Les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, Charles Michel et Ursula von der Leyen, le Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, et les présidents des groupes politiques du PE ont mis en avant la nécessité de poursuivre le dialogue avec la Russie, ont menacé celle-ci de sanctions en cas d’attaque et rappelé leur soutien à l’Ukraine, lors d'un débat en session plénière, mercredi 16 février.
Ils ont ainsi souligné l’importance des efforts diplomatiques en cours. Si, jusqu’à présent, ces efforts semblaient peu efficaces, la Russie a annoncé, mardi 15 février, qu'elle retirait des troupes de la frontière et, le 16, la fin de manœuvres militaires et le départ de certaines forces de Crimée.
« La diplomatie n’a pas dit son dernier mot. Les actions doivent suivre les paroles », a prévenu Mme von der Leyen. « Nous avons choisi de donner toutes les possibilités aux voies diplomatiques », a expliqué M. Michel, qui a cependant rappelé qu’un côté ne pouvait pas éternellement tenter la diplomatie alors que l'autre amasse des troupes.
Pour M. Borrell, il est nécessaire de discuter avec la Russie de ses préoccupations de sécurité. « Nous sommes prêts à poursuivre les négociations à la recherche d’une solution à la pire crise depuis la fin de la guerre froide. Cela ne concerne pas que l’Ukraine et l’Europe, mais l’humanité tout entière », a-t-il ajouté.
Dans une déclaration adoptée en marge du débat, les présidents des groupes PPE, S&D, Renew Europe, Verts/ALE et CRE au PE ont appelé la Russie à retirer « immédiatement et complètement ses forces et équipements militaires des frontières de l'Ukraine ». « Nous rejetons résolument les tentatives continues de la Russie de déstabiliser l'Ukraine, y compris la reconnaissance éventuelle des entités dites de Donetsk et de Louhansk », ont-ils ajouté.
Réunion informelle des dirigeants européens ce jeudi
Que ce soit M. Michel, Mme von der Leyen ou M. Borrell, tous ont mis en avant l’unité européenne et avec les partenaires de l’UE et la coordination internationale.
Les dirigeants européens se retrouveront jeudi 17 février pour une « réunion informelle d’une heure », en amont du sommet UE/Union africaine, pour faire un état des lieux des derniers développements, selon le porte-parole de Charles Michel. Cette réunion express devrait être l’occasion pour le chancelier allemand, Olaf Scholz, d’informer ses homologues sur ces rencontres à Kiev et Moscou les 14 et 15 février. Les ministres des Affaires étrangères des pays du G7 discuteront de la situation ce samedi.
Bien que le Haut Représentant de l’UE a expliqué que l’Europe était bien présente dans les discussions, Manfred Weber (PPE, allemand) a mis en avant la faiblesse de l’Europe, jugeant notamment que la coordination entre la France et l'Allemagne, membres du format Normandie, pourrait mieux fonctionner. « Il faut parler fort, toute incertitude motive (le président russe Vladimir) Poutine à continuer », a-t-il expliqué. Pour Iratxe García Pérez (S&D, espagnole), « on ne peut pas être un spectateur neutre » face à des questions qui ont une incidence sur l'UE.
Et si la diplomatie devait échouer, les Européens sont prêts à adopter des mesures restrictives, en coordination avec ses partenaires internationaux. En cas de « guerre », « les relations de Moscou avec nous seraient gravement compromises », a prévenu Mme von der Leyen. « Des sanctions sévères s'appliqueraient, avec des conséquences désastreuses pour l'économie russe et ses perspectives de modernisation », a-t-elle ajouté.
Au nom du PPE, Manfred Weber (allemand) a plaidé pour que les banques russes soient exclues du système international alors que, pour les Verts/ALE, Ska Keller (allemande) a souhaité que le gazoduc Nord Stream 2 fasse partie du paquet de sanctions, ajoutant que l’UE devait repenser sa dépendance énergétique envers la Russie (voir autre nouvelle).
Dans leur déclaration, les dirigeants des groupes politiques ont souhaité que les sanctions puissent inclure l'exclusion de la Russie du système SWIFT, des sanctions individuelles à l'encontre des proches du président russe et de leurs familles.
Stéphane Séjourné (Renew Europe, français) a demandé que l’UE prépare des aides pour les États membres qui seraient le plus touchés par l’impact des sanctions qui pourraient être adoptées.
M. Michel propose une conférence des donateurs
Les Européens ont également rappelé leur soutien à l’Ukraine, réaffirmé sa souveraineté et son intégrité territoriale et reconnu son aspiration euro-atlantique.
Saluant la nouvelle aide macrofinancière de 1,2 milliard d’euros de l’UE, M. Michel a estimé que la situation sécuritaire provoquait des dommages « significatifs » pour l’économie ukrainienne et que l’UE devrait certainement aider davantage le pays. Il a donc proposé de mettre en place, en étroite collaboration avec l’Ukraine, une « conférence des donateurs pour soutenir la robustesse économique de l’Ukraine ». Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a rapidement salué cette proposition, expliquant que, face aux menaces sécuritaires, le soutien financier et économique efficace de l'UE était un élément puissant pour renforcer la souveraineté et la résilience de son pays. Chaque année, depuis 2017, est déjà organisée une conférence internationale sur les réformes en Ukraine.
M. Séjourné, pour sa part, a plaidé pour une intégration graduelle de l’Ukraine au marché unique de l’UE et pour aller au-delà de l’accord d’association UE-Ukraine – déjà très complet.
Les dirigeants des groupes politiques ont en outre appelé l’UE et ses États membres à « continuer d'apporter un soutien politique, une aide économique et une assistance macro-financière et technique partout où cela est nécessaire, y compris dans les domaines liés à la défense et à la sécurité et à élaborer une stratégie à long terme pour soutenir les efforts de l'Ukraine en vue de renforcer la résilience de ses institutions démocratiques et de son économie ». Ils ont également demandé aux institutions de l'UE de maintenir une perspective crédible à long terme pour l'adhésion de l'Ukraine à l'UE.
Voir la déclaration : https://aeur.eu/f/d5 (Camille-Cerise Gessant)