À six mois des élections générales en République démocratique du Congo, la crise humanitaire et sécuritaire à l'Est du pays depuis l'offensive du M23 en 2022 inquiète les députés européens, qui ont exprimé leurs préoccupations les plus vives, jeudi 25 mai, lors d'un échange de vues en réunion conjointe des commissions des Affaires étrangères (AFET) et du développement (DEVE) du Parlement européen.
« Les besoins humanitaires les plus pressants de la population ne peuvent être dissociés de la situation politique et sécuritaire », a souligné la vice-présidente de la commission DEVE, Pierrette Herzberger-Fofana (Verts/ALE, allemande), annonçant qu'une délégation 'DEVE' se rendra en RDC en juillet pour prendre la mesure de la situation en matière de sécurité, de droits de l’Homme, de développement et d'aide humanitaire.
La recrudescence des violences a conduit au déplacement forcé de plus d'un million de personnes vers Goma, où la situation humanitaire est « dramatique ». Les députés sont aussi « consternés par le nombre croissant récent de victimes de violences sexuelles dans le Nord Kivu ». Sans compter les récentes inondations dévastatrices et les glissements de terrain, qui ont fait des centaines de morts et beaucoup de disparus au Sud Kivu.
Au nom du Service européen pour l'Action extérieure (SEAE), Rita Laranjinha, a rappelé que l'UE soutient les processus régionaux pour la paix et qu'elle prépare un appui direct au dialogue inter-congolais – le volet politique du processus de Nairobi. « Nos messages auprès de tous les acteurs concernés ont toujours été très clairs : tout soutien à des groupes armés, tout soutien militaire non sollicité en territoire étranger, toute collaboration avec les groupes armés constitue une violation directe du droit international et des engagements multiples pris par les pays de la région ».
Pour le processus électoral, l'UE appelle toutes les parties concernées, en particulier la CENI, mais aussi le gouvernement congolais, les partis politiques, les organisations civiles à assurer la tenue d’élections libres, équitables, transparentes et inclusives, a-t-elle dit. Et d'assurer que l'UE poursuit le soutien au processus électoral et déploiera une mission d'observation des élections.
Le président de la CENI, Denis Kazadi Kadima, a souligné que, malgré la mise en place de cette institution avec 28 mois de retard, « la CENI tient à organiser des élections de bonne qualité, et cela dans les délais constitutionnels, c'est-à-dire avant la fin de 2023 ». Elle s'est dotée d'outils de gouvernance pour remédier à la mauvaise réputation de l'institution.
Selon lui, le plus grand défi sera de tenir les délais, du fait des risques politico-sécuritaires et du calendrier très serré. L'accréditation des observateurs de long terme et des journalistes est en cours. La saisie des empreintes digitales a été améliorée ; les Congolais de l'étranger pourront voter dans cinq pays (en Belgique, en Afrique du Sud, en France, aux États-Unis et au Canada) ; l'enrôlement des électeurs a été fait en 4 mois (décembre 2022-avril 2023), mais c'est difficile à l'Est du pays, a-t-il reconnu. (Aminata Niang)