Les ministres de l’Agriculture des pays de l’UE ont généralement soutenu, lundi 21 novembre, la communication de la Commission européenne sur les engrais, tout en demandant des mesures supplémentaires, y compris des financements en dehors du budget de la politique agricole commune (PAC).
Un document de la délégation espagnole (https://aeur.eu/f/45l ), soutenu par les délégations allemande, bulgare, chypriote, finlandaise, française, grecque, hongroise, irlandaise, italienne, lettone, néerlandaise, polonaise, portugaise, roumaine et slovaque, invite la Commission européenne à adopter des mesures de court, moyen et long terme pour résoudre le problème de disponibilité en engrais.
Ces pays demandent de « maintenir l'autonomie stratégique européenne en matière de production et d'approvisionnement en engrais, en évitant de nouvelles dépendances à l'égard des importations d'engrais en provenance de pays tiers » et en prévoyant des mesures ayant un impact sur le prix du gaz naturel (production de composés azotés) et sur le prix de l'énergie (production d'engrais phosphatés et potassiques).
Réserve de crise. « Nous vivons une crise mondiale des engrais minéraux sans précédent depuis les années 1970. Cette situation est très préoccupante, car plus de la moitié de la nourriture produite dans le monde dépend des engrais minéraux », a déclaré Janusz Wojciechowski, le commissaire européen à l’Agriculture. Il a rappelé les principales mesures prévues dans la communication du 9 novembre (EUROPE 13060/5).
« Je n'exclus pas l'utilisation de la réserve pour la crise agricole, si nécessaire, pour soutenir nos agriculteurs », a notamment rappelé le commissaire. Plusieurs pays se sont montrés favorables au recours à cette réserve de crise, dont la Pologne, la Finlande, la Belgique, la Slovaquie, la Lituanie ou encore la Lettonie. L'Allemagne, au contraire, s'est montrée hostile au recours à la réserve de crise, de même que l'Italie.
Luis Planas, le ministre espagnol, a prôné une véritable « stratégie globale » sur les engrais et la réduction de la dépendance de l’UE à l’égard des engrais importés. Les aides d’État (cadre de crise) doivent rester l’exception et non pas la règle, a indiqué l’Espagne, de même que d’autres pays. Sinon, les conditions de concurrence risquent d’être faussées.
D’autres solutions à court terme sont nécessaires pour éviter une baisse de la production agricole au sein de l’UE, a mis en garde Luis Planas. Il a salué les mesures prévues par la Commission en matière de transparence (nouvel observatoire du marché des engrais) et demandé des outils de gestion pour réduire l’utilisation des engrais. Les biostimulants sont importants également, de même que la recherche de nutriments et de sources d'énergie de substitution, en favorisant la valorisation des biodéchets et des sous-produits animaux, en tirant parti de toutes les mesures connexes prévues par la législation de l'UE dans ce domaine (directive 91/676/CEE sur les nitrates, règlement 1069/2009 sur les sous-produits animaux et règlement 2019/1009 sur les produits fertilisants).
La Lituanie a salué certaines des mesures prévues dans la communication, mais a déploré le manque de mesures réalistes pour rassurer les agriculteurs en vue de la récolte de 2023.
Les Pays-Bas ont demandé de valoriser les nutriments et ont regretté l’absence de propositions en la matière dans la communication de la Commission. L’objectif est de réduire l’utilisation des engrais artificiels, selon ce pays.
L'Allemagne et les Pays-Bas ont salué l'intention de la Commission de présenter en 2023 un plan d'action sur la gestion des nutriments. La Belgique a demandé, dans ce contexte, une modification de la législation pour pouvoir utiliser les engrais organiques 'RENURE'.
Il faut utiliser les sous-produits de la sylviculture, a notamment conseillé l'Italie.
La Roumanie a demandé d’utiliser des ressources financières en dehors des crédits de la politique agricole commune (PAC).
Le Portugal a demandé des mesures exceptionnelles, à court terme surtout, pour préserver les activités, et estime qu'il faut agir au niveau du budget.
Marc Fesneau, le ministre français, a demandé de renforcer l’autonomie stratégique de l’UE vis-à-vis des engrais minéraux. Il est nécessaire, selon lui, d’investir dès maintenant dans l’industrie européenne des engrais « avec des financements en dehors de la PAC pour l’accompagner vers des modes de production plus durables ».
Malte a dit redouter un manque de financements dans les plans stratégiques de la PAC.
La solidarité avec les pays tiers les plus vulnérables a été évoquée par plusieurs ministres.
Enfin, plusieurs pays (la France, l'Autriche et d'autres) ont demandé des mesures pour développer le secteur européen des protéines végétales. (Lionel Changeur)