L'approche 'Une seule santé' (One Health), prônée par l'Union européenne et l'Organisation mondiale de la santé pour la préparation aux prochaines pandémies, est au cœur d'un avis scientifique de l'EFSA (l'Autorité européenne de sécurité des aliments) sur le virus SARS‑CoV‑2 chez les animaux d'élevage et sauvages et les risques pour la santé publique, présenté mardi 28 février aux eurodéputés de la commission spéciale 'COVI'.
« Si l'on parle de préparation aux pandémies, il faut parler de virus », a déclaré le Dr. Frank Verdonck, chef d'unité 'risques biologiques et santé et bien-être des animaux' de l'EFSA, en rappelant que la Covid-19 est une maladie humaine qui est transmise de l'humain à l'animal, mais qu'il peut y avoir ensuite transmission de l'animal vers le vison, comme cela a été observé lorsque les élevages sont intensifs, en particulier en cages.
L'avis scientifique de l'EFSA, publié la veille, souligne que parmi les animaux d'élevage, le vison d'Amérique est le plus susceptible d'être infecté par des humains ou des animaux et de transmettre le SARS-CoV-2. L'introduction du SARS-CoV-2 dans les élevages de visons se fait généralement par l'intermédiaire d'humains infectés.
Ce phénomène peut être contrôlé par des tests systématiques sur les personnes entrant dans les élevages et une biosécurité adéquate, a indiqué M. Verdonck. Selon l'EFSA, l'approche actuelle la plus appropriée pour la surveillance des visons est la confirmation des foyers sur la base de suspicions, l'examen des animaux morts ou cliniquement malades en cas de mortalité accrue ou de personnel d'élevage positif et la surveillance génomique des variantes du virus. L'analyse génomique du SARS-CoV-2 a mis en évidence des clusters spécifiques au vison, susceptibles de se propager à la population humaine.
Parmi les animaux sauvages (y compris les animaux de zoo), principalement les carnivores, les grands singes et les cerfs de Virginie ont été signalés comme étant naturellement infectés par le SARS-CoV-2. Dans l'UE, aucun cas d'infection d'animaux sauvages n'a été signalé jusqu'à présent. L'EFSA conseille d'éliminer correctement les déchets humains afin de réduire les risques de propagation du SARS-CoV-2 à la faune sauvage et de réduire au minimum les contacts avec les animaux sauvages, surtout s'ils sont malades ou morts. Les chauves-souris, elles, doivent être surveillées, car elles constituent un hôte naturel de nombreux coronavirus.
« Le deuxième virus qui doit nous intéresser est l'Influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), parce qu'on fait face à une épidémie inédite en Europe et d'autres régions du monde », a déclaré le Dr. Verdonck.
Il a précisé qu'un foyer d'influenza aviaire chez le vison a montré une adaptation génétique chez le mammifère, « comme l'a récemment constaté l'OMS », avec des cas en Amérique latine, notamment.
Pour garantir que l'UE soit prête à faire face, l'EFSA publie un rapport trimestriel sur la situation en Europe et dans le reste du monde. Le Dr. Verdonck a précisé que, « selon l'approche One Health, nous suivons la situation chez l'animal et chez l'être humain. Les données collectées sont disponibles en ligne sur le site de l'EFSA ».
Au-delà de l'outil de cartographie des migrations des oiseaux sauvages, qui permet de visualiser les risques, l'EFSA est en train de lancer un système d'alerte rapide qui pourra informer les États membres et leur permettra d'identifier sur leur territoire les régions qui présentent un niveau élevé de risque d'apparition de foyer d'IAHP.
Et de prévenir que « les migrations humaines, le développement démographique, la raréfaction des ressources, le changement climatique sont autant de facteurs qui ont une influence sur les caractéristiques et les facteurs de prévalence de pathogènes, et cela peut donner lieu à l'apparition de foyers de grande taille ».
Sur demande de la Commission européenne, l'EFSA a récemment établi une liste des 10 maladies prioritaires pour une surveillance One Health (EUROPE 13099/5).
Voir le nouvel avis scientifique de l'EFSA (en anglais) : https://aeur.eu/f/5j1 (Aminata Niang)