Andréa Ammon, directrice du Centre européen de Contrôle et de Prévention des maladies (ECDC) a rencontré, mardi 22 mars, les députés de la commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) du Parlement européen pour faire le point sur l’action de l'ECDC.
Le Dr Ammon s’est exprimée sur les actions de l’ECDC relatives aux conséquences de l’agression militaire russe contre l’Ukraine. Le Centre participe aux réunions sur la sécurité et la santé, avec la direction générale de la protection civile de la Commission européenne (DG ECHO), l'Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d'urgence sanitaire (HERA) et des représentants de l’Ukraine.
Fin février, l’ECDC a tenu une réunion avec des représentants de Hongrie, de Pologne, de Slovaquie, de Roumanie ainsi que la République tchèque pour identifier les besoins des pays et apporter un soutien adapté.
L’ECDC a publié des documents de sensibilisation aux maladies infectieuses et des orientations pour les centres d’accueil temporaires.
La couverture de la polio, de la rougeole et du Covid-19 est une priorité pour l’ECDC. Des membres du personnel du Centre ont été déployés dans le cadre d’une mission coordonnée par la DG ECHO afin de fournir une expertise technique et d’établir un système de réaction rapide et de surveillance. Cette mission est menée en coopération avec le ministère de la Santé en Pologne et les autorités de santé. D’autres missions sont annoncées. L’ECDC dispose de grandes réserves de personnel volontaire pour de tels déploiements.
Le Centre a établi un groupe de travail pour la coordination interne, indépendant de l’équipe d’urgence sanitaire sur le Covid-19. « Tout ce qui est entrepris pour les réfugiés permet aussi de protéger la population des pays d’accueil », a ajouté Andrea Ammon.
Elle a rappelé que l’épidémie de Covid-19 n’est pas terminée : les taux de mortalité diminuent en moyenne, mais 6000 personnes meurent chaque semaine dans l’UE.
72% de la population générale européenne a complété un premier schéma vaccinal et 52% de cette population a reçu une dose de rappel. La vaccination marque un palier depuis octobre 2021. De grandes disparités persistent parmi les états membres. Les États affichant la couverture la plus faible sont situés dans l'est de l’UE. Onze pays ont été contactés pour identifier les raisons de ce faible taux de vaccination. Des séminaires en ligne et des formations ont été organisés. Le Dr Ammon admet que ce sera un travail de long terme.
De nombreux États membres ont atteint une immunité de haut niveau, a souligné Andrea Ammon. La trajectoire future de la pandémie sera influencée par différents facteurs : la durée de l’immunité, la protection croisée et l’émergence de nouveaux variants. Andrea Ammon s’attend à ce que la situation épidémiologique continue de fluctuer, que le SARS-Cov-2 refasse surface sporadiquement et exerce une pression sur les systèmes de santé.
Le Dr Ammon insiste sur la nécessité de la préparation et de la vigilance, notamment pour cet hiver. Les cas pourraient alors augmenter significativement. «Le système de surveillance du pays doit être adapté pour pouvoir enregistrer cela en termes de gravité et au niveau des communautés», a souhaité le Dr Ammon, en renvoyant aux recommandations de l'ECDC publiées en octobre.
Le Centre a bénéficié d’un budget élargi pour aider les États membres à élaborer une infrastructure de séquençage du génome du virus.
Andrea Ammon estime cependant que l’obtention d’une couverture vaccinale beaucoup plus large sera très compliquée, d’autant que certains pays ferment les centres de vaccination. La dirigeante espère que les États ont élaboré des plans pour réactiver les centres cet automne.
« La pandémie a montré les limites de notre action. Nous sommes une agence scientifique qui n’a pas de rôle de management dans l’architecture européenne. Nous émettons des recommandations pour les décideurs. »
Mais Andrea Ammon ajoute que la pandémie a donné de la visibilité à l’ECDC, ce qui a attiré de nouveaux collaborateurs brillants dans le cadre du renforcement du mandat du Centre.
Dans le cadre de ce mandat renforcé, l’ECDC travaille à un protocole d’accord avec HERA qui a notamment pour objet de diviser travail et d'éviter les chevauchements.
En dehors de la question de la Covid-19, la collaboration internationale est soutenue : le travail est intense avec l'OMS et les Centres de contrôle mondiaux. (Émilie Vanderhulst)