Après respectivement 17 et 8 ans d’attente, la Macédoine du Nord et l’Albanie ont ouvert, mardi 19 juillet, leurs négociations d’adhésion à l’UE.
« C’est un moment historique », a souligné la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avant les deux premières conférences intergouvernementales des deux pays. « Tout commentaire ne saurait être au même niveau que le poids extraordinaire de cette décision pour l'Albanie », a résumé le Premier ministre, Edi Rama, et son homologue macédonien, Dimitar Kovačevski, a lui aussi utilisé le terme « historique ».
Selon le ministre des Affaires étrangères tchèque, Jan Lipavský, dont le pays préside pour six mois le Conseil de l'UE, il s’agit d’un « jalon » dans l’évolution des relations entre l’UE et la Macédoine du Nord, l’UE et l’Albanie. Le Premier ministre tchèque, Petr Fiala, a souhaité aux deux pays le « processus le plus rapide possible ». « Nous savons que ce n'est pas le début de la fin, c'est juste la fin du début », a souligné M. Rama, alors que M. Kovačevski a espéré que son pays ait le processus d’intégration dans l’UE le plus rapide, comme ce fut le cas pour rejoindre l’OTAN.
Candidate depuis 17 ans, la Macédoine du Nord s’est vu recommander l’ouverture de ses négociations d’adhésion par la Commission il y a 13 ans. Des questions bilatérales avec la Grèce et la Bulgarie ont retardé le processus. L’Albanie, quant à elle, est candidate depuis huit ans et la Commission a recommandé l’ouverture des négociations d'adhésion il y a quatre ans.
Les deux conférences intergouvernementales ont permis de débuter le processus de négociations d’adhésion avec Skopje et Tirana. Dès ces réunions terminées, la Commission européenne a lancé l’examen de l’acquis communautaire, qui est « la première étape dans le processus de négociation d’adhésion », a précisé le commissaire à l'Élargissement, Olivér Várhelyi. Il permet de voir l'état de l’alignement du pays sur la réglementation européenne. Ce travail permettra « dans les mois à venir (…) de construire une base solide pour l'ouverture des groupes de chapitres de négociation », a expliqué le président du Conseil européen, Charles Michel, dans un communiqué.
Ces conférences intergouvernementales ont été possibles grâce au vote, au Parlement macédonien, du compromis français pour régler le différend avec la Bulgarie (EUROPE 12995/6). Ce compromis, qui a soulevé des oppositions en Macédoine du nord, était « la meilleure solution possible, qui respecte et se conforme aux lignes rouges pour de nombreux aspects », a expliqué M. Kovačevski, ajoutant que la langue macédonienne était citée sans autre explication ou astérisque, « ce qui est de la plus haute importance pour nous ». « Je sais combien le processus de décision a été douloureux et exigeant, mais, à la fin, la résilience, la détermination et le véritable esprit l’emportent », a souligné M. Lipavský.
La Macédoine du nord, pour pouvoir ouvrir des chapitres de négociations d'adhésion, devra changer sa Constitution, qui nécessitera une majorité des 2/3 au Parlement, ce qui n’est pas acquis. Le Premier ministre macédonien a estimé que « tous les responsables politiques dans le pays ont pour devoir d’appuyer le processus » d’adhésion. « C’est la seule voie si on veut créer un avenir plus durable, plus prospère, il n’y a pas d’alternative », a-t-il justifié. (Camille-Cerise Gessant)