Les dirigeants des pays de l'OTAN ont décidé, mercredi 29 juin, lors de leur sommet à Madrid, d'inviter la Finlande et la Suède à devenir membres de l'organisation et sont convenus de signer les protocoles d’adhésion. Ces derniers devraient être signés très rapidement.
« L'adhésion de la Finlande et de la Suède les rendra plus sûres, l'OTAN plus forte et la région euroatlantique plus sûre. La sécurité de la Finlande et de la Suède revêt une importance directe pour l'Alliance, y compris pendant le processus d'adhésion », souligne la déclaration de Madrid adoptée par les dirigeants des 30 pays alliés. La Finlande et la Suède ont officiellement posé leur candidature le 18 mai (EUROPE 12955/3).
Avant que les deux pays ne deviennent officiellement membres de l'OTAN, les parlements alliés devront ratifier leur adhésion. « Cela prend toujours un certain temps, mais je m'attends également à ce que cela aille assez vite, car les Alliés sont prêts à essayer de faire en sorte que ce processus de ratification se déroule aussi rapidement que possible », a expliqué le Secrétaire général de l'organisation, Jens Stoltenberg.
La veille, après plus de trois heures de réunion, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, le président finlandais, Sauli Niinistö, et la Première ministre suédoise, Magdalena Andersson, étaient parvenus à un accord permettant la levée du veto turc à l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN. Cet accord a été salué par les Alliés. La Première ministre islandaise, Katrín Jakobsdóttir, a estimé que la future adhésion des deux pays nordiques était un « événement majeur dans l’histoire de l’Alliance ».
Afin de lever les doutes turcs, les ministres des Affaires étrangères des trois pays ont signé un mémorandum répondant aux préoccupations de la Turquie en matière d’exportation d’armes et de lutte contre le terrorisme.
Coopération dans la lutte contre le terrorisme
Concrètement, la Finlande et la Suède s’engagent, « en tant que futurs Alliés de l’OTAN, à apporter leur plein soutien à la Turquie » contre les menaces pesant sur sa sécurité nationale et réciproquement de la part d’Ankara. « À cet effet, la Finlande et la Suède ne fourniront pas de soutien aux YPG/PYD et à l'organisation décrite comme FETO (mouvement Gülen, NDLR) en Turquie », précise le document. Ces organisations ne sont pas reconnues comme des organisations terroristes par l’UE.
Stockholm et Helsinki promettent aussi d'empêcher les activités du PKK - reconnu comme une organisation terroriste par l’UE - et de toutes les autres organisations terroristes et leurs prolongements ainsi que les activités des personnes appartenant à des groupes affiliés et inspirés ou à des réseaux liés à ces organisations terroristes. La coopération avec la Turquie sur ce sujet sera intensifiée.
Le protocole précise que les deux pays nordiques « enquêteront et interdiront toute activité de financement et de recrutement du PKK et de toutes les autres organisations terroristes et leurs extensions ainsi que les groupes ou réseaux affiliés ou inspirés ».
La Suède et la Finlande traiteront aussi « avec diligence et minutie les demandes d'expulsion ou d'extradition de personnes soupçonnées de terrorisme » que la Turquie est en train de présenter et établiront les cadres juridiques bilatéraux nécessaires pour faciliter l'extradition et la coopération en matière de sécurité avec la Turquie, conformément à la Convention européenne d'extradition. « Il est important que l'extradition soit une pratique normale des Alliés de l'OTAN et d'autres pays en cas de problèmes avérés liés, par exemple, au terrorisme ou à des activités criminelles », a précisé M. Stoltenberg. Ankara a demandé aux deux pays, mercredi 29 juin, d’extrader 33 personnes suspectées d’être des terroristes.
De plus, Ankara, Helsinki et Stockholm se sont engagés à établir un mécanisme « conjoint et structuré de dialogue et de coopération » à tous les niveaux de gouvernement, y compris entre les services de police et de renseignement, afin de renforcer la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée et d'autres défis communs, comme elles le décideront.
Les trois pays confirment également qu’il n’existe « désormais aucun embargo national sur les armes entre elles » alors que la Suède est en train de modifier son cadre réglementaire national pour les exportations d'armes en relation avec les Alliés de l'OTAN.
Enfin, la Finlande et la Suède s'engagent à soutenir la participation la plus complète possible de la Turquie et d'autres Alliés non membres de l'UE aux initiatives existantes et futures de la Politique de sécurité et de défense commune de l'UE, y compris la participation de la Turquie au projet de coopération structurée permanente (CSP ou PESCO en anglais) sur la mobilité militaire. La participation d’un pays tiers à la CSP nécessite l’unanimité des pays participants, dont la Grèce et Chypre.
Voir le protocole d’accord : https://aeur.eu/f/2el
Voir la déclaration de Madrid : https://aeur.eu/f/2ee (Camille-Cerise Gessant et Léa Marchal)