L’ambassadeur ukrainien auprès de l’UE, Vsevolod Chentsov, a expliqué, mercredi 21 février, que l’Ukraine était à un moment crucial du conflit.
« Nous avons une situation difficile sur la ligne de front, mais la leçon que nous devons tirer est de ne pas abandonner, mais d'intensifier notre coopération pour obtenir des armes et des munitions en quantité et en qualité », a-t-il expliqué à un groupe de journalistes, dont EUROPE, reconnaissant que l’Ukraine était fatiguée. Selon lui, abandonner serait « un suicide ».
L’ambassadeur a salué l’annonce de la République tchèque, qui a identifié 800 000 unités de munitions disponibles qui pourraient être livrées à l'Ukraine d'ici quelques semaines. Selon lui, si son pays obtient des garanties de livraisons de munitions, il pourra utiliser des munitions actuellement en réserve, car les stocks seront recréés.
« C'est très mathématique, plus il y a de manque de munitions, alors immédiatement il y a plus de pertes humaines », a ajouté l’ambassadeur, qui a par ailleurs salué l’aide qu’apporte la mission de formation de l’UE aux soldats ukrainiens. Le pays travaille à abaisser l’âge de la conscription de 27 à 25 ans, en épargnant toutefois les étudiants. « Nous devons faire une rotation et envoyer sur le champ de bataille des personnes entraînées », a expliqué M. Chentsov, rappelant que les Russes envoient de plus en plus de personnes au front.
Il a appelé à une stratégie « sérieuse et solide » sur le soutien à l’Ukraine dans tous les domaines, « pour maintenir une économie fonctionnelle, développer une armée forte, mais aussi maintenir la pression sur la Russie et sur ce régime, à propos de la politique de sanctions et d'un isolement international plus poussé ».
M. Chentsov a egalement expliqué que son pays avait progressé sur les dernières conditions posées pour l’adoption du cadre de négociations en vue de l'adhésion. Selon lui, il ne reste plus que la loi sur le lobbying, en fin de parcours. Mais alors que le cadre de négociation était attendu pour mars, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé, plus tôt dans la journée, qu'il devrait être présenté d'ici « le début de l'été ». « Nous faisons d’excellents progrès en matière d’examen préalable et travaillons sur le cadre de négociation. Je suppose qu'il ne sera pas prêt avant les élections européennes, probablement vers l'été », a expliqué M. Chentsov aux médias.
Accord sur le 13e paquet de sanctions, pas encore sur l’EPF
Les ambassadeurs des États membres de l’UE ont donné leur feu vert, le même jour, au 13e paquet de sanctions à l'encontre de la Russie. Celui-ci porte sur près de 200 personnes et entités et se concentre également sur les réseaux d'approvisionnement russe et étranger en composants de drones qui aboutissent dans le complexe militaire russe, puis sur le champ de bataille en Ukraine.
« Avec ce paquet, nous prenons davantage de mesures contre les entités impliquées dans le contournement (des sanctions), dans les secteurs de la défense et de l’armée », a souligné le Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, sur X (anciennement Twitter).
L’objectif est une adoption du paquet, via une procédure écrite, à temps pour garantir sa publication au Journal officiel de l'UE samedi 24 février, date du 2e anniversaire de l’invasion russe de l’Ukraine.
Pour M. Chentsov, ce 13e paquet est avant tout symbolique. Il a rappelé que son pays continuait à pousser pour des mesures dans la métallurgie, l’énergie (LNG et nucléaire) ou les produits agricoles russes, qui entrent sur le marché européen alors que des produits ukrainiens sont bloqués par certains États membres. De plus, l’Ukraine voudrait des mesures supplémentaires à l’encontre des pays qui aident la Russie et l’abaissement du prix plafond pour le commerce du pétrole.
Les ambassadeurs de l’UE ont également renouvelé pour 6 mois le régime de sanctions ciblées qui porte sur environ 2 000 personnes et entités.
Les États membres n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les modalités de la 'Facilité d’assistance de l’Ukraine', le volet ‘Ukraine’ de la 'Facilité européenne pour la paix'. « De bons progrès sont enregistrés ce jour », a précisé une source européenne, rappelant qu’aucun État membre ne remettait en cause l’instrument et que tous étaient convenus de parvenir à un accord en mars, avant le Conseil européen. Les dirigeants européens avaient appelé à un accord début mars.
Appel du PPE pour un 'Plan européen pour la victoire de l’Ukraine'
Par ailleurs, dans un papier d’orientation obtenu par EUROPE, le PPE propose que les institutions européennes élaborent « de toute urgence » un ‘Plan européen pour la victoire de l’Ukraine’. « Ce plan fournirait le cadre pour les décisions collectives de l’UE et la mise en œuvre de mesures urgentes d’assistance militaire à l’Ukraine nécessaires à sa victoire », précise le document. Selon le PPE, le soutien de l’UE et de l’OTAN devrait être supérieur à 0,25% du PIB combiné. « Cela permettrait à l’Ukraine de commencer à accumuler les réserves nécessaires pour l’emporter militairement contre les forces russes en 2025-2026 », explique-t-il.
Le PPE souhaite aussi que le plan de l’UE ne couvre pas uniquement les questions d’artillerie, mais tous les autres équipements militaires nécessaires à la victoire de l'Ukraine.
Selon lui, une priorité claire doit être donnée à l'aide au développement de l'industrie militaire ukrainienne. « Le plan de l’UE devrait également présenter un schéma sur la manière dont les capacités des industries militaires européennes seront renforcées dans un avenir proche afin de garantir la fourniture des équipements militaires nécessaires à la victoire de l’Ukraine », ajoute le document, qui souhaite des mesures juridiques spéciales, similaires à celles mises en œuvre pendant la pandémie de Covid-19, pour empêcher que des biens militaires produits par l'industrie militaire de l'UE soient livrés à des pays tiers avant de satisfaire les besoins de l'Ukraine.
Voir le papier : https://aeur.eu/f/axw (Camille-Cerise Gessant avec Mathieu Bion)