Face à l'impact prévisible de la guerre russe en Ukraine sur la sécurité alimentaire des pays pauvres - flambée des prix des produits de base, des denrées alimentaires et de l'énergie, manque de céréales et d'engrais - la commission du développement du Parlement européen a donné la parole à des experts, mardi 22 mars, pour identifier comment lutter plus efficacement contre la faim et la malnutrition grâce aux politiques de développement et d'aide humanitaire de l'UE.
L'audition sur la sécurité alimentaire et la nutrition s'est concentrée sur les solutions systémiques que la communauté internationale devrait mettre en place dans l'intérêt des producteurs alimentaires des pays en développement.
« Avec les retombées de la guerre, les pays pauvres et les plus vulnérables seront de nouveau les plus touchés », a souligné Mme Kempa (CRE, polonaise) qui prépare un rapport sur la sécurité alimentaire dans les pays en développement. Celui-ci intégrera les engagements du sommet international 'Nutrition pour la croissance' [Nutrition for Growth (N4G)] (EUROPE 12849/6) et celui sur des systèmes alimentaires durables de 2021.
D'après la FAO, si la guerre entraîne une réduction prolongée des exportations de l'Ukraine et de la Russie, le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde pourrait augmenter de 8 voire 13 millions dans les deux ans, s’ajoutant aux 800 millions souffrant déjà de la faim aujourd’hui.
Elles seront 48 millions en Asie du Sud, 282 millions en Afrique, 60 millions en Amérique latine et Caraïbes, a prévenu Gabriel Ferreiro, qui préside le comité de la sécurité alimentaire mondiale.
Il a rappelé que l'objectif de développement durable de l'ONU 'zéro faim d'ici 2030' (ODD2) n'était déjà pas en bonne voie avant la pandémie, avec 811 millions de personnes qui souffraient de la faim en 2020. La pandémie de Covid-19 en a ajouté 120 millions. En 2020, 3 milliards de personnes étaient privées d'une alimentation saine, 928 millions souffraient d'insécurité alimentaire aiguë, 2,3 milliards n'avaient pas accès à une alimentation adéquate et 1 enfant sur cinq de moins de 5 ans accusait un retard de croissance dû à une malnutrition chronique - en violation du « droit inaliénable à l'alimentation ».
Les conflits, comme la guerre en Ukraine, sont parmi les facteurs exacerbant la faim et la malnutrition. M. Ferreiro a cité aussi les inégalités, la pauvreté chronique, l'impact du changement climatique, la faible gouvernance, la croissance démographique rapide et la dégradation de l'environnement.
Selon lui, « nous avons les preuves et les connaissances pour mettre fin à la pauvreté rurale tout en préservant biodiversité et la neutralité climatique, par des transitions au niveau local, national, régional et mondial ».
Autonomisation des petites exploitations et des femmes. Les investissements dans l'agriculture étant les plus efficaces, selon la Banque mondiale (en Afrique, ce serait 11 fois plus efficace que dans tout autre secteur), ils doivent se concentrer sur l'autonomisation des petites exploitations familiales et coopératives, qui produisent 80% des aliments consommés dans le monde, sur l'autonomisation des femmes et un travail décent tout au long de la chaîne agroalimentaire.
Pour rendre effectif le droit à l'alimentation, des politiques adéquates devront être adoptées : - soutenir les acteurs du changement; - produire plus et mieux sur chaque hectare et dans chaque exploitation, en combinant les bonnes pratiques et les bonnes technologies ; - investir dans le développement territorial en articulant gouvernance des territoires et renforcement du rôle des gouvernements et acteurs locaux; - lier cela à l'extension des systèmes de protection sociale, par exemple, les cantines scolaires, les bons alimentaires ; - renforcer les normes sociales et environnementales dans l'agrobusiness ; - renforcer l'aide humanitaire et maximiser sa fourniture à partir des systèmes alimentaires locaux ; - renforcer la gouvernance mondiale et mobiliser 33 milliards de dollars de financements par an.
Ces recommandations ont été approuvées par tous les pays membres du comité de sécurité alimentaire mondial, a-t-il rappelé.
Alors que plus de 200 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire et de malnutrition en Afrique et que de nombreux moyens de subsistance ont été perdus à cause de la pandémie, Mme Gyosé, conseillère en nutrition détachée par la FAO auprès de l'Union africaine, a souligné l'importance de reconnaître les différences des systèmes alimentaires dans le continent, d'identifier les failles, de renforcer les chaînes de valeur et d'obtenir des résultats.
« Il y aura, pour l'Afrique, différentes lignes directrices pour les différents systèmes alimentaires afin que l'Afrique puisse travailler de manière interdisciplinaire. Il en va de notre souveraineté alimentaire », a-t-elle dit. (Aminata Niang)