Les dirigeants européens ont décidé, jeudi 14 décembre, d’ouvrir les négociations d’adhésion à l’UE avec l’Ukraine et la République de Moldavie et d'octroyer le statut de pays candidat à la Géorgie. Ils décideront du sort de la Bosnie-Herzégovine après que la Commission européenne aura rendu compte des progrès réalisés, au plus tard au mois de mars 2024.
Contre toute attente, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a laissé ses collègues décider.
« Viktor Orbán a présenté ses arguments à plusieurs reprises et s'est rendu compte qu'il ne pouvait pas réellement nous convaincre », a expliqué le Premier ministre luxembourgeois, Luc Frieden. Et son homologue slovène, Robert Golob, d'ajouter: « Voyant qu'il ne parvenait pas à convaincre ses collègues du contraire, [M. Orbán] a préféré se retirer du vote. Et ensuite la décision a également été prise à l’unanimité en son absence ».
Selon une source européenne, « M. Orbán était momentanément absent de la salle, d'une manière constructive et convenue à l'avance ».
D'après un diplomate européen, la délégation hongroise a demandé l’ajout d’un astérisque dans les conclusions du Conseil européen pour certifier que la Hongrie n’avait pas participé à la décision du Conseil européen d’ouvrir les négociations d’adhésion avec l’Ukraine.
M. Orbán est resté ferme sur sa position, dans une vidéo postée sur Facebook. « La position de la Hongrie est claire. L'Ukraine n'est pas prête à entamer des négociations sur l'adhésion à l'UE. Dans ces circonstances, ouvrir des négociations est une décision complètement insensée, irrationnelle et erronée et la Hongrie ne change pas de position sur ce point », a-t-il souligné.
Expliquant que les vingt-six autres États membres avaient insisté pour que la décision soit prise, M. Orbán a considéré que Budapest ne voulait pas partager cette « mauvaise décision ». Son directeur politique, Balázs Orbán, a rappelé, sur X (anciennement Twitter) que les États membres devront se mettre d’accord à l’unanimité sur les cadres de négociation et la tenue d'une Conférence intergouvernementale. « En outre, au minimum 70 décisions unanimes seront nécessaires au cours des années à venir pour approuver l'adhésion de l'Ukraine à l'UE », a-t-il prévenu.
Dans ses conclusions, le Conseil européen invite le Conseil à adopter les cadres de négociation respectifs « une fois que les mesures pertinentes visées dans les recommandations respectives de la Commission du 8 novembre 2023 auront été prises » (EUROPE 13288/1).
Par ailleurs, les dirigeants ont rappelé « l'engagement inébranlable de l'Union européenne à continuer de fournir un soutien politique, financier, économique, humanitaire, militaire et diplomatique fort à l'Ukraine et à sa population aussi longtemps qu'il le faudra ». Ils ont salué l’adoption du 12e paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, qui doit encore être formellement adopté (EUROPE 13293/1). Selon une source européenne, l’Autriche aurait levé sa réserve.
Les dirigeants ont également décidé d’octroyer le statut de pays candidat à l’adhésion à la Géorgie « pour autant que les mesures pertinentes énoncées dans la recommandation de la Commission du 8 novembre 2023 soient prises ». Selon la Commission européenne, la Géorgie a rempli trois des douze critères identifiés en juin 2022.
Plusieurs dirigeants européens ont qualifié la décision d’historique. Pour le président du Conseil européen, Charles Michel, il s’agit d’« un moment historique qui montre la crédibilité, la force de l'Union européenne». « Nous voulons soutenir l'Ukraine, c'est un signal politique très puissant, c'est une décision très puissante », a-t-il ajouté.
Immédiatement, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est félicité de la décision des Vingt-sept. « Merci à tous ceux qui ont travaillé pour que cela se produise et à tous ceux qui ont aidé. Je félicite tous les Ukrainiens en ce jour. L’histoire est faite par ceux qui ne se lassent pas de se battre pour la liberté », a-t-il souligné.
Pour la présidente moldave, Maia Sandu, son pays « tourne une nouvelle page ». « Nous ressentons aujourd’hui l’étreinte chaleureuse de l’Europe. Merci pour votre soutien et votre confiance dans notre voyage. Nous sommes déterminés à accomplir le travail acharné nécessaire pour devenir membre de l’UE. La Moldavie est prête à relever le défi », a souligné la présidente Maia Sandu.
De son côté, le Premier ministre géorgien, Irakli Garibachvili, a exprimé sa reconnaissance envers les dirigeants européens, « pour avoir reconnu le choix civilisationnel de la Géorgie ». « Nous restons dévoués et attendons avec impatience d'avancer sur notre chemin d'intégration européenne », a-t-il ajouté.
Sarajevo devra au moins attendre jusque mars 2024
Les Vingt-sept sont aussi revenus sur la question des Balkans occidentaux au lendemain d'un sommet avec les pays de la région (EUROPE 13313/8).
La discussion a majoritairement porté sur la Bosnie-Herzégovine, alors que plusieurs États membres avaient conditionné l'ouverture des négociations avec Kiev à celle avec Sarajevo.
Les Vingt-sept ont finalement décidé de s’en tenir aux recommandations de la Commission européenne du 8 novembre et d’accepter l’ouverture des négociations « une fois que le degré nécessaire de conformité avec les critères d'adhésion sera atteint ».
Selon les conclusions adoptées par les dirigeants européens, le « sort » de la Bosnie-Herzégovine sera décidé « après que la Commission aura rendu compte des progrès réalisés, au plus tard au mois de mars 2024 ».
« La décision qui a été prise en ce qui concerne la Bosnie-Herzégovine est très claire: il s'agit d'ouvrir des négociations. Bien sûr, sous réserve des conditions que celle-ci doit remplir. Mais le plus important, c'est qu'il n'y a pratiquement pas eu d'opposition, ce qui signifie qu'en mars, les négociations vont probablement commencer », a commenté M. Golob.
En outre, les Vingt-sept ont repris à leur compte les conclusions de la Commission concernant la Macédoine du Nord. Les chapitres ('clusters') des négociations d’adhésion à l'UE avec Skopje pourront ainsi être ouverts « dès que ce pays aura mis en œuvre son engagement à réaliser les modifications constitutionnelles visées dans les conclusions du Conseil du 18 juillet 2022 (EUROPE 12996/2) conformément à ses procédures internes ».
Une brève partie du texte est consacrée, plus généralement, aux six pays des Balkans occidentaux. Les chefs d’État ou de gouvernement les appellent à « accélérer leur processus d’adhésion » et rappellent leur attachement à poursuivre « l'intégration graduelle entre l'Union européenne et la région au cours du processus d'élargissement même, de manière réversible et fondée sur les mérites ».
Voir les conclusions : https://aeur.eu/f/a5m (Camille-Cerise Gessant et Thomas Mangin, avec la rédaction)