Rodrigo da Costa, directeur exécutif de l’Agence spatiale européenne, a parlé à EUROPE des principaux défis des programmes Galileo et EGNOS dans les années à venir, mais aussi de nouvelles propositions faites par la Commission européenne sur une constellation pour la connectivité sécurisée et la gestion du trafic spatial, en amont du Sommet de l’espace. (propos recueillis vendredi 11 février par Pascal Hansens).
Agence Europe : Pouvez-vous d’abord nous dire ce qui a changé concrètement en termes d’organisation interne, de ressources financières et personnelles depuis votre arrivée à la tête de l’EUSPA ?
Rodrigo da Costa - Début mai de l’année dernière, avec l’approbation du nouveau règlement sur l’espace, nous sommes passés de l’Agence européenne GNSS (GSA) à l’Agence de l’Union européenne pour le programme spatial. Il s’agit, bien entendu, plus que d’un simple changement de nom. Le règlement a étendu le champ d’action de l’Agence. Nous avons dû passer par un processus de mise à jour de nos structures pour nous assurer que nous pouvions embrasser et accomplir nos nouvelles tâches. Qui dit nouvelles tâches dit nouvelles ressources. Nous sommes dans une phase de croissance. L’année dernière, nous avons augmenté notre personnel d’environ 40 personnes. Au cours des prochaines années, nous embaucherons 100 personnes de plus. En ce qui concerne le budget du programme spatial de l’UE, environ 9,5 milliards d’euros nous sont confiés. Et nous avons le pouvoir adjudicateur. Ici, la plus grande partie de cette somme est destinée à notre partenariat avec l’Agence spatiale européenne.
À ce propos, la question de la gouvernance entre la Commission européenne, l’ESA et l’EUSPA a été un point délicat lors des négociations sur le programme spatial de l’UE et également sur le l’accord-cadre de partenariat financier (FFPA). Comment les choses se passent-elles maintenant ?
En juin, nous avons signé l’accord-cadre de partenariat financier. Il s’agit d’un document très structuré et très bien établi. Nous avons une nouvelle façon de travailler ensemble et nous avons renforcé la coopération avec une répartition claire des rôles et des responsabilités. Depuis quelques mois déjà, nous disposons d’un bureau commun situé à Bruxelles, où travaillent ensemble les personnels de la Commission européenne, de l’ESA et de notre propre Agence. Nous avons plus de six mois de travail dans cette nouvelle configuration et il est clair que cette nouvelle approche s’avère efficace. Nous « livrons la marchandise », nous avons eu un lancement sans faille l’année dernière, assez réussi, également un travail commun entre les différentes équipes et nous avons atteint plusieurs étapes, certaines plus visibles que d’autres, et nous allons de l’avant.
En ce qui concerne Galileo, où en sommes-nous dans le déploiement, et, également, pourriez-vous nous parler des principales caractéristiques de la prochaine génération de Galileo ?
En ce qui concerne Galileo, nous avons lancé deux nouveaux satellites à la fin de l’année dernière. Ils sont en phase finale de test et devraient entrer en service prochainement. Nous avons prévu pour cette année deux autres lancements. Ils nous permettront de compléter la constellation. Cela signifie ajouter de la disponibilité et de la résilience à Galileo. Mais laissez-moi clarifier ceci : Galileo est opérationnel depuis 2016 et donne d’excellents résultats. Et les résultats sont là : nous avons environ 2,5 milliards d’utilisateurs, qui utilisent Galileo dans leurs smartphones et leurs voitures. Nous pouvons dire sans risque que la majorité des récepteurs de navigation GNSS sont équipés de Galileo.
Nous testons actuellement deux nouveaux services très importants : le service dit de « haute précision » (HAS), qui offrira aux utilisateurs commerciaux une précision accrue, bien supérieure à celle offerte par le service principal de Galileo, le « service ouvert » (Open Service - OS). Le service ouvert, qui est disponible gratuitement pour tous (vous l’utilisez dans votre smartphone, par exemple), est bien sûr trois fois meilleur que les autres constellations, nos concurrents, comme le GPS ou le GLONASS. Nous testons également l’OSNMA (Open Service - Navigation Message Authentication), qui est une fonctionnalité importante pour certaines applications, par exemple, dans le domaine des transports pour le tachygraphe numérique, pour la conduite autonome, etc. Il y a donc encore des choses à venir dans le cadre de la première génération.
En ce qui concerne la deuxième génération, qui est développée en partenariat très étroit avec l’ESA, elle augmentera les services au profit des utilisateurs, sur la base d’une analyse coûts-avantages réalisée au cours des dernières années. Il s’agit d’une prospection du marché, si vous voulez, où nous essayons de regarder dans notre boule de cristal pour comprendre quels seront les besoins en matière de navigation par satellite dans cinq et dix ans. Ces données sont utiles pour définir les exigences des futurs satellites et segments terrestres. Les principales tendances sont une plus grande précision, une plus grande fiabilité et une plus grande authentification. Ce sera très important dans le domaine des drones ou du « geofencing », où l’authentification est une caractéristique très importante.
Et en ce qui concerne la précision, quelle pourrait être l’amélioration ?
Nous sommes en train de finaliser la phase de conception. Il est trop tôt pour se prononcer. Par ailleurs, nous sommes convaincus que la résilience et la fiabilité du système ainsi que l’authentification seront les facteurs déterminants. Des secteurs comme le secteur financier ou le secteur de l’énergie s’appuient sur la navigation par satellite et sur une synchronisation temporelle plus précise pour fournir leurs services. Ils doivent donc compter sur Galileo, s’assurer qu’il reçoit leurs données et que celles-ci ne sont pas altérées. Bien sûr, la protection des systèmes est également un élément d’importance à une époque où les cybermenaces sont en plein essor.
Le Sommet de l’espace aura bientôt lieu. Qu’en attendez-vous pour votre agence, Galileo et EGNOS ?
C’est un événement important. L’Union européenne est arrivée à un point important dans le domaine de l’espace. L’espace est de plus en plus reconnu par de nombreux secteurs différents, par les États membres. L’espace est partout, il va jouer un rôle majeur dans la transition numérique et verte, dans la résilience de notre économie, la sécurité de nos citoyens. Comme l’a dit notre commissaire lors de la conférence sur l’espace, d’une part, il y a une volonté de continuer à développer Galileo, EGNOS et Copernicus. D’autre part, nous attendons tous plusieurs initiatives de la Commission européenne, comme l’initiative « Connectivité sécurisée ».
En ce qui concerne la constellation Secure Connectivity, vous avez déclaré que votre Agence est prête à accueillir de nouvelles tâches. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Nous sommes une agence de l’Union européenne, nos compétences de base sont disponibles pour l’utilisation par l’UE. Dans le domaine de la gestion du trafic spatial (STM), nous avons développé des compétences importantes et des capacités, nous exploitons Galileo 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Si les colégislateurs souhaitent nous confier d’autres tâches dans le domaine de la connectivité ou de la gestion du trafic spatial, nous serons prêts à faire notre part.
Nous sommes les gardiens de la sécurité des satellites Galileo. L’UE dans l’espace signifie également la protection des satellites Copernicus et de tous les biens spatiaux. La gestion du trafic spatial est donc étroitement liée à la sécurité. À EUSPA, nous traitons déjà aujourd’hui, dans le cadre de nos tâches, des informations classifiées.
En ce qui concerne l’adoption par le marché, quelles sont les principales opportunités et les principaux défis à venir ?
Tout d’abord, il est important d’encourager l’esprit d’entreprise et l’innovation. Nous devons veiller à ce que les start-up, les PME et les autres entreprises de l’UE utilisent les données GNSS et EO de Galileo et Copernicus. C’est ce que nous faisons avec l’initiative Cassini. Les jeunes entreprises sont très importantes dans ce domaine. Nous devons associer leurs idées à un plan d’affaires solide. Nous devons également trouver des investisseurs. Nous avons récemment signé une déclaration commune avec le Fonds européen d’investissement.
La deuxième priorité consiste à orienter l’utilisation des données spatiales vers des domaines qui soutiennent les priorités de l’UE, comme le 'Pacte vert' et la transition numérique. Nous avons un rôle clé à jouer dans les transports, bien sûr, mais aussi dans la gestion de l’énergie ainsi que dans les secteurs de la foresterie et de l’agriculture. Nous travaillons également sur de nouveaux services pour la gestion des catastrophes, où la navigation spatiale et les données d’observation de la Terre peuvent être une aide fondamentale. Par conséquent, notre travail au cours de la prochaine période sera axé sur la promotion de l’esprit d’entreprise et l’alignement des investissements sur les priorités de l’UE, où le potentiel est considérable.