Les principales têtes de liste des partis européens ont exposé, jeudi 23 mai, les grandes lignes de leurs programmes lors d’un ultime débat électoral organisé au Parlement européen, à un peu plus de deux semaines des élections.
Si les positionnements d’Ursula von der Leyen (allemande) pour le PPE, de Nicolas Schmit (luxembourgeois) pour le PSE, Sandro Gozi (italien) pour l’ALDE, Terry Reintke (allemande) pour les Verts et Walter Baier (autrichien) pour La Gauche, tant sur la guerre en Ukraine que sur la défense, le changement climatique, la migration ou encore l’économie et l’emploi n’ont pas représenté de surprise, le débat s’est tenu en l’absence des représentants des groupes CRE et ID, dont les formations, pourtant en tête des sondages dans un certain nombre d’États membres, n’ont pas désigné de ‘Spitzenkandidat’.
Alors qu’ID s’était plaint de son exclusion auprès des organisateurs (EUROPE 13410/15), les modérateurs ont répété qu'elle était liée à cette absence de ‘Spitzenkandidat’.
Ce débat d’une heure et 45 minutes a pourtant largement porté sur les alliances possibles entre la droite européenne, PPE en tête, mais aussi celles des libéraux européens, avec ces formations d’extrême droite, comme le parti de Giorgia Meloni.
Interrogée à plusieurs reprises sur ce sujet par les autres candidats, Ursula von der Leyen a réitéré sa ligne, n’écartant pas de travailler avec des élus « pro-Europe, pro-Ukraine et contre Poutine et pro-État de droit ».
Elle a aussi balayé l’hypothèse d’un rapprochement avec des formations actuellement appartenant à ID, comme le Rassemblement national français, qui sont les « amis de Poutine » et qui « veulent détruire l’Europe ».
Alors qu’aux Pays-Bas, les libéraux de Mark Rutte du VVD sont entrés en coalition avec le PVV de Geert Wilders (extrême droite), le libéral Sandro Gozi a également été interpellé par ses concurrents. Il a, comme l’avait fait la cheffe de groupe de Renew Europe, Valérie Hayer (française) le 10 mai, condamné cette alliance, « qui est une erreur majeure » (EUROPE 13414/18).
« Je combats Éric Zemmour ou Marine Le Pen et nous dirons non à l’extrême droite », a-t-il assuré, rappelant que le groupe discutera le 10 juin de la place du VVD.
Pour le reste, le débat a permis aux candidats de rappeler leurs positions sur quelques thèmes clefs identifiés par les organisateurs. Sur l’économie et l’emploi, le socialiste a rappelé la nécessité de réduire la pauvreté et de créer des emplois de qualité, tout comme d’investir dans les compétences.
La candidate des Verts a appelé à faire coïncider transition verte et nouveaux emplois de qualité. Elle a mis en garde contre « la plus grosse erreur » que constituerait « le retour à l’austérité ».
Le candidat de La Gauche a appelé l’UE à être plus concrète dans le domaine social, notamment sur le logement, pour encadrer les loyers.
Le débat a ensuite porté sur la guerre en Ukraine et l’Europe de la défense, le candidat libéral rappelant la demande de sa famille pour « un fonds de 100 milliards d’euros » pour la défense et la création d’eurobonds. Terry Reintke a aussi défendu un fonds européen pour la défense et la fin de l’unanimité en matière de politique étrangère.
La présidente de la Commission a souligné que le travail devait continuer à porter à la fois sur l’armement de l’Ukraine pour lui permettre de se défendre et le renforcement de l’industrie européenne de défense. Mme von der Leyen a aussi plaidé, comme Mme Reintke, pour de nouvelles ressources propres permettant à l’UE de remplir toutes ses tâches.
Elle a été interpellée à cette occasion par Walter Baier sur Gaza et Israël. La présidente a rappelé sa position, entre condamnation des massacres du Hamas du 7 octobre 2023 et droit d’Israël de se défendre, mais dans le respect du droit international et avec le devoir de protéger les vies civiles. Et elle a dit son soutien à la solution à deux États.
Le débat a aussi porté sur les questions migratoires, Nicolas Schmit critiquant à nouveau l’accord entre l’UE et la Tunisie.
La candidate des Verts, pour sa part, a dénoncé la toxicité des débats dans les États membres, qui n’apportent pas de solutions « à une Europe qui vieillit ». Elle a plaidé pour de nouvelles voies légales.
Si la présidente de la Commission a souhaité que l’UE puisse « décider qui vient en Europe et pas les passeurs ou les trafiquants », elle a aussi plaidé pour des voies légales claires dont l’UE a besoin alors que ce type de migration « marche » quand les bénéficiaires sont bien intégrés.
Le débat a encore porté sur le changement climatique et l’impact potentiellement négatif du 'Pacte vert européen' sur la croissance économique, le candidat socialiste appelant ici à mettre en place des investissements massifs et à mobiliser de nouvelles ressources pour rendre ces politiques acceptables socialement par tout le monde. (Solenn Paulic)