Les organisations Transparency International (TI) et The Good Lobby ont annoncé, mardi 13 septembre, qu'elles déposeraient une plainte auprès de la Médiatrice européenne concernant la nomination controversée de l'Italien Alessandro Chiocchetti au poste de secrétaire général du Parlement européen, la veille, par le Bureau du PE.
Chef de cabinet de la présidente du PE, Roberta Metsola, depuis janvier 2022, M. Chiocchetti prendra sa fonction début 2023 en remplacement de l'Allemand Klaus Welle, en poste depuis 2009. Avant de devenir fonctionnaire européen en 2004, il a fait ses premières armes au sein de l'institution européenne en tant qu'assistant parlementaire de Marcello Dell'Utri, eurodéputé condamné en Italie en 2010 à sept ans d'emprisonnement pour association mafieuse.
Interrogée sur la procédure ayant conduit à cette nomination, Mme Metsola a estimé que la procédure avait été « la plus transparente » jamais organisée pour un tel poste au Parlement, avec quatre candidats traités de façon « juste et équitable » et dont l'éligibilité avait été vérifiée, ainsi qu'une décision prise à « une très large majorité » (sur 14 votants, « une seule voix contre et trois abstentions ») sans qu'elle-même ne participe au vote.
Elle a promis de travailler pour « réformer » le PE en vue de rendre l'institution « efficace, pragmatique et aussi représentative que possible d'un point de vue géographique et en matière d'égalité de genre ».
Pour TI et The Good Lobby, l'accord informel entre groupes politiques selon lequel certains groupes obtiendraient des postes - un poste de secrétaire général adjoint pour Renew Europe et la direction d'un nouveau département pour La Gauche - en échange d'un soutien à M. Chiocchietti, constitue « un cas de corruption institutionnelle ».
« Les citoyens européens attendent des institutions européennes qu'elles fassent preuve de transparence et qu'elles rendent des comptes, au lieu de conclure des accords sordides en coulisses pour servir les agendas personnels et politiques des hauts fonctionnaires, des députés européens et des groupes de partis », a considéré le directeur du bureau de TI auprès de l'UE, Michiel van Hulten.
Soutenant pleinement Mme Metsola, le président du groupe Renew Europe, le Français Stéphane Séjourné, a dit assumer « totalement » le changement de pratique que constituerait la nomination de M. Chiocchetti. Selon lui, ceux qui critiquent cette procédure veulent en revenir à la situation de la législature précédente, marquée par « une cogestion entre deux groupes » - en l'occurrence, les groupes PPE et S&D - qui détenaient à eux deux la majorité politique jusqu'aux élections européennes de 2019, et au cours de laquelle les décisions étaient prises « sans pluralité politique, sans candidature, sans audition ».
« Je comprends que le groupe S&D aurait préféré un deal dans les couloirs avec le PPE, mais ce n’est pas ce qui s’est passé », a-t-il souligné, convaincu que le choix s'était porté sur « des gens de qualité ».
Iratxe García Pérez (S&D, espagnole) a rétorqué que la position du groupe social-démocrate qu'elle préside s'inscrit dans une demande de transparence accrue. « Si nous demandons la transparence chez les autres, nous devons l’appliquer aussi ici », a-t-elle insisté, en référence sans doute aux critiques du Parlement relatives à la nomination controversée, en 2018, de Martin Selmayr à la tête de l'administration de la Commission européenne (EUROPE 12297/3).
Quant au coprésident du groupe La Gauche, l'Allemand Martin Schirdewan, il a assuré que le groupe de gauche radicale n'avait pas soutenu M. Chiocchetti. « Notre groupe n'a pas soutenu le candidat du PPE et nous regrettons plus largement le fonctionnement extrêmement politisé de l’administration du PE », a-t-il indiqué.
Voir le CV de M. Chiocchietti : https://aeur.eu/f/31f (Mathieu Bion avec la rédaction)