Les ministres de l'Agriculture des pays de l'Union européenne se sont montrés divisés, mardi 26 mars à Bruxelles, sur les modalités d'importation des produits agricoles ukrainiens.
« Nous travaillons à une solution commune pour l'extension des mesures de libéralisation des échanges avec l'Ukraine, en veillant à ce que l'Ukraine continue à bénéficier des avantages économiques, tout en nous assurant que les agriculteurs européens ne soient pas désavantagés dans ce processus », a indiqué, devant les ministres de l'UE, le commissaire européen à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski.
Au sujet de la situation des marchés agricoles au sein de l'UE, les ministres ont confirmé leurs divergences sur les modalités de mise en œuvre des mesures commerciales autonomes pour l'Ukraine.
Le Comité des représentants des États membres auprès de l’UE (Coreper) tentera de trouver un compromis, mercredi 27 mars (EUROPE 13378/24).
Marc Fesneau, le ministre français, a rappelé qu’il demandait d’ajouter l’année 2021 à la période de référence prévue (2022/2023) dans l'accord interinstitutionnel sur ces mesures commerciales. La France réclame, « avec d’autres pays », d’intégrer le blé tendre et l’orge dans les produits visés par la sauvegarde automatique, a dit le ministre. Marc Fesneau a souligné qu’une « minorité de blocage » existait au sein du Conseil contre l’accord sur la table, qui n'intègre ni le blé tendre ni l’orge.
István Nagy, le ministre hongrois, a jugé « inacceptable » toute proposition qui n’intégrerait pas le blé. Le ministre letton a demandé, lui aussi, l’ajout de « toutes les céréales » dans les produits couverts.
« Nous défendons la position de l’Ukraine », a dit, au contraire, le ministre espagnol, Luis Planas, qui a dit soutenir la poursuite des exportations ukrainiennes dans l’UE et en dehors de l’UE.
Cem Özdemir, le ministre allemand, a demandé l’adoption de l’accord interinstitutionnel tel que négocié, « sans rajouter de nouvelles conditions ». « Les ministres de l'Agriculture font, eux aussi, partie du projet de solidarité avec l'Ukraine », a-t-il martelé.
Mykola Solsky, le ministre ukrainien, aurait dit devant le Conseil que son pays avait plus que jamais besoin de la prorogation des mesures commerciales. Les volumes de céréales d'Ukraine vers l'UE ont retrouvé leur niveau d'avant la guerre, selon lui. L'Ukraine ne serait pas, selon M. Solsky, responsable de la baisse des prix des céréales.
La Commission a indiqué que les prix des céréales atteignent aujourd'hui « leurs niveaux les plus bas depuis 2020 ». Cette évolution représente « un défi de taille pour les agriculteurs de l'UE », a reconnu Janusz Wojciechowski.
Depuis la réouverture du corridor de la mer Noire à l'automne 2023, près de 18,4 millions de tonnes de céréales et d'oléagineux ont été exportées par l'Ukraine par cet itinéraire (5,2 millions de tonnes en février), selon la Commission. Cette route, ainsi que les 'couloirs de solidarité', permet à l'Ukraine d'exporter plus de 7 millions de tonnes de céréales et d'oléagineux par mois depuis décembre 2023. (Lionel Changeur)