Les eurodéputés estiment, pour la majorité d'entre eux, que les sécheresses et feux de forêts dévastateurs de l'été sont la manifestation du changement climatique et que l'UE doit y apporter une réponse robuste.
C'est ce qu'ils ont demandé à la Commission européenne et au Conseil, mardi 13 septembre, lors d'un débat obtenu par les Verts/ALE sur le thème 'Conséquences de la sécheresse, des incendies et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes : intensifier les efforts de l’Union pour lutter contre le changement climatique.'
« Le changement climatique continue d’affecter de nombreuses personnes de façon dramatique, notamment au Pakistan ou en Bulgarie, où les populations sont confrontées à des inondations dévastatrices, ou encore en France, au Portugal, en Grèce et en Espagne, particulièrement touchés cet été par des incendies de grande ampleur », avait déclaré la présidente du PE, Roberta Metsola (PPE maltaise), à l’ouverture de la session.
Conséquences pour la nature, risques d'insécurité alimentaire, pénuries d'eau : selon le ministre tchèque des Affaires européennes, Mikuláš Bek, tous les pays seront touchés. Il a assuré que la Présidence tchèque du Conseil comptait faire progresser à grands pas les négociations interinstitutionnelles en cours sur les législations du paquet 'Fit for 55' ainsi que la préparation de la COP27 en Égypte, pour laquelle l'UE demandera « de doubler le financement de l'adaptation des pays en développement d'ici à 2025 ». Selon lui, « la crise économique et énergétique ne doit pas empêcher la décarbonation ».
Le commissaire européen à l'Environnement, Virginijus Sinkevičius, a insisté sur l'importance de mettre en œuvre la stratégie d'adaptation au changement climatique de l'UE, adoptée en 2021, et de renforcer la prévention et la capacité de réponse européeenne aux feux de forêt, comme en sont convenus de manière informelle les ministres compétents des Vingt-sept. Il a indiqué que des travaux d'évaluation des risques avaient été entamés avec l'Agence européenne de l'environnement pour identifier les lieux sensibles en Europe en vue d'y mettre en œuvre des outils d'anticipation. La future directive européenne sur la santé des sols, présentée en juin, et les plans de gestion durable de l'eau, que la Commission recommande d'adopter, seront « des alliés ».
Au vu du débat, les solutions préconisées diffèrent selon les groupes politiques.
Au PPE, c'est le potentiel de l'innovation qu'a mis en exergue l'Allemand Herbert Dorfmann afin de prévenir les conséquences des événements météorologiques extrêmes pour l'agriculture : on peut « investir dans des installations de stockage, la gestion transfrontalière de l'eau, le déploiement de nouvelles technologies pour l'irrigation ». Selon lui, il en va de la sécurité de l'approvisionnement alimentaire.
Fustigeant le « scientisme et les solutions technicistes illusoires telles que le stockage de l'eau en surface », Benoît Biteau (Verts/ALE français) a invité à « des solutions qui ont le mérite de s'attaquer aux causes du changement climatique », comme restaurer la nature, valoriser ses capacités de résilience, recréer des zones humides, restaurer les sols ou planter des arbres.
María Soraya Rodriguez Ramos (Renew Europe, espagnole) voudrait que soit évaluée « la création d'une force civile de l'UE avec des volontaires et des professionnels opérationnels tout au long de l'année » et adopté un plan de restauration des zones brûlées. Pour Tiemo Wölken (S&D, allemand), « la sécheresse de 2022 est historique et trouve son origine dans la crise climatique ». Selon lui, les objectifs d'atténuation de l'UE (une réduction d'au moins 55% de ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030) « ne peuvent être une promesse en l'air. On ne peut brûler davantage de bois et de combustibles fossiles ».
Jetant un pavé dans la mare, Mathilde Androuët (ID, française) a invité les décideurs à « sortir de l'idéologie, à investir dans des Canadairs et à réintégrer les 5 000 pompiers français suspendus, car non vaccinés ». Qualifiant de « supercherie » l'invocation du changement climatique pour couvrir « des négligences politiques », elle a lancé : « Qu’avez-vous fait réellement fait pour reboiser, accroître les espaces verts urbains, élaguer arbres, buissons et bosquets pour tarir les foyers d'embrasement, pour protéger les sols ? » (Aminata Niang)