Eurodéputés et Commission européenne ont insisté, mardi 3 octobre à Strasbourg, sur le besoin d’agir pour faire face aux pénuries de certains médicaments en Europe avec toutefois des ambitions et des sensibilités différentes.
Lors d’un débat en plénière introduit par la Commission, les députés européens ont salué le fait que cette dernière présentera le 24 octobre une communication sur la disponibilité des médicaments.
Stella Kyriakides, la commissaire européenne à la Santé, a défendu sa réforme des produits pharmaceutiques et énuméré les actions à prendre pour éviter les pénuries de médicaments. La réforme proposée vise à renforcer le secteur pharmaceutique en Europe, a assuré la commissaire pour répondre à ceux qui disent que les propositions découragent l’innovation. Mme Kyriakides a rappelé les mesures adoptées, comme le renforcement du mandat de l’agence des médicaments (EMA) et la création de l’autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA).
La communication du 24 octobre prévoit différentes actions visant à renforcer la disponibilité et la sécurité des approvisionnements en médicaments à tout moment. « Il faudra mettre en place une véritable solidarité des États membres », a commenté la commissaire. Par ailleurs, la liste des médicaments les plus essentiels sera disponible d’ici fin 2023. La Commission va aussi revoir les règles pour les marchés publics dans le domaine des médicaments. La Commission envisage la création de stocks européens et une révision des règles sur les achats publics ainsi qu'un système européen d'alerte pour identifier rapidement les problèmes de manque pour activer les mécanismes de solidarité.
Tomislav Sokol (PPE, croate) a précisé qu’entre 2017 et 2019, les notifications de pénurie de médicaments dans l'Union ont augmenté de 60% tandis que les médicaments destinés au traitement du cancer, des infections et des troubles du système nerveux représentaient plus de la moitié des médicaments en pénurie. Il a estimé, comme d’autres, que la réforme proposée des produits pharmaceutiques allait dans la bonne direction, tout en prônant des mesures plus ambitieuses, dont une véritable politique industrielle.
Pour Nicolás González Casares (S&D, espagnol), l’UE doit limiter sa dépendance à l’égard de la Chine. Sara Cerdas (S&D, portugaise) a évoqué l’utilité de l'achat groupé de médicaments essentiels en pénurie et l'importance de diversifier les sites de production dans les différents pays de l'UE.
Susana Solís Pérez (Renew Europe, espagnole) est d'avis que la pénurie de médicaments (antibiotiques, médicaments pour enfants) ne cesse de s'aggraver et que l’UE est déjà « dangereusement dépendante » d'un très petit nombre de fabricants et de régions, dont la Chine et l'Inde, « et nous souffrons d'une perte constante de compétitivité dans un secteur où nous avons été leaders ». Selon Frédérique Ries (Renew Europe, belge), « les pénuries sont endémiques et la tendance est alarmante dans trois États membres sur quatre ». Elle a plaidé pour un véritable mécanisme de solidarité entre les États membres.
« Il ne faut pas attendre une nouvelle législation avant d’agir », a lancé Joanna Kopcińska (CRE, polonaise).
Tilly Metz (Verts/ALE, luxembourgeoise) a suggéré plusieurs actions : - la transparence des chaînes de production ; - la relocalisation de la production des médicaments ; - la création d’une infrastructure publique européenne des médicaments dotée de capacités de recherche et de développement, mais également de capacités de production de médicaments essentiels pour assurer un filet de sécurité pour l’approvisionnement des Européens.
Devant des journalistes, Michèle Rivasi (Verts/ALE, française) a noté une augmentation de la pénurie de médicaments. « Or, certains ne sont plus sous brevet ; donc, les laboratoires pharmaceutiques ne veulent plus les fabriquer », a-t-elle déploré. L’UE veut retrouver sa souveraineté sur les principes actifs : elle a payé l'EMA pour établir une liste des médicaments en pénurie, « mais cette liste n’est toujours pas là ». Le groupe Verts/ALE demandé la mise en place d’un établissement public pour la fabrication, comme l’alliance CIVICA aux États-Unis. (Lionel Changeur, avec Hélène Seynaeve)