Le Premier ministre palestinien, Mohammad Shtayyeh, a appelé, vendredi 17 novembre, l’Union européenne à demander un cessez-le-feu à Gaza.
« Ce qu’il faut est un cessez-le-feu immédiat et la possibilité de fournir de la nourriture à la population », a-t-il souligné lors d’un point presse avec le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, en visite à Ramallah, demandant à l’UE d'appeler à ce cessez-le-feu.
Le Premier ministre a rappelé que, jusqu’à présent, plus de 33 000 Palestiniens avaient été blessés à Gaza, « 12 000 tués, dont 5 241 enfants », plus de 1 560 disparus et plus de 25 000 « unités de logement » détruites. Les Palestiniens ont été forcés de quitter le nord de la bande pour le sud, « sud qui devient comme un camp de concentration », a ajouté M. Shtayyeh, rappelant qu’il n’y avait pas d’eau, pas d’électricité et que certains dormaient dehors alors que l’hiver arrive.
« Ne pas autoriser l’entrée de fuel est un crime, nier l’accès à la nourriture à la population est un crime, ne pas connecter l’électricité est un crime », a souligné le Premier ministre, qui a aussi appelé Israël à ouvrir des points de passage et à permettre aux gens de rentrer chez eux dans le nord de Gaza. Vendredi, Israël a autorisé l'entrée de deux camions de carburant par jour à Gaza pour les besoins des agences de l'ONU sur place.
La situation est « catastrophique » et « ce que fait Israël est de tuer avec l’envie de revanche, tuer pour le plaisir de tuer », a prévenu M. Shtayyeh.
Selon le Haut Représentant, le monde est témoin d’une « tragédie » avec ce qu’il s’est passé en Israël et ce qu’il se passe à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. Il a rappelé que l’UE, et désormais le Conseil de sécurité des Nations Unies au moyen d'une résolution adoptée la veille, appelaient à des pauses humanitaires immédiates et à un meilleur accès à l'aide humanitaire qui peut atteindre les civils à Gaza. « Les besoins humanitaires sont énormes », a rappelé M. Borrell, ajoutant que la communauté internationale devrait être capable d’y répondre.
S’il ne s’est pas publiquement exprimé sur le sujet lors de sa visite en Israël, le Haut représentant a souligné les violences en cours en Cisjordanie. Depuis le début de l’année, 421 Palestiniens ont été tués, dont 202 depuis le 7 octobre, selon M. Borrell, qui a également rappelé que les expulsions étaient en hausse et qu’il y avait 150 avant-postes illégaux, des bases pour de futures colonies. Il a précisé avoir exhorté les autorités israéliennes à s’occuper de la question pour « éviter une éruption de violence en Cisjordanie ». « Ce qui se passe en Cisjordanie est alarmant », a confirmé M. Shtayyeh.
Mettre fin au cycle de violence
Les attaques du Hamas et la guerre à Gaza « ont fait sortir la question palestinienne des limbes. Personne ne la prenait au sérieux », a reconnu le chef de la diplomatie européenne. Selon M. Borrell, seule une solution politique peut mettre fin au « cycle intenable de violence », expliquant que l’UE travaillait sur la voie à suivre et sur ce qui devait être fait pour mettre fin à la guerre et créer la paix.
Selon M. Borrell, il faut « saisir l’élan » pour investir dans la paix et la solution à deux États, « négligée pendant trop longtemps ».
Il a mis en avant la position de l’UE pour le jour d'après conflit à Gaza, avec les trois 'oui' et les trois 'non', agréés par les ministres des Affaires étrangères de l’UE (EUROPE 13291/2), auxquels M. Shtayyeh a dit s’associer. Si, lundi à Bruxelles, M. Borrell avait appelé à ce que Gaza soit gérée par « une » autorité palestinienne, à Ramallah, il a souhaité que ce soit par « l’Autorité palestinienne ». « Peut-être que vous aurez besoin d’aide, mais l’autorité palestinienne doit revenir à Gaza », a-t-il lancé au Premier ministre. D’aucuns à Bruxelles estiment que, pour cela, l’Autorité palestinienne doit se réformer.
M. Shtayyeh a appelé à la fin de l’occupation de la Palestine par Israël avec un calendrier, ajoutant que le gouvernement israélien actuel se moquait des deux États, de la loi internationale et du respect des accords (EUROPE 13140/5).
Les Palestiniens, victimes du Hamas
La veille, lors d’un point presse avec le Président israélien, Isaac Herzog, le Haut Représentant avait rappelé que le Conseil de sécurité des Nations Unies avait appelé le président israélien a faire tout son possible pour diminuer le niveau de souffrance des civils. Il avait rappelé que « seule la paix apportera à Israël une sécurité totale ». « Les frontières sont les cicatrices que l’histoire a gravées sur la peau de la terre. Nous devons surmonter cela. Nous devons faire la paix – non seulement entre Israël et les pays arabes, mais aussi entre Israël et la Palestine », avait prévenu M. Borrell. « Notre effort commun, notre responsabilité commune est d’essayer de lutter pour qu’il n’y ait plus aucune perte de vies. Fini la souffrance humaine », avait-il insisté.
Il avait également rappelé que l’UE travaillait à la libération des personnes otages du Hamas.
Conseil 'informel' lundi 20 novembre
Par ailleurs, le porte-parole du Service européen pour l’action extérieure, Peter Stano, a annoncé, vendredi 17 novembre, que le Haut Représentant informerait les ministres des Affaires étrangères de pays de l'Union européenne, lundi 20 novembre dans la soirée, lors d’une réunion ministérielle informelle en distanciel, sur sa tournée au Moyen-Orient (Israël, Palestine, Bahrain, Arabie Saoudite, Qatar et Jordanie). (Camille-Cerise Gessant)