Avec 462 voix pour, 19 contre et 89 abstentions, les eurodéputés ont adopté, jeudi 5 mai à Strasbourg, une résolution condamnant fermement l'utilisation des violences sexuelles et sexistes comme arme de guerre. Ils ont fait part de leurs profondes inquiétudes face au nombre grandissant de cas de traite d'êtres humains, de violences sexuelles, d'exploitation, de viols et de mauvais traitements enregistrés auprès des femmes et des enfants fuyant la guerre en Ukraine. Selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, 90% des réfugiés fuyant la guerre en Ukraine sont des femmes et des enfants.
« Il faut redoubler d'efforts. Les trafiquants d'êtres humains profitent de la situation. Il faut s'assurer que [les Ukrainiennes] peuvent voyager en toute sécurité, pour obtenir la stabilité et une éventuelle indépendance », a plaidé Robert Biedroń (S&D, polonais), auteur de la question orale posée à la Commission européenne lors du débat en plénière.
À l’instar de ses collègues, María Soraya Rodríguez Ramos (Renew Europe, espagnole) a insisté sur l’importance de récolter des preuves. « La guerre a fait du corps des femmes un champ de bataille. Nous ne pouvons pas rester spectateurs. Ce sont des crimes de guerre. Ils doivent être punis. Il faut réunir les preuves pour la Cour Pénale Internationale », a-t-elle affirmé.
« Poutine a décoré ces troupes, peut-être avons-nous ici la preuve d'une chaîne de commandement de très haut niveau », a même supposé Heidi Hautala (Les Verts/ALE, finlandaise).
« L'UE soutient l'enquête des autorités ukrainiennes, des États membres et de la Cour pénale internationale. Il y a une enquête conjointe d’Eurojust avec l'Ukraine », a assuré Ylva Johansson, commissaire européenne aux Affaires intérieures.
La Commission a récemment proposé d'étoffer les compétences de l'Agence de l'UE pour la coopération judiciaire en matière pénale afin que celle-ci puisse collecter, conserver et partager des preuves de crimes de guerre (EUROPE 12938/9).
Dans leur résolution, les eurodéputés soulignent que les besoins spécifiques des femmes et des filles devaient être couverts dans les centres d'accueil et que des mécanismes de plainte devraient être mis à disposition sans attendre. Ils exhortent également les pays de l'UE à fournir des transports sécurisés et coordonnés entre les États membres.
Par ailleurs, le Parlement appelle l'UE et tous les pays d'accueil et de transit à garantir l'accès à la santé et aux droits en matière de sexualité et de procréation, y compris la contraception d’urgence et les soins liés à l’avortement, notamment pour les victimes de viol, ainsi que les soins obstétricaux.
Mme Johansson a appuyé l’accès à la pilule de contraception d'urgence.
Frances Fitzgerald (PPE, irlandaise), de son côté, a insisté sur l’importance des soins de santé mentale et a suggéré de financer des ONG spécialisées.
La résolution a cependant été critiquée par les groupes CRE et Identité et Démocratie et les députés non-inscrits. « Ici, on exploite la vulnérabilité des femmes et des filles qui quittent l’Ukraine pour l’UE. On ne présente pas correctement la situation et on attaque ouvertement certains États membres sur des bases idéologiques et politiques », a dénoncé Lívia Járóka (NI, hongroise).
« On tente d’implanter une culture qui, aujourd'hui, ne valorise pas la vie. On la commercialise avec la promotion de l’avortement, ou de la gestation pour autrui. Mais la vie n’est pas un objet, ni un caprice, ni un désir », s’est exprimée Margarita de la Pisa Carrión (CRE, espagnole). L'amendement proposé par le groupe ID interdisant la GPA a été rejeté.
Le texte proposé tel que soumis par la commission parlementaire n'a pas été modifié en substance.
Pour lire la résolution : https://aeur.eu/f/1if (Anne Damiani avec Aminata Niang)