Les ministres de l’Agriculture de plusieurs États membres de l’UE ont fait montre, lundi 21 mars à Bruxelles, de leurs inquiétudes au sujet des objectifs qui seraient contraignants dans la proposition à venir sur la réduction de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques.
La Commission devait adopter le 23 mars une proposition de règlement sur l’utilisation durable des pesticides, mais le dossier a été reporté à plus tard, en raison notamment de l’adoption de la communication sur la sécurité alimentaire (EUROPE 12915/3).
L’objectif de réduction de 50% des pesticides serait rendu contraignant pour l’UE, mais pas pour les États membres, qui fixeraient leurs propres objectifs, selon le projet vu par EUROPE (https://aeur.eu/f/7J ).
Garder le cap. Pendant le Conseil de lundi, la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, n’avait pas voulu se prononcer clairement sur le report ou non de l’adoption de la proposition par le collège. Elle avait admis que « l’invasion russe en Ukraine chamboule tout ». « Nous devons nous adapter à la réalité, mais nous devons aussi garder le cap. La durabilité est aussi une question urgente », avait fait valoir la commissaire. « La date initiale du 23 mars ne serait plus la date aujourd’hui actée », avait dit, en conclusion, le président en exercice du Conseil, Julien Denormandie.
Lors de la conférence de presse, le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski a confirmé que ce texte ne sera pas discuté le 23 mars par le collège des commissaires.
Lors du Conseil, la Pologne, soutenue par une dizaine de délégations (Roumanie, Slovaquie, pays baltes, Autriche, Hongrie, Grèce...) a critiqué le fait que la réduction de 50% des pesticides soit rendue contraignante « alors qu’aucune étude scientifique ne justifie cela » (https://aeur.eu/f/vx ). Un tel niveau de réduction risque de « mettre en péril la production agricole et de mettre à mal la sécurité de l’approvisionnement alimentaire », selon la délégation polonaise. La Slovénie a dénoncé le manque d’alternatives disponibles en cas de retrait des pesticides.
L’Espagne a estimé qu’il fallait arriver à un niveau d’ambition « flexible et réaliste » et miser sur l’agriculture de précision.
Le ministre français, M. Denormandie, a rappelé que « l’indépendance alimentaire de l’Europe est essentielle » et que le futur texte sur les pesticides devait respecter les principes suivants : « Pas d’interdiction sans solution, investissement dans les alternatives et utilisation de la science au service du progrès ».
Le PPE demande de « revoir » les objectifs. « Nous avons demandé à la Commission de reporter toute législation susceptible de réduire la production alimentaire », indique, mardi 22 mars, l'eurodéputé Herbert Dorfmann (PPE, italien). La Commission doit, selon le groupe PPE, « revoir les objectifs et le calendrier des propositions » des stratégies 'de la ferme à la table' et 'biodiversité', notamment celle concernant les produits phytopharmaceutiques. La Commission est appelée aussi à réaliser « une analyse d'impact approfondie de ces propositions ». (Lionel Changeur)