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Bulletin Quotidien Europe N° 12982
SOMMET OTAN / Otan

Le nouveau concept stratégique met en garde contre la Russie et la Chine

Les dirigeants des pays alliés ont adopté, mercredi 29 juin, leur nouveau concept stratégique, 12 ans après celui de Lisbonne. Ce document de seize pages qualifie la Russie de « menace la plus importante et la plus directe pour la sécurité des Alliés et pour la paix et la stabilité dans la zone euroatlantique » et mentionne pour la toute première fois la Chine. « La relation (entre l'OTAN et la Russie) est à son plus bas niveau depuis la fin de la guerre froide », a reconnu devant les médias le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, ajoutant que la Russie, et non l'Alliance, en était la responsable.

La Russie « cherche à établir des sphères d'influence et un contrôle direct par la coercition, la subversion, l'agression et l'annexion », souligne le concept stratégique, ajoutant notamment qu’elle utilise des moyens conventionnels, cybernétiques et hybrides contre les Alliés et leurs partenaires et développe ses capacités. « Elle vise à déstabiliser les pays de l'Est et du Sud », dénoncent les Alliés.

Si le concept adopté en 2010 qualifiait la Russie de partenaire stratégique, « compte tenu de ses politiques et de ses actions hostiles, nous ne pouvons pas considérer la Fédération de Russie comme notre partenaire », préviennent les Alliés. Ils restent cependant disposés à maintenir des canaux de communication ouverts avec Moscou afin « de gérer et d'atténuer les risques, de prévenir l'escalade et d'accroître la transparence ».

Tout en soulignant que, de son côté, l’OTAN ne cherche pas la confrontation et ne constitue pas une menace pour la Russie, le concept stratégique prévient que les Alliés continueront de répondre aux menaces et aux actions hostiles du pays de manière « unie et responsable ».

« Nous renforcerons considérablement la dissuasion et la défense pour tous les Alliés, nous améliorerons notre capacité de résistance à la coercition russe et nous aiderons nos partenaires à contrer l'ingérence malveillante et l'agression », préviennent les dirigeants.

Renforcer la dissuasion et la défense

Ainsi, « les dirigeants de l'OTAN ont décidé de modifier fondamentalement notre défense et notre dissuasion pour répondre à une nouvelle réalité de sécurité », a annoncé Jens Stoltenberg aux médias. Selon la déclaration politique adoptée au sommet, « les Alliés se sont engagés à déployer sur le flanc oriental davantage de forces en place et prêtes au combat, dont la taille passera, là où et lorsque cela sera nécessaire, des actuels groupements tactiques à des brigades, appuyées par des renforcements crédibles et disponibles rapidement, par des équipements prépositionnés et par des moyens de commandement et de contrôle améliorés ». La Force de réaction de l’OTAN va être transformée et le nombre de forces à haut niveau de préparation sera portée « à bien plus de 300 000 » hommes, a précisé M. Stoltenberg. Sans être très précis dans son décompte, il a expliqué qu'il s'agissait de la combinaison des forces déployées, en particulier sur le flanc est de l'Alliance - actuellement 40 000 hommes sous le commandement de l'OTAN - et de troupes qui resteront basées dans leur pays d'origine, mais qui seront organisées de manière à pouvoir s'intégrer dans les opérations de l'OTAN.

L’Alliance va aussi améliorer ses exercices de défense collective pour se préparer à des opérations multidomaines de haute intensité et garantir à tous les Alliés un renforcement sur court préavis. « Toutes ces mesures renforceront considérablement le dispositif de dissuasion et les défenses avancées de l’OTAN. Elles aideront à éviter toute agression contre le territoire de l’OTAN en empêchant tout adversaire potentiel d’atteindre ses objectifs », prévient la déclaration commune.

Lutter contre l'influence chinoise

Le concept stratégique consacre pas moins de deux paragraphes à la Chine, qui n'était nullement mentionnée dans la précédente version du document. « Les ambitions assumées de la République populaire de Chine (RPC) et ses politiques coercitives défient nos intérêts, notre sécurité et nos valeurs », est-il écrit dans le document. Les dirigeants de l'OTAN considèrent que Pékin met délibérément à mal l'ordre international basé sur les règles, notamment à travers sa politique économique. « La RPC cherche à contrôler des secteurs technologiques et industriels clés, des infrastructures critiques et des matériaux et chaînes de valeurs stratégiques », d'après l'Alliance. 

Les activités militaires chinoises sont également clairement mentionnées et qualifiées de menaces pour la sécurité de l'OTAN. Les dirigeants de l'Alliance reprochent à Pékin d'étendre rapidement son arsenal nucléaire alors qu'elle n'augmente pas la transparence à ce propos et qu'elle ne s'engage pas sur le contrôle des armes ou la réduction des risques. 

Afin de contrer ces différentes menaces, les dirigeants veulent « travailler ensemble, de manière responsable, en tant qu'Alliés, pour traiter les défis systémiques posés par la RPC à la sécurité euroatlantique et assurer la capacité de l'OTAN à garantir la défense et la sécurité des Alliés ». 

Et cela ne s'arrête pas aux Alliés. Ces derniers ont aussi rencontré plusieurs partenaires de la zone Indo-Pacifique le 29 juin (Australie, Corée du Sud, Japon et Nouvelle-Zélande) avec qui ils souhaitent coopérer pour contrer l'influence et les pratiques chinoises. « Ces défis mondiaux requièrent des solutions mondiales », d'après le secrétaire général de l'OTAN. Ces pays devraient travailler avec l'Alliance sur des sujets comme la cyberdéfense, les nouvelles technologies, la sécurité maritime, le changement climatique, et la désinformation.

Par ailleurs, les dirigeants de l'OTAN se sont arrêtés sur le rapprochement entre la Chine et la Russie, qui va à l'encontre de leurs intérêts et valeurs, selon eux. Pour les Alliés, ce « partenariat stratégique grandissant » entre Pékin et Moscou vise à ébranler l'ordre international basé sur les règles. M. Stoltenberg a également regretté que la Chine diffuse la désinformation et les mensonges du Kremlin. 

Lors d'un forum public au sommet à Madrid, le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a nuancé le langage à propos de Pékin : « Il ne faut pas mettre la Russie et la Chine dans le même panier », car elles ont aussi des positions éloignées sur beaucoup de sujets, selon lui. Il a toutefois indiqué à la presse que chaque soutien chinois à la Russie devait être dénoncé.

Voir le concept stratégique : https://aeur.eu/f/2et

Et la déclaration de Madrid : https://aeur.eu/f/2eo (Camille-Cerise Gessant et Léa Marchal)

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