien) et Joachim Brudziński (PiS, polonais) (EUROPE 13445/23). Le groupe a récemment perdu les eurodéputés du parti espagnol ‘Vox’, qui ont rejoint le groupe PfE.
Troisième groupe du Parlement européen durant la législature précédente, ‘Renew Europe’ (RE) compte actuellement 77 sièges, soit 10,69% du total d’eurodéputés. Le groupe rassemblant des formations politiques libérales de centre droit a reconduit à sa tête la Française Valérie Hayer (EUROPE 13439/12).
Alors qu'ils comptaient 74 députés après les élections de 2019, les écologistes et régionalistes ont vu leur représentation au PE diminuer. Le groupe Verts/ALE dispose actuellement de 53 sièges, soit 7,36% du total d’eurodéputés de l’hémicycle. Le groupe a élu le Néerlandais Bas Eickhout et l'Allemande Terry Reintke coprésidents (EUROPE 13435/6).
Le groupe La Gauche dispose actuellement de 46 membres, soit 6,39% du total de voix dans l’hémicycle européen. La Française Manon Aubry et l'Allemand Martin Schirdewan forment la coprésidence de la formation de gauche radicale (EUROPE 13445/25). Le groupe a accueilli huit eurodéputés italiens du Movimento Cinque Stelle ('M5S') et deux autres de l’Alleanza verdi a Sinistra : la militante Ilaria Salis, emprisonnée en Hongrie jusqu'à son élection (EUROPE 13428/5), et Mimmo Lucano.
Constitué mercredi 10 juillet (EUROPE 13450/8), le groupe d’extrême droite L'Europe des nations souveraines (ESN) a été bâti autour du parti allemand AfD, qui avait été exclu de l’ancien groupe Identité et Démocratie fin mai (EUROPE 13415/2). Ce nouveau groupe compte 25 élus issus de huit pays de l'UE et est coprésidé par l'Allemand René Aust et le Polonais Stanislaw Tyszka. Il représente 3,47% du total d’eurodéputés qui composent l’hémicycle européen.
Enfin, 12 eurodéputés siégeront mardi en tant que Non-inscrits, tandis que 21 autres eurodéputés nouvellement élus n'appartiennent actuellement à aucun des groupes politiques constitués.
Voir la répartition des groupes politiques au sein de l'hémicycle : https://aeur.eu/f/CL0 (Bernard Denuit & Mathieu Bion)