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Bulletin Quotidien Europe N° 11351
RÉFÉRENDUM GREC: SUPPLÉMENT SPÉCIAL AU N° 11350 / (ae) grece

Après le 'non' au référendum, la zone euro en état d'alerte maximale - malgré la victoire du 'non', Varoufakis démissionne

Bruxelles, 05/07/2015 (Agence Europe) - La victoire massive du 'non' lors du référendum qui s'est tenu dimanche 5 juillet en Grèce est une victoire de la démocratie, selon le gouvernement grec. Elle inflige un sévère camouflet à la zone euro, dont plusieurs représentants avaient appelé les Grecs à approuver le paquet de réformes sur la table. La zone euro tentait, dans la foulée, de réagir à une situation sans précédent.

Un sommet de la zone euro se tiendra, mardi 7 juillet dès 18h, a confirmé le Président du Conseil européen, Donald Tusk, répondant ainsi à l'appel des dirigeants allemand, français et belge. Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui a dit respecter le résultat du référendum, tiendra, ce lundi, une conférence téléphonique avec les présidents du Conseil européen, de l'Eurogroupe et de la BCE. Le soir même, Mme Merkel et M. Hollande feront le point de la situation lors d'un dîner à Paris. Les directeurs du Trésor des États de la zone euro, réunis au sein de l'euroworking group, se réuniront lundi. Conformément à la procédure, une réunion de l'Eurogroupe devra préparer le sommet de la zone euro, mardi.

Tous les regards seront tournés vers la BCE. La Grèce a demandé une augmentation du plafond des aides d'urgence ('ELA'), alors que le gouvernement serait toujours déterminé à rouvrir les banques mardi.

'Oxi' l'emporte à plus de 61%

Les chiffres résonneront pendant des années: 61,28% des Grecs ayant participé au vote ont rejeté les propositions que les 'institutions' (Commission, BCE, FMI) et les Grecs avaient mises sur la table, alors que 38,72% des votants les ont approuvées. Le taux de participation au référendum s'élève à 62%.

Pour le gouvernement grec, le 'non' a donc donné le ton pour relancer les négociations, qu'il veut reprendre au plus vite et de manière constructive, et ce rejet ne doit pas être interprété comme un non à l'euro. « Le mandat que vous m'avez donné n'appelle pas pour une rupture avec l'Europe, mais me donne plutôt une force de négociation plus importante », a déclaré le Premier ministre grec lors d'une déclaration dimanche peu après 22h. M. Tsipras, dont la position s'est renforcée sur le plan interne, va rencontrer les principaux dirigeants politiques grecs. Conscient qu'« il n'y a pas de solution facile », il entend négocier avec ses partenaires européens pour marquer « un accord avec des conditions de justice sociale, et la possibilité de sortir du cercle vicieux de l'austérité ». Sur la question de la dette grecque, il a assuré qu'elle serait sur la table, à la lumière du récent rapport du FMI, selon lequel la zone euro devra faire davantage pour en alléger le fardeau. « Il n'y aura pas de nouveaux prêts tant que les anciens prêts n'auront pas été restructurés », a clamé le ministre des Finances, Yanis Varoufakis. En Grèce, l'onde de choc du référendum a fait une première victime politique, avec la démission d'Antonis Samaras de son poste de chef du parti 'Nouvelle Démocratie'.

Alors que le gouvernement grec estime possible un accord dans les 48h, certaines déclarations émanant des pays créanciers de la Grèce sont pessimistes. Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a qualifié de « très regrettables pour le futur de la Grèce » les résultats du référendum. Selon lui, des réformes « difficiles » sont « inévitables » pour remettre l'économie grecque sur les rails. Il a dit attendre les « initiatives » des autorités grecques qui seront discutées lors d'un Eurogroupe extraordinaire, mardi 7 juillet.

Le vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, a déclaré au Tagesspiegel que la reprise des négociations était difficilement imaginable et que la Grèce avait coupé le dernier pont avec lequel un compromis aurait pu être possible. « Nous devons accepter l'issue du référendum, c'est principalement à la Grèce de décider quelles conséquences en tirer, la balle est dans le camp d'Athènes », a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. Le Premier ministre belge, Charles Michel, a également estimé qu'il revenait à la Grèce de faire des propositions.

« Je suis déçu de ce qui semble être le résultat final du référendum », a déclaré via Twitter, le ministre slovaque des Finances, Peter Kazimir. « Le rejet des réformes par la Grèce ne peut pas signifier qu'ils recevront l'argent plus facilement (…). Le cauchemar des architectes de l'euro de voir un pays quitter le club ressemble à un scénario réaliste après que les Grecs ont voté 'non' », a-t-il ajouté. « Tout en respectant l'issue du référendum, il est clair qu'il y aura des conséquences pour tous, malheureusement les pires pour le peuple grec », a déclaré Edgars Rinkevics, ministre letton des Affaires étrangères. Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a admis que la Grèce avait voulu protéger les intérêts de son peuple, tout en s'attendant à ce que les populations des États créanciers demandent à leurs dirigeants qu'ils fassent de même.

Avant que les résultats du référendum ne tombent, le Premier ministre estonien, Taavu Roivas, avait estimé qu'un 'non' signifierait un retour à la drachme « et davantage de problèmes ». « Peut-être devrons-nous nous habituer à vivre avec un pays membre de l'eurozone qui est en faillite », avait déclaré M. Tusk à Politico, assurant que la priorité était de garder la zone euro unie.

M. Schulz évoque un plan humanitaire pour la Grèce

D'un ton grave, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a évoqué « une journée difficile ». La promesse de M. Tsipras selon laquelle un 'non' au référendum permettra d'obtenir un meilleur accord pour la Grèce dans les négociations avec ses créanciers « n'est pas vraie, à mes yeux », a-t-il indiqué. Il a appelé le gouvernement grec à faire de nouvelles propositions capables de convaincre les autres membres de la zone euro. D'après lui, le sommet de la zone euro devra, mardi, discuter d'« un plan humanitaire » pour le pays, dans la mesure où « les citoyens ordinaires, les retraités, les personnes malades et les enfants ne devraient pas payer le prix de la situation dans laquelle le gouvernement grec a mis le pays ». M. Schulz avait été sévèrement critiqué par les groupes Verts/ALE et GUE/NGL pour son attitude partisane en amont du référendum (EUROPE 11350). (Elodie Lamer avec Mathieu Bion)