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Bulletin Quotidien Europe N° 12909
SOMMET DE VERSAILLES / Ukraine

Les dirigeants européens reconnaissent l’appartenance de l’Ukraine à la famille européenne

Les chefs d’État ou de gouvernement européens ont reconnu, dans la nuit de jeudi 10 à vendredi 11 février, l’appartenance européenne de l’Ukraine, sans pour autant promettre un statut de candidat à l’Union européenne.

« L'Ukraine fait partie de notre famille européenne », souligne la déclaration qu’ils ont adoptée. « Nous avons un message politique et de cœur (aux Ukrainiens) : notre famille est la vôtre », a expliqué le président français, Emmanuel Macron.

Selon le Premier ministre slovène, Janez Jansa, la discussion sur l’adhésion de l’Ukraine à l’UE a pris « beaucoup de temps » et permis plus d’unité entre les États membres sur le fait que l’Ukraine mérite non seulement une perspective européenne, mais aussi que son avenir est dans l’UE.

M. Jansa a expliqué qu’il y avait une majorité d’États membres qui voulaient envoyer un « message politique fort » à l’Ukraine qu’elle appartient à la famille européenne, « et ceux qui débattent toujours de la procédure ». Parmi eux, le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, qui ne cesse de rappeler que la procédure ‘fast track’ demandée par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, n’existe pas et qu’il faudra attendre des mois, voire des années, pour que le processus d’adhésion avance. « Pouvons-nous avoir une procédure accélérée avec un pays en guerre sans regarder aucun critère ? La réponse est non », a ajouté M. Macron.

« Un processus d'adhésion à l'UE nécessite beaucoup de réformes et il est logique que cela se fasse étape par étape, sinon nous aurons des pays qui deviendront membres de l'UE sans être prêts pour cela », a souligné le Premier ministre belge, Alexander de Croo, tout en estimant que ce serait une grosse erreur de fermer la porte à des pays qui se sentent menacés. Cependant, pour son homologue croate, Andrej Plenković, il faut tout faire pour que le processus soit le plus rapide possible.

Le président lituanien, Gitanas Nauseda, a fait part de sa déception, estimant que les termes employés dans la déclaration auraient pu être plus forts. Il aurait souhaité que l’Ukraine obtienne son statut de candidat. « Zelensky m’a demandé de faire tout ce qui est possible pour donner de l’espoir aux Ukrainiens, en lien avec l’UE », a-t-il expliqué. Pour sa part, le Letton, Arturs Krišjānis Kariņš, a préféré voir le verre à moitié plein, estimant qu’un signal très clair avait été donné selon lequel tous les États membres soutiennent que « la voie est ouverte pour que les Ukrainiens se rapprochent de l'UE ». Un sentiment partagé par son homologue estonienne, Kaja Kallas.

Si les dirigeants ne promettent pas le statut de candidat, ils s'engagent, dans l’attente de l’avis de la Commission européenne, à renforcer encore les liens, « sans plus attendre », et approfondir le partenariat pour aider l'Ukraine à progresser sur sa trajectoire européenne. « Nous voulons soutenir tous les efforts pour conforter, consolider les liens avec l’Ukraine », a expliqué le président du Conseil européen, Charles Michel. Rappelant que l’UE avait déjà un accord d’association avec l’Ukraine qui pouvait être approfondi, il a promis que l’UE allait travailler sur des liens plus étroits d’un point de vue politique – tel qu’inviter régulièrement M. Zelensky à participer au Conseil européen - et sur des éléments très concrets « pour connecter les réseaux ukrainiens, les infrastructures vers l’UE ».

Du côté ukrainien, la déception est palpable. « Parmi les dirigeants des États, il y a ceux qui nous soutiennent et il y a aussi ceux qui ne soutiennent qu'eux-mêmes. (…) Aujourd'hui, quand je vois le soutien du peuple de chaque pays sur les places des capitales européennes, je sais que le peuple ukrainien est déjà dans l'Union européenne. Et les politiciens... Je suis sûr qu'ils s'y adapteront », a souligné M. Zelensky dans un discours.

Soutien supplémentaire à l'Ukraine

Saluant le courage des Ukrainiens, les dirigeants européens s’engagent, dans leur déclaration, à ne pas les abandonner. « L'UE et ses États membres continueront de fournir un soutien politique, financier, matériel et humanitaire coordonné », précise le texte. Lors de la discussion, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a proposé qu’une nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros de la Facilité européenne pour la Paix soit débloquée en faveur de l’Ukraine. L’Espagne a aussi annoncé, vendredi, l’envoi de nouvelles armes à l’Ukraine.

Les dirigeants européens assurent aussi que l'UE et ses États membres continueront de se montrer solidaires et d'apporter un soutien humanitaire, médical et financier à tous les réfugiés et aux pays qui les accueillent. Plus de 2,5 millions d’Ukrainiens auraient déjà quitté leur pays. « Nous demandons que des fonds soient mis à disposition sans plus attendre au moyen de l'adoption rapide de la proposition en ce qui concerne l'action de cohésion pour les réfugiés en Europe (CARE) et de REACT-EU », souligne la déclaration.

Selon le texte, les dirigeants européens sont aussi résolus à apporter leur appui à la reconstruction d'une Ukraine démocratique, une fois que l'offensive russe aura cessé.

Nouvelles sanctions contre la Russie

Au-delà du soutien à l’Ukraine, les dirigeants rappellent leur détermination à mettre encore davantage de pression sur la Russie et sur la Biélorussie alors que « la Russie a ramené la guerre en Europe ». « Nous avons adopté des sanctions significatives et nous nous tenons prêts à en adopter rapidement de nouvelles », préviennent-ils.

Alors que le G7 a annoncé qu'il était résolu à isoler davantage la Russie de ses économies et du système financier international et s'est engagé, par conséquent, à prendre de nouvelles mesures dès que possible (voir autre nouvelle), la présidente de la Commission européenne a annoncé, vendredi, que l'UE allait adopter, dans les prochaines heures, de nouvelles mesures. Elle a ainsi cité l'interdiction de l'exportation de tout produit de luxe européen de nos pays vers la Russie et de l'importation de biens essentiels dans le secteur du fer et de l'acier en provenance de Russie. Mme von der Leyen a aussi prévenu que la communauté internationale continuerait à faire pression sur les élites russes proches de Poutine, annonçant la tenue, la semaine prochaine, d'une réunion des ministres des Finances, de la Justice et de l'Intérieur des pays du G7 pour coordonner le groupe de travail mis en place pour cibler les partisans de Poutine.

Si l'UE a déjà pris cette semaine des mesures ciblant les cryptomonnaies, la présidente de la Commission a annoncé que l'UE veillerait à ce que l'État russe et ses élites ne puissent pas utiliser les cryptoactifs pour contourner les sanctions. L'UE va aussi refuser à la Russie le statut de nation la plus favorisée sur les marchés européens et s'emploiera à suspendre les droits de la Russie dans les principales institutions financières multilatérales, notamment le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, a-t-elle annoncé, ajoutant qu'elle veillera à ce que la Russie ne puisse pas obtenir de financements, de prêts ou d'autres avantages de la part de ces institutions. 

Enfin, Mme von der Leyen a annoncé qu'elle allait proposer une interdiction massive des nouveaux investissements européens dans le secteur énergétique russe. « Cette interdiction concernera tous les investissements, transferts de technologies, services financiers, etc. destinés à l'exploration et à la production d'énergie et aura donc un impact considérable sur Poutine », a-t-elle annoncé.

Devant les médias, le président français a prévenu que « si la Russie (...) intensifie les bombardements, fait le siège de Kiev, on devra prendre des sanctions massives, rien n’est interdit, on fera tout ce que nous considérons comme efficace pour stopper la Russie ».

Plusieurs dirigeants ont également rappelé l’importance de mettre en œuvre les sanctions déjà adoptées, à un rythme intense, ces dernières semaines. « Le but c’est que toutes les sanctions adoptées soient déjà appliquées (…) le tout est que ce soit efficace et que ca marche et qu’on essaie d’avoir un cessez-le-feu », a expliqué le Luxembourgeois Xavier Bettel. Il a estimé qu’il était important que les sanctions soient subordonnées à des objectifs ; « que l'on dise qu'il y aura de nouvelles sanctions si, endéans 72h, il n'y a pas de cessez-le-feu ; il faut qu’on mette la pression ». Pour le Premier ministre italien, Mario Draghi, plus les sanctions sont lourdes et moins le risque est grand que le conflit s’élargisse ailleurs.

Les dirigeants ont en outre promis que la Russie devrait répondre à ses actes. « La Russie et sa complice, la Biélorussie, portent l'entière responsabilité de cette guerre d'agression et les personnes responsables devront répondre de leurs crimes, notamment des attaques ciblant sans discernement les civils et les biens civils », ont prévenu les Ving-sept, saluant à cet égard la décision du procureur de la Cour pénale internationale d'ouvrir une enquête.

Voir la déclaration des Vingt-sept : https://aeur.eu/f/qb ; celle de la présidente de la Commission européenne : https://aeur.eu/f/qf ; et celle du G7 : https://aeur.eu/f/qe (Camille-Cerise Gessant avec Mathieu Bion et Pascal Hansens)

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