Les États membres de l'Union européenne ne s’étaient toujours pas mis d’accord sur le sixième paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, vendredi 6 mai, à l’heure de notre bouclage. La réunion des ambassadeurs des États membres, vendredi matin, n'a pas permis de parvenir à un accord et les discussions entre les États membres et la Commission européenne se sont poursuivies vendredi dans la journée. Les discussions devraient continuer pendant le week-end.
L’embargo sur le pétrole ne fait toujours pas l’objet d’une unanimité. La Commission européenne a proposé le 4 mai un embargo sur le pétrole russe d’ici la fin de l’année, avec une proposition de dérogation pour la Hongrie et la Slovaquie jusqu’à fin 2023. Face aux réticences de plusieurs États membres, une nouvelle proposition a été faite prolongeant la dérogation pour la Hongrie, la Slovaquie, mais aussi la République tchèque, jusqu’à fin 2024. Mais cela n’est pas suffisant pour Budapest.
Selon plusieurs sources européennes, les réticences ne sont pas liées à un problème politique, mais matériel, avec des questions d’approvisionnement et d’infrastructures pour certains États membres.
Vendredi matin, dans une interview accordée à Kossuth Rádió, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a fait part de son opposition à l’embargo sur le pétrole. Selon lui, la Commission a franchi « une ligne rouge » et « attaqué l’unité européenne ». « J'ai dit 'oui' aux cinq premiers paquets de sanctions, mais nous avons clairement signifié dès le début qu'il y avait une ligne rouge : l'embargo sur l'énergie. Ils ont franchi cette ligne (...), il y a un moment où il faut dire 'stop' », a expliqué le Premier ministre.
Selon M. Orbán, un embargo « équivaudrait à une bombe nucléaire larguée sur l'économie hongroise », estimant qu’il faudrait cinq ans pour transformer complètement le modèle hongrois de transport et d’approvisionnement en énergie. Il a expliqué que son pays accepterait la proposition de la Commission, si le pétrole brut livré par pipelines était exclu du train de mesures. « Tant que la question hongroise ne sera pas résolue, il n'y aura pas de 'oui' de la Hongrie », a prévenu M. Orbán.
Par ailleurs, la proposition de sanctionner le patriarche de l’Église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, divise les États membres. « Nous ne permettrons pas que des dirigeants d'églises soient mis sur une liste de sanctions », a prévenu M. Orbán.
Le même jour, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a voulu se montrer rassurante. « Les pays qui hésitent aujourd’hui ne sont pas encore prêts », a-t-elle reconnu dans une intervention en visioconférence pour un congrès organisé par le quotidien allemand FAZ, se disant convaincue que le paquet sera adopté. « Si cela prend un jour de plus, cela prendra un jour de plus », a expliqué Mme von der Leyen. L’objectif initial était une entrée en vigueur du paquet en amont du 9 mai, journée de l’Europe, au sein de l’UE, et journée de la Victoire sur l’Allemagne nazie, en Russie.
De son côté, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a annoncé, lors d’un débat à Florence, que, si les ambassadeurs des Vingt-sept n’arrivaient pas à se mettre d’accord, il convoquerait, dans la semaine suivant la fête de l’Europe, un Conseil des Affaires étrangères extraordinaire pour discuter de la situation.
« On peut discuter du nombre d'années nécessaires pour adopter un embargo sur le pétrole, mais il est inacceptable de lier un embargo à quelque chose qui n'a rien à voir, comme le financement via Next Generation EU, en dehors de toute raison de politique », a-t-il prévenu. (Camille-Cerise Gessant avec la rédaction)