Le président français, Emmanuel Macron, a estimé, jeudi 1er septembre, que le récent discours du chancelier allemand, Olaf Scholz, à l'Université Charles de Prague déclinant la conception de l'Allemagne de l'avenir de l'Europe (EUROPE 13009/1) « s'inscrit dans cette logique » d'un renforcement de la souveraineté européenne qu'il prône depuis son discours à la Sorbonne de 2017.
Selon lui, les événements impensables tels que la pandémie de Covid-19 et l'invasion russe de l'Ukraine ont donné raison aux partisans d'une Europe « plus consciente d'elle-même », s'efforçant de rester indépendante vis-à-vis des États-Unis ou de la Chine et défendant un ordre mondial basé sur des règles face à la montée de l'illibéralisme. « Nous avons posé le cadre. Aujourd'hui, il s'est généralisé et est assumé par l'Allemagne », a-t-il relevé lors d'un discours à Paris devant la conférence des ambassadeurs français.
Qualifiant l'invasion russe de « première guerre hybride mondialisée » ayant des conséquences militaires, énergétiques, alimentaires, migratoires et informationnelles, M. Macron a dit que les Européens devaient se préparer à « une guerre longue », agir pour éviter l'escalade et préparer la paix en continuant de parler à tout le monde, aussi à la Russie. Et, a-t-il considéré, « l'unité de l'Europe est fondamentale » face aux tentatives du Kremlin de la diviser.
Dans les mois à venir, nous devrons bâtir notre « indépendance énergétique et technologique » sans avoir à choisir entre la souveraineté énergétique et le climat, sans tomber dans de nouvelles dépendances énergétiques, a ajouté le président français, citant l'exemple de « l'hydrogène ». Et, en matière de défense, « si chaque État européen achète davantage, ce n'est pas pour acheter non européen ! », a-t-il aussi mis en garde.
Au niveau international, la France et ses partenaires devront tout faire pour « prévenir la division du monde qui est à l'œuvre », a exhorté M. Macron, rappelant que de nombreux pays, notamment africains, s'étaient abstenus lors du vote à l'ONU sur la condamnation de l'agression russe. Selon lui, il ne faut pas laisser s'installer la confusion et rappeler aux dirigeants de ces pays l'importance de l'intégrité territoriale des États, répondre à leurs angoisses en faisant pour « les engrais » ce qui est entrepris avec l'initiative FARM dans le domaine alimentaire et bâtir des partenariats bilatéraux ou régionaux entre égaux.
Par ailleurs, le président français s'est félicité que le chancelier allemand adhère au projet de Communité politique européenne (CPE) qu'il a lancé (EUROPE 12979/4). « L'Europe ne se limite pas à l'UE », a-t-il estimé. En réunissant tous les six mois les dirigeants des pays concernés, il souhaite bâtir de « l'intimité stratégique » sur des questions clés comme l'énergie et la sécurité alimentaire. Ce « changement radical » permettra de stopper l'influence de la Russie, notamment dans les Balkans occidentaux, de « stopper la musique de non-reconnaissance de beaucoup de ces États » et d'« en finir avec la logique d'extension à l'infini de l'UE », a-t-il considéré.
La première réunion de la CPE aura lieu les 6 et 7 octobre à Prague. La participation de la Turquie reste une question ouverte. (Mathieu Bion)