Emmenés par le Rassemblement national français et le Fidesz hongrois, les représentants de treize formations politiques nationales d’extrême droite et de droite souverainiste ont officialisé, lundi 8 juillet à Bruxelles, la création du groupe des ‘Patriotes pour l’Europe’.
Doté de 84 élus, dont 30 pour le Rassemblement national et 11 pour le Fidesz, la deuxième plus grande délégation, ce nouveau groupe, annoncé il y a une dizaine de jours par le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, détrône ainsi le groupe CRE à la troisième place du Parlement européen.
Le groupe des conservateurs européens, dominé par Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, avait en effet subi vendredi 5 juillet le départ des 6 élus espagnols de Vox (EUROPE 13447/12), qui ont choisi de rejoindre les ‘Patriotes’.
Ce nouveau groupe, qui sera présidé par le Français Jordan Bardella, élu le même jour à cette fonction tout en étant retenu à Paris, se compose des groupes suivants : le Rassemblement National (30 députés), le Fidesz (11), La Lega italienne (8), le parti tchèque ANO (7), la formation tchèque Oath & Motorists (2), le FPÖ autrichien (6), le PVV néerlandais (6), l’espagnol VOX (6), le Vlaams Belang belge (3), le parti portugais CHEGA (2), le danois Danish People’s Party (1), le parti grec Voice of Reason (1) et le letton Latvia First (1).
Lors d’une conférence de presse commune, les représentants des ‘Patriotes pour l’Europe’ ont d’ailleurs dit s’attendre à ce que le groupe s’étoffe encore dans les jours à venir, même si le parti allemand AFD reste toujours à la porte à ce stade.
Sans surprise, cette nouvelle formation concentrera principalement son action sur la lutte contre le transfert de nouvelles compétences à l’UE et « les tendances fédéralistes », la lutte contre l’immigration illégale et le ‘Pacte vert’, a expliqué le Français Jean-Paul Garraud.
Ce nouveau groupe mettra toutes ses forces « pour contrecarrer la volonté hégémonique » de la Commission européenne et de la majorité pro-européenne au PE.
Kinga Gál (Fidesz, hongroise) a estimé qu'il faudra lutter contre les « décisions centralisatrices nuisibles aux États nations », défendre « les racines judéo-chrétiennes » de l’Europe et « protéger fermement les frontières extérieures », tout en œuvrant pour une Europe « forte et compétitive ».
La lutte contre « des migrants non bienvenus en quantité importante » et contre « l’idéologie verte » constitue aussi la priorité du parti tchèque ANO, a expliqué sa représentante, Klára Dostálová.
Sur l’Ukraine, seul Sebastiaan Stöteler, représentant du PVV néerlandais, s’est positionné en faveur d'un soutien continu face à la Russie.
Les autres groupes ont en effet surtout loué, à ce stade, les décisions du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, de se lancer dans une ‘mission de paix’, notamment en se rendant à Moscou, le 5 juillet, puis à Pékin, ce 8 juillet (EUROPE 13448/2). Un travail indispensable, selon eux.
Cordon sanitaire maintenu
Si le nouveau groupe espère bien se faire entendre et bloquer des projets au PE, en créant éventuellement des ponts avec la famille du CRE et Giorgia Meloni, il devrait cependant continuer à souffrir du cordon sanitaire qu'imposent les autres groupes du PE aux formations europhobes depuis plusieurs législatures.
« Aucune raison que cela change », a réagi une source d’un groupe soutenant Mme von der Leyen, quand bien même les formations qui composent le nouveau groupe « se sont professionnalisées par rapport à 2019 ».
Les ‘Patriotes pour l’Europe’ n’ont bien sûr pas manqué de dénoncer cette situation, lundi 8 juillet. Jean-Paul Garraud a estimé qu'« aujourd’hui, ça me paraît difficile de nous opposer encore ce positionnement antidémocratique ». « Nous représentons des millions d’électeurs, comment pourraient-ils encore nous opposer ce cordon sanitaire ? », a-t-il jugé. « Nous exigeons des postes qui correspondent à nos millions d’électeurs ».
L’Espagnol Jorge Buxadé, quant à lui, s’en est pris à la presse, qui devrait, selon lui, dénoncer cette situation et contribuer à faire respecter le pluralisme politique.
M. Garraud a prédit, dans tous les cas, des temps plus difficiles pour Mme von der Leyen, notamment en vue de sa réélection, qui pourrait avoir lieu le 18 juillet. « Elle a du souci à se faire », a-t-il encore confié aux journalistes.
Vice-présidences. Kinga Gál a été élue première vice-présidente ce lundi. Les autres vice-présidents sont Roberto Vannacci (La Lega, italien), Klára Dostálová (ANO, thèque), Sebastiaan Stöteler (PVV, néerlandais), António Tânger Corrêa (Chega, portugais), Hermann Tertsch (VOX, espagnol) et Harald Vilimsky (FPÖ, autrichien). (Solenn Paulic)