Le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, a estimé, mardi 5 juillet, que l'approche développée par l'Union européenne pour affronter la pandémie de Covid-19 et relancer l'économie européenne doit être mise à profit afin de faire face, cette fois, à la crise énergétique exacerbée par l'invasion russe de l'Ukraine.
« Il est très difficile pour un pays de faire face seul aux difficultés », a déclaré M. Mitsotákis lors d'un discours dans l'hémicycle du Parlement européen, à Strasbourg. Il a loué les succès européens dans la lutte contre la pandémie, notamment grâce aux achats groupés de vaccins anti-Covid-19 et la création du certificat Covid européen, par ailleurs « une proposition grecque » à l'origine.
Pour lutter contre la flambée des prix énergétiques et les coupures de gaz russe, il convient, là aussi, d'agir en Européens, selon le Premier ministre grec, qui estime qu'aucun pays de l'UE ne doit être isolé d'un point de vue énergétique. Le dirigeant a notamment fait valoir la position stratégique de son pays, en tant que porte d'entrée du gaz GNL pour « couvrir les besoins de la Grèce, des Balkans occidentaux et, demain, de l'Europe orientale ». Nous essayons aussi de promouvoir les interconnexions avec l'Égypte pour la fourniture d'électricité produite grâce à l'énergie solaire, a estimé M. Mitsotákis.
Le Premier ministre a aussi plaidé pour une réforme des marchés de l'électricité. Nous devons « avoir le courage d'intervenir sur les marchés lorsque ceux-ci ne fonctionnent plus », a-t-il insisté, satisfait de constater la volonté de la Commission d'examiner la question.
Migration. Le chrétien-démocrate grec a été plusieurs fois interpellé sur l'attitude des gardes-côtes grecs en mer Égée, accusés de pratiquer le refoulement ('pushbacks') de migrants illégaux provenant de Turquie (EUROPE 12980/7).
Il n'a pas nié l'existence d'« allégations inquiétantes » qui doivent faire l'objet d'enquêtes indépendantes. Pourtant, il a fait valoir que la Grèce, tout en jouant son rôle de défenseur des frontières extérieures de l'UE face à « la menace d'invasion » de dizaines de milliers de migrants, avait sauvé « 6 000 naufragés » en mer Égée provenant tous de Turquie. Il a assuré que les conditions d'accueil des migrants s'étaient grandement améliorées par rapport à la tragédie du camp de Moria (EUROPE 12615/7).
Au lieu de parler de 'pushbacks', il faudrait parler de 'pushforwards', a dit le Premier ministre grec en anglais, accusant la Turquie d'utiliser la migration illégale comme une arme de déstabilisation, avant même que la Biélorussie fasse de même fin 2021 vis-à-vis de la Pologne et des pays baltes. Il a invité au passage les États membres, face à cette agressivité turque, à la prudence dans la vente d'armes à Ankara. En écho à l'invasion militaire russe en Ukraine, il a prôné le respect du droit international contre la politique du fait accompli en matière d'occupation territoriale, évoquant le cas chypriote.
Il y a cinq ans jour pour jour, la tenue d'un référendum promu par le précédent gouvernement de gauche radicale avait failli précipiter la Grèce hors de l'euro (EUROPE 11351/1), avant que celui-ci fasse marche arrière et se résolve à une troisième cure d'austérité « inutile », a rappelé M. Mitsotákis.
Aujourd'hui, un chapitre se tourne avec l'arrêt, fin août, de la surveillance budgétaire rapprochée de la Grèce par ses créanciers institutionnels (EUROPE 12973/3). Le dirigeant grec a vanté les succès économiques de son pays : la croissance a été la troisième plus forte de l'UE en 2021, le revenu minimal a été augmenté, Athènes a remboursé ses prêts au FMI deux ans plus tôt que prévu, le secteur bancaire a été restructuré et les prêts non performants ont fortement diminué.
Pour ces raisons, la Grèce souhaite rendre la solidarité dont elle a bénéficié, a conclu M. Mitsotákis. (Mathieu Bion)