Réunis en format inclusif vendredi 24 mars à Bruxelles, les dirigeants de la zone euro ont envoyé un message unanime sur la solidité du secteur bancaire européen alors que la première banque allemande, Deutsche Bank, était fortement malmenée sur les marchés financiers, nouvelle étape des turbulences financières observées récemment avec les défaillances de banques américaines et du Crédit suisse.
« Notre secteur bancaire, avec des capitaux et des positions de liquidité solides, est résilient », ont-ils affirmé dans leur déclaration adoptée à l'issue des travaux auxquels ont participé les présidents de la BCE, Christine Lagarde, et de l'Eurogroupe, Paschal Donohoe.
S'exprimant à l'issue de ces discussions, M. Donohoe s'est fait l'écho du message « très clair » des chefs d'État ou de gouvernement. « Les décisions que nous avons prises en matière d'exigences en capital et en liquidité détenus par nos banques garantiront que celles-ci demeureront résilientes à l'avenir », a-t-il déclaré. Bien sûr, nous sommes au courant des évolutions en cours du marché, mais il n'est pas approprié de les commenter, a-t-il estimé, répétant « la confiance » des dirigeants envers l'industrie bancaire.
Pour le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, « il est normal que les marchés des capitaux et les marchés boursiers connaissent des mouvements » dans la période d'incertitude actuelle.
D'après une source européenne, Mme Lagarde s'est exprimée dans le même sens devant les Vingt-sept. « Le secteur bancaire de la zone euro est robuste parce que nous avons appliqué à toutes les banques les réformes agréées au niveau international après la crise financière de 2008 », aurait-elle souligné. Selon elle, « les récents développements nous rappellent à quel point il était important d'améliorer de façon continue les standards internationaux ». Elle a aussi répété que l'institut monétaire détient les outils pour fournir les liquidités suffisantes au système financier, « si nécessaire ».
Questionné sur le dévissage en bourse de Deutsche Bank, qui perdait près de 15% de sa valeur vendredi après-midi pour finir à -8,5% en clôture de séance, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a assuré que la banque allemande avait « modernisé son modèle économique » depuis la crise financière de 2008 et était redevenue « rentable ». « Il n'y a aucune raison d’être préoccupé », a-t-il insisté.
Pour le président français, Emmanuel Macron, le contexte actuel doit inciter les pays de l'UE à « accélérer » le parachèvement de l'union bancaire en zone euro et l'approfondissement de l'union des marchés de capitaux. C'est ce que rappelle la déclaration du sommet de la zone euro alors que la Commission doit présenter, dans les prochaines semaines, une révision du cadre européen de gestion de crise bancaire.
Parachever l'union bancaire passe, à long terme, par la création d'un système européen de garantie des dépôts bancaires, après la mise sur pied des volets 'supervision' et 'résolution'. À court terme, la réforme du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage permanent de la zone euro, doit être définitivement ratifiée pour permettre d'adosser le MES au Fonds de résolution unique. Seule l'Italie manque encore à l'appel.
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a botté en touche sur la question en raison des hésitations de sa coalition gouvernementale. Elle a juste évoqué l'importance de réfléchir à la question de manière exhaustive et d'élaborer les éléments manquants censés octroyer toute sa force à l'union bancaire.
Appui à la réforme du cadre européen de gouvernance économique
Par ailleurs, selon M. Macron, les États membres doivent mettre au pied une stratégie budgétaire adaptée au contexte macroéconomique marqué par une inflation excessive et un renchérissement des coûts de financement sur les marchés.
M. Donohoe a rappelé à ce titre que l'Eurogroupe demande aux pays de la zone euro de replacer leurs finances publiques sur une trajectoire soutenable à moyen terme. Cela passe par une révision du soutien d'urgence temporaire accordé aux ménages et aux entreprises les plus affectés par la flambée des prix énergétiques, en ciblant davantage les aides, voire en les supprimant, si nécessaire.
« Il est entendu qu'il n'est pas possible de mener une politique budgétaire très généreuse à un moment où les taux d'intérêt augmentent. Mais, dans le même temps, nous devons également être en mesure de réaliser les investissements qui nous permettront de réformer nos économies », a noté la Première ministre finlandaise, Sanna Marin.
Plusieurs dirigeants ont également évoqué la réforme du cadre européen de gouvernance économique, qui fera l'objet d'une proposition législative de la Commission européenne la deuxième quinzaine d'avril sur la base des orientations du Conseil 'Écofin' (EUROPE 13141/22).
« Il est essentiel que nous puissions avancer dans la réforme du modèle de gouvernance économique de l'Europe », a estimé le Premier ministre portugais, António Costa. Il a vu d'un bon œil le principe de différenciation, selon lequel les trajectoires de réduction des dettes publiques nationales dépendront des situations spécifiques des États membres. Il a préconisé la mise sur pied d'un mécanisme « permanent » de stabilisation budgétaire au niveau de l'UE, sur le modèle de l'initiative 'SURE' d'aide aux régimes nationaux de chômage partiel activée au plus fort de la pandémie de Covid-19.
Le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, a rejeté l'hypothèse d'un retour aux règles budgétaires antérieures, qui se produirait si le législateur européen ne parvenait pas à adopter la réforme du Pacte de stabilité et de croissance avant fin 2023.
Voir les conclusions du sommet de la zone euro : https://aeur.eu/f/60q (Mathieu Bion)