Dans son discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé en septembre dernier le lancement d’un « dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture dans l’UE » afin de dépolariser les débats sur la transition verte. Elle avait tendu la main aux agriculteurs et au groupe politique du PPE en plantant les graines d’une certaine pause dans l’adoption des textes découlant du 'Pacte vert européen', après le départ de Frans Timmermans, l’un des plus ardents défenseurs de ces législations à la Commission.
Par ailleurs, le 20 décembre dernier, la présidente de la Commission a proposé un déclassement du statut de protection du loup comme espèce ‘protégée’ plutôt que ‘strictement protégée’ (EUROPE 13318/6).
Ursula von der Leyen avait confirmé le 6 décembre que le dialogue structuré sur l’avenir de l’agriculture européenne serait lancé en janvier, sans pour autant apporter de détails sur ses modalités d’organisation ou son calendrier (EUROPE 13308/12).
Le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, n’a pas la main sur cette initiative, confiée à Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne.
M. Wojciechowski a cependant tenu à livrer sa contribution au débat en présentant « sa » vision de la future politique agricole commune (PAC). Celle-ci devrait, selon lui, renforcer ses outils de gestion des crises et arrêter d’imposer trop de normes aux agriculteurs.
Pour Ursula von der Leyen, ce dialogue structuré s’apparente surtout à une opération séduction auprès de l’électorat agricole à quelques mois des élections européennes et alors qu’elle se verrait bien rempiler pour un second mandat à la tête de la Commission. Le parti auquel elle appartient, le PPE, se revendique d’ailleurs comme « le parti des agriculteurs ».
Le porte-parole de M. Wojciechowski, Olof Gill, a indiqué à EUROPE, jeudi 4 janvier, que ce dialogue « contribuera à renforcer la compréhension des défis actuels et attendus et à écouter les préoccupations des agriculteurs et des autres parties prenantes de l'ensemble de la chaîne agroalimentaire ».
Les parties prenantes iront des petits producteurs traditionnels d'aliments biologiques aux grands producteurs de blé, en passant par ceux qui fabriquent et transforment les aliments et ceux qui les mettent sur le marché.
Le dialogue vise à aborder des questions pertinentes telles que : - Comment donner aux agriculteurs et aux communautés rurales une meilleure perspective, y compris un niveau de vie équitable ? ; - Comment soutenir l'agriculture en respectant la planète et son écosystème ? ; - Comment mieux exploiter les possibilités offertes par l'innovation technologique ? ; - Comment promouvoir un système alimentaire européen prospère dans un monde compétitif ?
« Le dialogue vise à favoriser la création de nouvelles solutions et à cultiver une vision commune de l'avenir de l'agriculture en Europe », explique M. Gill.
La date précise de lancement, la composition exacte, le calendrier (événements), les résultats escomptés et la liste des participants à ce dialogue structuré ne sont pas annoncés à ce stade.
Lors du Conseil 'Agriculture' du 23 janvier, un débat est prévu sur le dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture en Europe (informations communiquées par la Commission). Le Conseil de l’UE espère parvenir avant les élections européennes à des résultats sur les nouvelles techniques génomiques, alors que l’issue du dossier des pesticides est dans les limbes (EUROPE 13316/13).
Christiane Lambert, présidente du Copa, a estimé en fin d'année 2023 que la pression sur les agriculteurs n’a pas cessé d’augmenter (proposition sur le transport animal, accord interinstitutionnel sur les émissions industrielles) et a réclamé un budget agricole revalorisé après 2027 et la nomination d’un commissaire européen à l’Agriculture au rôle renforcé, avec un poste de vice-président de la Commission (EUROPE 13314/7). (Lionel Changeur)