Après presque deux semaines passées à Charm El-Cheikh, en Égypte, à mener l’équipe de négociations de l’Union européenne dans le cadre de la 27e conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP27), le vice-président exécutif de la Commission européenne chargé du Pacte vert, Frans Timmermans, a eu des mots particulièrement durs concernant le texte sur lequel se sont accordés les 196 pays présents.
Intitulé ‘Plan de mise en œuvre de Charm el-Cheikh', ce texte n’est pas assez ambitieux, aux yeux de M. Timmermans, malgré la prolongation des négociations durant le week-end.
« Ce que nous avons devant nous n’est pas un pas en avant suffisant pour les personnes et la planète », a-t-il ainsi déploré dans son discours, dimanche 20 novembre, lors de la session plénière de clôture de la COP27.
Absence de progrès en matière d’atténuation
Le vice-président regrette en particulier le manque de progrès sur l’aspect 'atténuation du réchauffement climatique' par rapport à la COP précédente, à Glasgow, alors que le monde serait sur la voie d’un réchauffement de 2,8°C d’ici la fin du siècle, d’après un récent rapport des Nations Unies (EUROPE 13053/5).
Selon M. Timmermans, l’accord conclu à Charm el-Cheikh « n’apporte pas assez d’efforts supplémentaires de la part des principaux émetteurs pour augmenter et accélérer la réduction de leurs émissions » ni « un degré de confiance plus élevé dans la réalisation des engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris et à Glasgow l’année dernière ».
Sans les nommer, il a critiqué les nombreuses parties qui « ne sont pas prêtes à faire plus de progrès aujourd’hui dans la lutte contre la crise climatique », épinglant les tentatives de certains « pour revenir sur ce que nous avions convenu à Glasgow ».
Le vice-président espérait également voir plus d’engagements en matière de financement de la lutte contre le changement climatique. « Tous les flux financiers doivent soutenir la transition vers une économie à faible émission de carbone. L’Union européenne est venue ici pour obtenir un langage fort et nous sommes déçus de ne pas y être parvenus », a-t-il ainsi déploré.
S’adressant aux différentes délégations, il a ensuite ajouté : « Je vous invite à reconnaître, en sortant de cette salle, que nous n’avons pas été à la hauteur des actions menées pour éviter et minimiser les pertes et les dommages. Nous aurions dû faire beaucoup plus ».
L’objectif de 1,5 degré maintenu dans le texte
La déception du vice-président a été partagée par le chef de la délégation du Parlement européen, Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais).
Qualifiant 2022 d’année « perdue » pour l’action climatique, il a estimé que la COP27 n’a pas réussi à rapprocher le monde de l’objectif consistant à maintenir le réchauffement moyen de la planète à l’horizon 2100 en dessous de 1,5°C.
Si cet objectif a été remis en cause par certains pays lors des négociations, il est finalement mentionné dans le texte final, dans la section ‘science’.
Pas d’avancée sur les combustibles fossiles
Pour l’eurodéputé Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais), la COP27 a été « une occasion manquée de s’attaquer aux racines du problème, de réduire massivement les émissions et de mettre fin à l’ère des combustibles fossiles ».
Sur la question des combustibles fossiles, les parties n’ont en effet obtenu aucune avancée, puisque l’accord conserve le texte approuvé à l’issue de la COP26. Il appelle ainsi à l’abandon progressif du charbon et à la fin des « subventions inefficaces » aux énergies fossiles.
Selon Laurence Tubiana, l’une des architectes de l’Accord de Paris, la présidence égyptienne « a produit un texte qui protège clairement les pétro-États et les industries des combustibles fossiles ».
Création d’un fonds pour les pertes et préjudices
À l’instar de nombreux observateurs, M. Eickhout s’est en revanche félicité de l’accord sur la mise en place d’un fonds pour les pertes et préjudices, c’est-à-dire les dégâts causés par le dérèglement climatique qui ne peuvent être évités ni par des actions de réduction des émissions ni par l’adaptation au changement climatique.
Longtemps réclamée par de nombreux pays, en particulier les pays du Sud, la création de ce fonds constitue une décision historique.
Les modalités de ce nouvel instrument, qui doit voir le jour d’ici la COP28, restent toutefois à définir, telles que la gouvernance du fonds, les bénéficiaires et les pays contributeurs.
« On ne sait toujours pas quels pays cotiseront au fonds et lesquels pourront bénéficier d’un soutien. Nous devrons veiller à ce que l’aide parvienne aux personnes les plus vulnérables et les plus durement touchées par le changement climatique », a ainsi souligné M. Eickhout.
Un comité transitoire a été établi afin d’élaborer les détails de mise en œuvre du fonds.
Voir le 'plan de mise en œuvre de Charm el-Cheikh' : https://aeur.eu/f/45u (Damien Genicot)