La solidarité internationale avec les Syriens et les communautés d'accueil de près de 7 millions de réfugiés était au rendez-vous, mardi 10 mai, à la sixième conférence ministérielle de Bruxelles, intitulée 'Soutenir l'avenir de la Syrie et des pays voisins' (Brussels VI), organisée par l'UE pour « ne pas oublier la Syrie » à l'heure ou l'attention est focalisée sur la crise ukrainienne.
C'est l'appel qu'avait lancé le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l'entame de la conférence (EUROPE 12947/13).
Au total, 6,4 milliards d'euros (6,7 milliards de dollars US) ont été promis - dont 4,1 milliards de dons pour 2022 (4,3 milliards de dollars) et, pour 2023 et au-delà, 2,3 milliards (2,4 milliards de dollars) de dons.
À cela s'ajoute 1,7 milliard d'euros (1,8 milliard de dollars) de prêts bonifiés des institutions financières.
« C'est plus que l'an dernier », s'est félicité le commissaire européen à l'Élargissement et à la Politique de voisinage, OliverVárhelyi, en annonçant ce résultat « plus qu'encourageant ». Il a souligné que les engagements de l'UE et ses États membres étaient de 4,8 milliards d'euros, soit 75% des promesses totales.
Les 55 pays qui ont participé ont ainsi montré que la crise syrienne, qui se poursuit après 11 ans de conflit, ne tombera pas dans les oubliettes, eu égard aux besoins humanitaires croissants - 14,6 millions de Syriens ont besoin d'aide humanitaire, 90% de la population syrienne vivent dans la pauvreté et 60% sont menacés d'insécurité alimentaire.
Tous ont exprimé leur gratitude aux pays d'accueil des réfugiés (la Jordanie, le Liban et la Turquie, mais aussi l'Égypte et l'Irak), qui paient un lourd tribut et dont les besoins sont exacerbés par la flambée des prix des denrées alimentaires - 26,5 millions de personnes ont actuellement besoin d'aide humanitaire dans ces pays hôtes.
L'UE, qui a fourni plus de 27 milliards d'euros d'aide humanitaire depuis 2011, a promis 3,125 milliards d'euros pour 2022 et 2023. Ce montant se fonde sur les engagements pluriannuels pris l'an dernier lors de la conférence 'Brussels V' (EUROPE 12689/8). Aux 560 millions d'euros déjà promis pour 2022, la Commission a ajouté un milliard, a précisé M. Borrell. Et d'assurer que, « pour 2023, l'Union européenne et ses États membres apporteront le même soutien financier - 1,56 milliard d'euros pour les Syriens et les pays voisins ».
Au-delà de l'aide d'urgence, l'aide internationale comme celle de l'UE inclut en partie le soutien à la reprise précoce (early recovery), ce dont l'ONU s'est félicitée. « Pour répondre aux besoins des citoyens, il faut une aide durable, revitaliser l'accès aux services de base », a souligné le coordinateur des Affaires humanitaires (UN OCHA). Il s'agit, par exemple, de la réhabilitation des infrastructures d'eau ou de santé.
Les États-Unis ont promis plus de 800 millions de dollars US d'aide humanitaire, le Japon 19 millions de dollars pour la Syrie et la région en 2022.
De nombreux pays ont insisté sur l'importance du renouvellement et de l'extension, en juillet prochain, de la résolution 2585 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le mécanisme de fourniture d'aide transfrontière, essentiel pour les 4 millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie, où 60% de la population a été déplacée.
La représentante de l'UNICEF a souligné qu'« après 11 ans de conflit et de sanctions, la Syrie a fait un retour en arrière de 25 ans. » 2,8 millions d'enfants syriens vivent dans les pays voisins, 1/3 des enfants syriens souffrent de malnutrition, 1/3 présentent des signes de traumatisme et 3 millions de jeunes ne sont pas scolarisés. Les besoins de l'UNICEF pour éviter qu'une génération soit sacrifiée sont de 300 millions de dollars et autant pour le nord du pays.
Soutien à une solution politique durable
Au-delà des engagements financiers, les participants ont réitéré leur soutien au processus politique pour une solution au conflit. « La communauté internationale dans son ensemble est convaincue qu’une solution politique complète est l’impératif ultime », a déclaré M. Borrell. Il a assuré que l’engagement de celle-ci concernant la résolution 2254 du Conseil de sécurité, qui appelle à une solution politique, et les efforts de l’envoyé spécial pour la Syrie, Geir Pedersen, ne faibliraient pas.
Pour le ministre des Affaires étrangères irakien, Fuad Hussein, alors que le conflit dure depuis onze ans, « le monde a compris que tout blocus politique et économique et l’affrontement militaire ne mèneront à rien, uniquement à plus de souffrance et de destruction ». Il a donc plaidé pour que la priorité soit donnée au « dialogue pour instaurer la paix, la stabilité et la sécurité ».
M. Borrell a prévenu que l’UE n’assouplirait pas sa position envers le régime syrien tant que celui-ci ne se sera pas engagé dans une réelle transition politique. Bien que le ministre irakien ait jugé « inutiles » les sanctions économiques et politiques, M. Borrell a expliqué que l’UE ne relâcherait pas ses sanctions ni ne normaliserait ses relations avec le régime avant que les gens puissent rentrer chez eux « en toute sécurité ».
« Nous pouvons faire baisser la pression et débloquer les fonds nécessaires à la reconstruction de la Syrie et au retour de ses réfugiés, mais seulement s'il y a un réel changement et une véritable volonté de compromis avec des engagements crédibles pour des réformes politiques », a-t-il souligné. Selon le ministre des Affaires étrangères du Liban, Abdallah Bou Habib, le régime syrien s’est dit disposé à ouvrir des négociations avec tous ceux qui soutiennent la Syrie.
Et si M. Borrell a espéré que les conditions seront bientôt réunies pour un retour « volontaire, sûr, durable et digne » des réfugiés dans leur pays, le ministre libanais a estimé que ces derniers devaient rentrer chez eux. M. Bou Habib estime que « la communauté internationale doit changer la façon dont elle fonctionne, elle doit apporter le soutien aux Syriens, mais en Syrie ». Il a expliqué que son pays avait pu négocier le retour de centaines de milliers de Syriens en Syrie, mais que ceux-ci revenaient au Liban pour profiter de l’aide internationale.
MM. Borrell et Hussein ont également mis l’accent sur la reddition des comptes. « Nous devons également maintenir notre engagement en faveur de la justice et de l'obligation de rendre des comptes pour les crimes commis - n'oubliez pas que des crimes aussi nombreux qu'horribles ont été commis pendant plus d'une décennie de conflit », a insisté le Haut Représentant, ajoutant qu’il fallait « découvrir la vérité sur les personnes disparues - celles qui sont détenues en secret depuis bien trop longtemps ». (Aminata Niang et Camille Cerise Gessant)