Christine Lambert, la présidente du Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne (Copa), a déclaré devant la presse, lundi 12 septembre, que les décisions européennes doivent « garder à l’esprit qu’il ne faut pas affecter le potentiel de production » agricole et alimentaire au sein de l’UE.
« Pour chaque décision, il faut une évaluation technique, sociale, économique et environnementale, pour mesurer les impacts, ce qui n’a pas été fait au moment de la présentation de stratégie 'de la ferme à la table' », a-t-elle regretté.
Pesticides. Mme Lambert a rappelé les inquiétudes suscitées par la proposition sur l’utilisation durable des pesticides. Si les chiffres annoncés (baisse de 50% d’ici 2030) étaient mis en œuvre, il y aurait une forte chute de la production, « ce qui est contraire aux obligations du moment, à savoir produire en quantité suffisante », a-t-elle fait valoir. Elle a prôné une approche « plus pragmatique » et dénoncé les « chiffres politiques balancés, sans aucune étude précise ». Elle a également demandé une accélération de la validation des autorisations de mise sur le marché pour les nouvelles molécules et pour les produits issus du biocontrôle.
Émissions industrielles. Le Copa-Cogeca a encore critiqué la proposition visant à imposer des seuils d’émissions polluantes aux élevages jugés industriels (EUROPE 12928/21, 12926/2). Il convient, selon Mme Lambert, de conserver les seuils actuels qui existent pour la volaille et le porc. « S’ils doivent évoluer, ils ne doivent pas être divisés par 13, car c’est trop exigeant », a-t-elle mis en garde. La Commission a proposé d’étendre le champ d’application du texte aux élevages de bovins, porcins et volailles comptant plus de 150 ‘unités de gros bétail’ (soit 150 vaches adultes). Or, selon elle, ce projet ne correspond pas à la réalité de l’élevage.
Biocarburants. Le Parlement européen votera cette semaine sur la proposition de directive relative aux énergies renouvelables (EUROPE 12992/5). « Dire que l’on va réduire le recours aux biocarburants ne nous paraît pas adapté du tout », a estimé Mme Lambert. Les industriels ont fait des investissements pour faire des usines de transformation de biocarburants. « C’est difficile de leur dire : vous arrêtez pendant six mois, puis vous reprendrez après », a ajouté la présidente du Copa. Elle a précisé que les surfaces consacrées aux biocarburants sont « très faibles » en Europe (3% de la quantité des terres cultivées). Le Copa-Cogeca défend le plafond de 7% d’incorporation des biocarburants.
Guerre en Ukraine. Tous les pays n’ont pas pris les mêmes mesures, a relevé Mme Lambert. Les mesures pour permettre de cultiver sur des zones non cultivées et les dérogations en matière de rotation des cultures sont censées s’adresser à tous les pays de l’UE, mais il faut que l’État membre le décide, a-t-elle noté.
Sécheresse. Le Copa-Cogeca souhaite un plan européen en matière d’irrigation raisonnée.
Mme Lambert a évoqué les effets de la sécheresse en Europe. « Le sujet de l’irrigation et du stockage d’eau est revenu sur le devant de la scène », a-t-elle dit. Elle a aussi demandé à la Commission de valider rapidement les plans stratégiques nationaux mettant en œuvre la politique agricole commune (PAC), car c’est « maintenant que les agriculteurs ont besoin de savoir comment ils peuvent choisir leurs différents assolements ». La sécheresse se traduit aussi par une crainte de manquer de semences (dont celles de maïs).
Grands prédateurs. Le nombre de loups et d’ours augmente et « la gestion a été un échec », en raison des dégâts et du risque d'arrêt de l’élevage dans certains endroits, selon Mme Lambert. Le sujet sera évoqué vendredi 16 septembre, lors de la réunion informelle des ministres européens de l’Agriculture, à Prague.
Nutri-score. Pour certains produits sous signe de qualité, le classement Nutri-score est « très mauvais », a relevé Mme Lambert. Elle s’est opposée, enfin, aux dénominations de viandes pour les produits végétariens. (Lionel Changeur)